A l’initiative de laDirection générale de l’Action sociale (DGAS), le colloque « Les générations en actions : le lien entre les âges » s’est tenu le 30 septembre au Ministère de la Santé. Philippe Bas, Ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnesâgées, aux Personnes handicapées et à la famille, Jean-Jacques Trégoat, Directeur général de l’Action sociale ont témoigné d’une politique volontariste sur l’ensemble de la thématique de l’augmentation de la longévité et rappelé les moyens mis en œuvre pour répondre aux enjeux qu’elle induit. Ce colloque était organisé à l’occasion de la parution du guide méthodologique « L’Intergénération :une démarche de proximité », commandité par la DGAS et réalisé par Mohammed Malki, directeur d’Accordages. Au delà d’exemples de rencontres intergénérationnelles dans les territoires et des actions innovantes présentées dans cet ouvrageet qui faisaient l’objet de deux tables rondes, le grand intérêt de la journée a résidé dans les éclairages fournis par Jean-Marc Robine, démographe, Bernadette Puijalon, anthropologue, Jean-Pierre Bois, historien, et les interventionsdu philosophe Eric Fiat.
En ouverture, Philippe Bas annonçait dans le projet de budget 2006, une augmentation pour le médico-social dans le secteur des personnes âgées 4 fois supérieure à celle de la CNAM. Il a par ailleurs rappelé qu’à la suite du rapport sur les besoins en hébergement qu’avait demandé Catherine Vautrin, alors Secrétaire d’Etat aux Personnes âgées, il avait demandé au au Plan "d'approfondir l'étude d'un scénario équilibré comportant le développement d'une offre globale portant sur toute la palette des modes de prise en charge à domicile et en établissement" (lettre de mission du 24 août 2005 .
Jean-Pierre Aquino, gériatre et Secrétaire général de la SFGG, Président du comité de pilotage du Programme national Bien vieillir a reprécisé le périmètre de la seconde phase qui a débuté le mois dernier et annoncé le récent appel d'offre lancé.
Directeur de recherche à l’INSERM de Montpellier, responsable de l’Unité démographie et santé, J.M. Robine a évoqué les probabilités d’allongement, sans limite actuellement définie de la durée de vie humaine. A un siècle de distance, on relève chez les personnes âgées, la même chute de la mortalité que celle des enfants au siècle dernier. L’âge modal, c’est à dire le plus fréquent au décès, est pour les femmes est de 92 ans. La dynamique de la santé et la démographie des très âgés, sont mal comprises, estime-t-il. Et, l’accroissement de la longévité laisse encore de nombreuses interrogations sans réponses.
Pour l’historien Jean-Pierre Bois, Professeur d’histoire moderne à Nantes : « Aujourd’hui, tout va mieux qu’hier »L’intergénération, dit-il suppose que l’on ait pu parler de génération et que les âges aient été identifiés. Ce n’était pas le cas au Moyen-âge. La conscience de l’âge est apparue à la Renaissance avec un système à 2 générations, à l’intérieur desquelles autorité et richesses étaient hiérarchisées. C’est au 18ème siècle qu’a commencé à exister une troisième génération. Le 19ème siècle a connu pour la première fois une relation privilégiée entre la première et la troisième génération dans un système d’affection et de transmission de savoir. Ce n’est qu’au 20ème siècle qu’est apparu le niveau de l’intergénération, avec une société s’articulant autour de 4 générations. Dans le même temps les modèles familiaux ont volés en éclat. La mise en œuvre de ces nouvelles solidarités est complexe mais source de progrès.
L’Ethnologue Bernadette Puijalon, Maitre de conférence à l’Université Paris XII, Val de Marne a étudié les actions entreprises durant les 30 dernières années par les acteurs de la gérontologie, sans doute plus que d’autres sensibilisés au risque d’envisager les échanges entre les âges sous le seul angle économique. Ce qui s’échange entre jeunes et vieux, observe-t-elle, c’est l’inscription dans le temps. « En faisant le lien entre la mémoire et l’histoire, les plus âgés donnent aux plus jeunes la dimension du passé en même temps qu’ils leur donnent la dimension de l’avenir en témoignant de la longueur de la vie : ils sont les passeurs ».
Des initiatives de rencontres intergénérationnelles dans les territoires, déja bien connues, ont été présentées. L'initiative de l'Association Cap et Vie qui représente un vecteur d'intégration sociale et économique majeur après la disqualification parentale et l'oubli des retraités dans les quartiers difficiles, les actions menés par le CCAS d'Angers avec un éclairage sur l'opération Mix'Ages, les initiatives menées par la Fédération des Centres Sociaux de Dordogne.Ces actions sont largement décrites sur le site d'Accordages
Des actions innovantes qu'Agevillage a accompagné dans ses colonnes au fil du temps ont été présentées dans une seconde table-ronde : Le prix Chronos de littérature , qu'organise depuis 10 ans la Fondation nationale de gérontologie ; Le ParisSolidaire , Association qui met en relation et suit tout au long de l'année scolaire seniors disposant d'une chambre libre et étudiant à la recherche d'un logement.Celle aussi du Cyber Salon de thédu Foyer du omarin de Clapiers (54) qui permet de réduire la fracture sociale créée par l'essor des nouvelles technologies auprès des plus âgés en utilisant l'ordinateur comme "moyen de conexion" entre les générations. Ici ce sont les plus jeunes qui apprennent aux plus âgés, ce qui permet d'entendre dire "Je suis content parce que mes petits enfants sont fiers de moi".
Des réponses très diversifiées , concluait Jean-Jacques Tregoat , Directeur général de l'Action sociale. Aussi diversifiée, certes que le nécessite l'éventail des âges -non seulement de la vie, certes,- mais simplement des personnes "dites" âgées qui s'échelonnent entre 60 et 120 ans !"Nous avons fait des progrès sur le plan médical et sur la prise en charge de ces personnes mais on a pas encore fait reculer le vieillissement sociologique et l'isolement" a précisé J.J. Tregoat, citant enfin, une phrase qu'il attribua à Elie Wiesel mais qui selon Eric Fiat appartient à Cocteau : "Il faut passer du regard qui dévisage à celui qui envisage".
"Que la jeunesse a à apprendre de la vieillesse et que la vieillesse a à apprendre de la jeunesse était bien le propos de ce que nous appelons aujourd'hui l'intergénération. Eric Fiat philosopha, pour notre plus grand plaisir. De la source de la lumière dans le tableau « Saint Mathieu et l’ange » de Rambrand. De l’oubli. Des valeurs contemporaines : beauté, efficacité, rapidité. Oui. Mais absence de disponibilité à l’essentiel. Sur la notion de dépendance. « Mais qui peut prétendre être indépendant ? Le suffisant. C’est alors un « salaud ». « Nous, on est en « affaires ». On perd sa vie à la gagner. Les enfants savent encore « goûter la vie. Les vieillards savent encore goûter la vie. » Que viellir ce n’est pas seulement perdre., que c’est aussi gagner. Que la personne âgée n’est pas seulement celle à qui l’on doit donner mais aussi celle qui doit donner.
FG
mis à jour le 14/12/2007
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