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Les lauréats 2013 de l'opération "Lettres à...." de la FNG

Analyse de Martine Dorange sur les évolutions de "Lettre à…"


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La temporalité

En matière de temporalité et comme on peut s’en douter il n’y a pas de changement, les auteurs continuent de conjuguer leurs lettres au présent tout en poursuivant des flash-back comparatifs entre passé et présent et en anticipant peu sur le futur sauf pour émettre des souhaits pour les générations futures.

Les thématiques

Les lettres évoquant le quotidien des femmes en famille et au travail ensuite ont toujours était nombreuses. Mais au fil du temps et sous l’influence du féminisme, les femmes ont contesté le modèle de leur mère, les profils féminins comme masculins ne sont pas aussi rigides et distincts.  Hommes comme femmes osent prendre position et contester les modèles antérieurs et revendiquer d’autres façons d’être et de vivre ensemble.

De la même façon, l’expression de soi, de l’intime, de ses ressentis n’était guère autorisée et souvent jugée inconvenante par ces générations d’hommes et de femmes et les lettres se concentraient sur les us et coutumes du quotidien, le statut des femmes. Ces dernières années, nous avons repéré d’autres thématiques telles que le rapport des femmes à leur corps vieillissant, les renoncements que cela génère par rapport à la séduction et à la sexualité.

Avec la longévité, de nouvelles problématiques ont donné lieu à des lettres extrêmement poignantes. C’est notamment la situation de couples très âgés confrontés à des situations différentes. Plusieurs cas de figure :

- Ceux  qui sont contraints de vivre dans des lieux différents, aucune structure n’étant en capacité de les accueillir ensemble.

-  Ceux dont un des conjoints est atteint d’une pathologie lourde et où l’autre décide d’intégrer la même institution pour l’accompagner sans trouver pour autant un équilibre.

Dans les deux cas, il s’agit de situations difficiles à vivre et qui pose la question de l’accueil et du lieu de vie  de ces couples vieillissants.

Cette vie qui dure donne lieu à de plus en plus de lettres dans lesquelles les auteurs s’interrogent sur le sens de cette fin de vie, prennent position en refusant l’acharnement thérapeutique ou en revendiquant le droit de recourir à l’euthanasie.

Les nouvelles technologies, l’informatique et la robotique suscitent bon nombre de questionnements, notamment quand elles concernent le soin et l’accompagnement  des personnes âgées.

Des registres qui évoluent chez les hommes
En 2007, nous avions constaté une différence de traitement entre hommes et femmes. Les écrits des femmes se situaient davantage dans l’affect et le concret alors que les hommes étaient dans un discours plus souvent intellectualisé et factuel. C’est encore vrai, il semble y avoir un écrit féminin et un écrit masculin. Nous avions noté déjà en 2007 les prémisses d’un changement et nous l’avions expliqué par l’avance en âge et la proximité  de la mort qui peut créer un état d’urgence qui libère la parole, notamment chez les hommes peu prolixes dans l’expression de leurs émotions. Ces dernières années les hommes parlent davantage de leurs ressentis, de leurs émotions et de leurs affects.

Au final et pour rappel, "Lettre à…" n’a jamais été une fin en soi mais un moyen pour :

- Donner la parole à tous ceux qui veulent la prendre : tous ces vieux qui constituent la "vieillesse ordinaire", sans discrimination.
- Affirmer, puisqu’il le faut encore, qu’un vieux est une personne et qu’à ce titre il a les  mêmes droits et les mêmes devoirs que nous tous. La liberté d’expression fait partie de ces droits et il n’est pas certain qu’elle soit toujours respectée.
- Autoriser ces vieux à dire, à écrire et à transmettre des mots sur eux-mêmes, leur parcours personnel.
- Savoir ce que toutes ces personnes ont vécu, vivent, ressentent et espèrent pour leur présent et leur futur.
- Permettre une parole vraie, réelle, non formatée, non censurée, comme "une bouteille à la mer" envoyée à des destinataires inconnus ou/et connus.

En savoir plus :  FNG 49 rue Mirabeau 75016 Paris, 01 55 74 67 16, dorange@fng.fr


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