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Bien vieillir
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Les centenaires sont aujourd'hui plus de 20.000 -dont l'anthropologue Claude Lévi-Strauss qui fête ses 100 ans le 28 novembre- et pourraient être des centaines de milliers en 2050, grâce à l'amélioration des conditions de vie et surtout aux progrès de la médecine.
"L'avenir est-il aux centenaires ?", "la révolution de la longévité", "tous centenaires" : les titres de presse, avec leurs excès, disent bien le bouleversement auquel on a pu assister en quelques dizaines d'années. Comme l'affirmait récemment la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, être centenaire aujourd'hui, "c'est banal". En 1900, les centenaires français étaient une centaine. Leur nombre aujourd'hui, directement lié à une forte hausse de l'espérance de vie (77,5 ans pour les hommes nés en 2007, 84,4 ans pour les femmes), est estimé dans le monde à plus de 560.000, avec 4 femmes pour un homme. Ils sont 20.000 en France, avec
une bonne dizaine de "supercentenaires" (quasi exclusivement des femmes), âgés de 110 ans ou plus.
Combien seront-ils à l'horizon 2050 ? Les estimations divergent considérablement. L'Insee table sur quelque 60.000 centenaires dans 42 ans, alors que selon Jean-Marie Robine, démographe à l'Inserm et spécialiste des personnes très âgées, ils pourraient dépasser le million. A partir de 1960, on a constaté "un doublement de leur nombre tous les dix ans", mais "leur nombre a triplé au cours des dix dernières années" et si ce triplement se maintient, on arriverait à 1,620 million en 2048, indique M. Robine.
Au Japon, il y a même quadruplement, dit-il, regrettant des "incertitudes" lourdes de conséquences sur les décisions à prendre en matière de santé publique.
"On n'est pas programmé pour mourir", lance-t-il, provocateur: la longévité étant largement déterminée par l'environnement -mode de vie, alimentation, absence de stress, protection du froid, des microbes, de la pollution, des données sur lesquelles on peut influer.
La question cruciale devient alors celle de vieillir en forme, ou encore de "vieillir jeune", selon l'intitulé d'un forum où des spécialistes avaient assuré en septembre qu'une bonne hygiène de vie et des thérapeutiques en évolution rapide permettaient de repousser les effets du vieillissement au-delà de 80 ou 85 ans.
On connaît des cas comme celui de Buster Martin, un Anglais d'origine française qui boit et fume, exerce trois jours par semaine le métier de laveur de voitures dans une entreprise de plomberie, et qui vient à 101 ans de courir le Marathon de Londres. Mais en général les chiffres du bien vieillir ne sont pas aussi brillants que ceux de la longévité : l'espérance de vie "en bonne santé" est en Europe de 67 ans et 7 mois pour les hommes et de 69 ans pour les femmes. En France, elle est de 68 ans pour les hommes et de 69 ans et 8 mois pour les femmes. Plus d'un million de personnes de plus de 60 ans sont "dépendantes".
"Mon souci, c'est en quel état les centenaires arrivent à cet âge", dit M. Robine, pour qui il faut "réduire les taux d'incapacité de façon drastique". Les progrès scientifiques, qui "permettent d'empêcher les personnes âgées de mourir", doivent aussi "permettre de les remettre en bonne santé". Pour lui, la "qualité de vie" des personnes âgées va de pair avec les moyens -physiques, financiers, intellectuels- qui permettent d'être "occupé à des choses utiles". "C'est ça qui fait vivre".
La gérontologue Françoise Forette note que l'optimisme, à risque égal, "réduit la mortalité de 45%". Il y a encore à faire : les personnes âgées ont de fortes tendances à l'anxiété ou la dépression et le taux de suicide est particulièrement élevé chez les plus de 75 ans.
CC
mis à jour le 24/11/2008
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