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Mme D., veuve depuis de nombreuses années, vit chez elle, soutenue par un service d’aide à domicile. Elle peut de moins en moins sortir. Elle est sous mesure de curatelle car il lui est devenu difficile de gérer son argent et les aspects administratifs de la vie quotidienne.
Nous avons mis en place, autour d’elle, le dispositif adapté à sa situation : auxiliaire de vie, médecin, infirmière, kinésithérapeute, portage des repas, téléalarme. Elle souffre de diabète et depuis le début de notre intervention, il y a deux ans, son état psychique s’est dégradé entraînant de lourdes conséquences sur son autonomie.
Son état nécessiterait désormais la présence continue d’une personne à ses côtés. Pour le dire crûment, selon le diagnostic médical, Mme D. devient « démente ». Or, nous intervenons à son domicile 70 heures. Celles-ci sont financées pour moitié par l’APA, pour l’autre moitié par l’intéressée elle-même, soit une dépense à sa charge de 1000 euros par mois. Ce coût correspond à deux heures et demie par jour. On est loin du compte pour satisfaire aux besoins d’accompagnement de Mme D dont l’état nécessite une présence 24h/24 !
Nous sommes dans l’impasse pour le maintien à domicile. Il faut envisager l’entrée en institution, en l’occurrence la maison de retraite. Cela implique, dans ce cas, de recueillir l’accord de Mme D. Il faut ici indiquer qu’aucune maison de retraite n’accepte une personne sous protection au motif explicite que la décision doit entièrement être assumée par l’intéressé(e). La seule conviction du représentant légal ne suffit pas.
Dans le cas de Mme D., nous avons trouvé une voie médiane pour procéder à cette transition du domicile à l’institution. Elle a effectué un séjour « d’essai » de trois mois dans une résidence de la Ville de Paris. Ainsi, elle a pu testé la vie en collectivité et voir si cela lui convenait. En particulier, elle a pu mesurer la sécurité que lui apportait ce type de résidence par rapport à son état physique et, surtout, psychique.
L’essai a été transformé. Au cours de cette période transitoire, Mme D. a visité un établissement d'accueil permanent qu'elle a finalement intégré avant même le terme de son séjour temporaire.Elle y bénéficiera, outre la sécurité médicale dont elle a besoin, d’un peu de l’activité sociale qu’elle avait fini par perdre en vivant chez elle.
L’histoire de Mme D. s’est bien terminée. Toutefois le passage du domicile à l’institution, pour une personne sous tutelle ou curatelle, est toujours délicat. Car ce qui compte, c’est l’adhésion du protégé – sans parler des enjeux financiers et familiaux – à cet ultime projet de vie.
Eric Juillé, délégué à la tutelle, Adiam-tutelles
mis à jour le 01/02/2008
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