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La crise financière s'invite au débat sur le financement de la dépendance

Solidarité nationale ou marché ?

 La crise financière risque de semer le trouble  sur le projet du gouvernement de financer en grande part la dépendance des  personnes âgées et handicapées par des assurances privées, en donnant des  arguments aux tenants de la solidarité nationale.  

 Avec 2 millions de personnes âgées de plus de 85 ans attendus en 2015 contre  1,3 aujourd'hui, la nécessité de mettre en place un "5ème risque" de protection  sociale (après le chômage, les accidents du travail, la vieillesse et la  famille) fait l'unanimité, mais la question de son financement divise.  

Le projet du gouvernement s'appuie à la fois sur la solidarité nationale,  mais sans prélèvement supplémentaire, et sur l'épargne des Français, Nicolas  Sarkozy ayant clairement exprimé son souhait que "les investisseurs privés  investissent davantage dans ce secteur" en développant "des produits financiers  innovants". 

Un texte soumis à concertation fin mai préconisait à cet effet un  "partenariat public-privé" avec les assurances, mutuelles et instituts de  prévoyance.  Les contrats devront être "encadrés" pour garantir l'équité, et les  incitations à la souscription d'une assurance privée devraient permettre "de  trouver une solution adaptée à chaque situation", indiquait-il.   

Mais la débacle des banques, des assurances et l'effondrement des bourses  est venue jeter une ombre sur ce dispositif.  "La crise nous donne des arguments: on nous a dit que l'assurance privée,  cela rapporte sur le long terme, mais on voit bien que ceux qui ont besoin  aujourd'hui de faire jouer leur assurance, ne peuvent pas le faire", a déclaré Danièle Karniewicz (CFE-CGC), présidente de la CNAV (caisse nationale  d'assurance vieillesse).  "Je note avec plaisir que, grâce au système de répartition, les retraités en  France sont plutôt bien lotis, alors que dans de nombreux pays, les gens sont  inquiets parce qu'ils n'ont plus accès à leurs économies", ajoute-t-elle.  La CFE-CGC défend le principe d'une "assurance collective obligatoire" et,  selon elle, "la plupart des salariés sont prêts à la payer, car sinon ils  paieront beaucoup plus cher en assurance privée sans savoir ce qu'ils auront au  retour".   

Pour Gaby Bonnand (CFDT), "la crise remet les pendules à l'heure quand on  voulait nous faire croire que le privé pouvait se substituer à la dépense  publique pour assurer les protections sociales".  La CFDT n'est pas opposée "à ce qu'il y ait une partie d'assurances",  rappelle-t-il, "mais la place des assureurs doit être complémentaire aux régimes  de solidarité" et "il faut donner aux acteurs privés des objectifs de service  public".   Le gouvernement de son côté reste sur sa ligne. "On ne lit pas dans le marc  de café, bien sûr notre objectif c'est de travailler en tenant compte de la  réalité... Mais aujourd'hui, on a un cahier des charges, on a lancé une note  d'orientation, on travaille toujours dans ce sens", a déclaré la secrétaire  d'Etat à la Solidarité Valérie Létard. 

Le projet de loi dépendance sera présenté d'ici à la fin de l'année et au  Parlement début 2009, a-t-elle confirmé jeudi au CES (Conseil économique et  social).  "Les crises, on en sort", assure de son côté le président de la mission  d'information sénatoriale sur le 5ème risque, Philippe Marini.  "Tout ne dépendra pas des épargnants, je ne vois pas de raison structurelle  pour modifier nos orientations", a-t-il dit, rejetant la hausse de la  CSG préconisée par certains syndicats "parce que, dans les périodes de crise, il  est encore moins opportun de prélever sur un pouvoir d'achat mis à mal".  


MV
mis à jour le 20/10/2008

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