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Les baby boomers : génération égoïste et moins engagée à l’égard des ainés ?

ignace olazabalEn avant-première du colloque international du 8 et 9 octobre 2008 à Rouen «L'âge et le pouvoir : Vieillir et décider dans la cité», Ignace Olazabal, chercheur québécois et professeur associé à l’UQAM  répond aux questions du sociologue Jean-Philippe Viriot-Durandal, Réseau d'Etude International sur l'Age, la CitoyenneTé et l'Intégration Socio-économique (REIACTIS).
Ignace Olazabal est chercheur au CREGÉS, CSSS Cavendish (Montréal, Québec), professeur associé à l’École de travail social, Université du Québec à Montréal.

JPVD : Vous êtes chercheur au CSSS Cavendish à Montréal. Pouvez-vous expliquer brièvement aux non-Québécois l’originalité de votre structure de recherche ?
Ignace Olazabal : Notre organisation, le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Cavendish, est l’une des 95 structures gouvernementales québécoises en santé et en services sociaux visant une approche populationnelle. Notre CSSS a cette particularité qu’il s’agit d’un Centre affilié universitaire spécialisé en gérontologie sociale ayant comme mandat, de la part du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, de réaliser des recherches appliquées en collaboration avec des professionnels dans le but de prévenir le risque d’exclusions sociales liées au vieillissement et de documenter les aspects sociaux liés au vieillissement. Un laboratoire de recherche localisé dans le CSSS, le Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale (CREGÉS) compte des chercheurs d’établissement et des chercheurs associés, lesquels travaillent en partenariat avec des travailleurs sociaux et d’autres professionnels afin de produire des recherches-action ou des outils d’évaluation et de dépistage visant à améliorer le sort des personnes âgées et de leur entourage (les proches aidants notamment) qui peuvent se trouver en situation de risque d’exclusion sociale. Les domaines de recherche couvrent notamment le soutien aux proches aidants, la prévention des abus envers les aînés, le dépistage des problèmes de santé mentale chez les personnes de plus de 60 ans, ou encore un programme de prévention promotion santé et vieillissement.

JPVD : Vous allez présenter une communication fort attendue sur les baby-boomers. Qui sont les baby-boomers québécois ?
Ignace Olazabal : Nous entendons par baby-boomers les personnes nées entre la fin de la Seconde Guerre. Mais il faut, je crois, distinguer les baby-boomers des enfants du baby-boom. Au Québec, les baby-boomers constitueraient ainsi cette fraction des enfants du baby-boom, dont les membres se sont inscrit de façon confortable dans le monde au début des années 1970 et qui ont bénéficié d’une mobilité sociale ascendante par l’entremise de l’éducation et joui d’un « système de sécurité et d’une stabilité de repères », pour utiliser les termes de Fernand Dumont. Jeunes, ils ont participé aux différents mouvements sociaux de libération (sexuelle, religieuse, nationale, etc.), tout en contribuant au développement du processus d’individuation, lequel n’est pas sans lien avec l’importante transformation de la structure de la famille (à travers un taux de divortialité et de reconstitution familiale sans précédent) et en privilégiant les affinités électives au détriment des solidarités mécaniques. mondiale et le début des années 1950.  

JPVD : En quoi s’agit-il d’une génération particulière dans l’histoire du XXe siècle ?
Ignace Olazabal : Les membres de cette génération ont vécu leur jeunesse dans les années 1960-1970, c'est-à-dire dans une période de transformation sociale fulgurante. Ils sont le produit d’une importante mutation des mœurs, comme le souligne Jean-François Sirinelli dans le cas des boomers français. Karl Mannheim parle d’ensembles générationnels pour se référer à des générations porteuses ou tributaires d’un changement social extraordinaire, qui se distinguent des précédentes en ce sens que leur inscription dans l’histoire du monde est plus remarquable. Ce sont des générations spéciales, qui marquent l’esprit du temps qui émane de périodes difficiles ou mouvementées, contrastant avec la quiétude conventionnelle des générations « traditionnelles ». Au Québec, comme dans l’ensemble des pays occidentaux industrialisés, les baby-boomers constitueraient donc de manière singulière « un ensemble générationnel ».

JPVD : Le développement des valeurs et des cultures propres à cette génération se construit-il en opposition à celui de leurs parents ?
Ignace Olazabal : Margaret Mead, dans Le fossé des générations, parle d’une génération ayant généré une culture cofigurative, axée sur une transmission horizontale (par des pairs) – se distinguant  ainsi de la culture postfigurative, qui implique une reconnaissance des normes énoncées par les aînés et l’ancrage dans des cultures traditionnelles au changement social lent. C’est dire que les normes sociales qui s’établissent, non seulement ne tiennent pas compte de l’avis des générations aînées, mais cherchent à abolir leur influence passée. Cela ne signifie pas pour autant que cette fracture ne finira pas par se rétrécir à mesure que les boomers vieillissent. Nos recherches montrent en effet que les valeurs générativistes peuvent être importantes, surtout en ce qui a trait aux soins apportés aux parents dépendants et aux relations intergénérationnelles descendantes, notamment au niveau de la pratique de la grand-parentalité.

JPVD : Justement, avec l’affirmation très forte des valeurs individualistes dans cette génération, peut-on en penser que les « solidarités ascendantes » au profit des aînés sont en danger ? Les relations d’aide entre les baby-boomers par exemple seraient moins empreintes d’un respect de l’ordre traditionnel du devoir inconditionnel à l’égard des anciens et s’ancreraient plus dans des choix individuels liés à des affinités électives dénués de toute pression des cadres sociaux.
Ignace Olazabal : C’est effectivement ce qu’on pourrait penser a priori. Nos recherches tendent à montrer que la situation est plus complexe. Et malgré les mutations sociales sans précédent évoquées plus haut, des recherches empiriques portant sur les membres du baby boum que nous avons réalisées au Québec montrent l’existence d’une importante générativité. En effet, la plupart des personnes interviewées participent somme toute en une certaine mesure à la culture postfigurative des générations ancestrales (don de soi au plan de la participation sociale, préoccupation proactive pour le sort de leurs parents,  mais aussi solidarité descendante à l’égard de leurs enfants et de leurs petits-enfants). Contrairement à l’idée reçue sur l’égocentrisme et le repli sur soi des baby-boomers à l’orée de leur retraite, refusant toute contrainte sociale, nos recherches montrent, à l’instar des recherches réalisées en France par Caradec, Attias-Donfut et Ségalen , Gourdon, Schneider, Mietkiewicz et Bouyer et aux États-Unis par Bengtson, que cet ensemble générationnel développe une stratégie identitaire après la retraite fondée sur une participation sociale active et diversifiée.

JPVD : Par participation sociale, vous entendez un retour vers la sphère familiale et les proches ou y intégrez-vous également une implication dans la sphère publique à travers l’engagement politique, social et associatif ?
Ignace Olazabal :
L’implication familiale ne constitue que l’une des composantes de la participation sociale. Autrement dit, contrairement aux rôles sociaux imposés aux retraités d’antan, l’exercice du lien parental s’inscrit dans un temps social concurrent avec d’autres temps sociaux, à savoir ceux de la retraite gratifiante (voyages, études, loisirs), de la militance associative, de la participation bénévole, du travail (contraint ou volontaire). 


Ignace Olazabal interviewé par Jean-Philippe Viriot-Durandal.
mis à jour le 22/09/2008

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