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Des aidants seuls et exténués


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PhotoUn témoignage offert aux lecteurs d'Agevillage par une aidante...

Leçon de vie, de partage et de solidarité…
 
Hier, je suis allée voir mon amie dont le mari est atteint par la maladie d'Alzheimer, je lui avais amené des fleurs, un bouquet de printemps, ces fleurs qui nous font croire que les beaux jours vont arriver.
Je l'ai trouvée, couchée sur son canapé sous une couette, elle grelottait, elle avait 40°C de fièvre... Son mari près d'elle, le regard perdu au loin, comme tous ceux touchés par Alzheimer.

Sur le pas de la porte, j'étais saisie par cette image : deux personnes malades, une veillant sur l'autre avec de pauvres moyens, des forces qui les ont abandonnées. Il ne reste pour elle que cette énergie du désespoir, même malade et ne tenant plus debout, elle s'occupait quand même de son mari qui erre, qui ne sait plus rien faire, qu'il faut porter à bout de bras.

J'ai reçu cette vision comme un coup de poing dans l'estomac. Et combien d'aidants dans son cas ?
Il faisait à peine chaud dans sa maison, je suis restée un moment avec elle, lorsque j'ai voulu prendre congé pour ne pas la fatiguer, elle m'a dit : "Reste, je t'en prie, reste, cela me fait tellement plaisir de parler à quelqu'un". Bien sûr, parler à quelqu'un. Elle n'a personne, l'isolement total. Seule l'infirmière qui vient faire la toilette à son mari tous les matins brise ce quotidien carcéral.

Alors je lui ai raconté la vie dehors, je lui ai parlé de nos ciels d'orage, ces champs inondés comme si les écluses du ciel s'étaient ouvertes, je lui ai dit que les mimosas près de l'océan commençaient à fleurir, que les jours s'allongeaient, qu'ils étaient une promesse de meilleur... Elle buvait mes paroles. Comme un détenu en prison qui reçoit des nouvelles de la vie hors des murs.

Nous avons passé plus d'une heure ensemble. Ces yeux étaient brûlants de fièvre, et pourtant, lorsque je l'ai quittée, j'y ai vu une autre lueur briller, comme celle que je vois lorsque je garde son mari et qu'elle peut s'échapper, cette lumière étrange dans le regard : la lueur de la vie.

Yoyo


mis à jour le



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Vos réactions

dede

09/02/2014 15:02

Quand un coeur d'or s'ouvre sous sa plume


votre récit est beau et à la fois terrible. Il est le reflet d'une réalité que seuls ceux qui la vivent peuvent comprendre. Merci pour ce magnifique témoignage que les décideurs politiques et les bien - portants devraient toujours avoir à l'esprit.
Bien respectueusement



simone

04/02/2014 15:02

Ouf...


Ouf... je suis touchée par ce témoignage... oui ceci peut devenir une prison insidieusement... je garde ma mère qui est très atteinte aussi de troubles cognitifs et il est vrai que lorsqu'on est soi-même malade par moment en tant qu'aidante, que l'on ne peut s'échapper de ces soins que l'on continu à prodiguer à l'autre. Il existe très peu d'endroit où l'on peut confier nos proches pour du répit quelques jours. Dans le cas de ma mère qui demande une aide pour manger bouché par bouché, très peu d'endroit de répit offre ce service. Or c'est un mur qui m'empêche de me ressourcer comme j'en aurais besoin pour pouvoir la garder à domicile le plus longtemps possible. En 2014, dans une population vieillissante, comment pouvons-nous penser qu'il n'existe pas d'endroit pour alléger les aidants qqs jours???



Marlène

04/02/2014 07:02

Merci


Je suis aidante pour mes 2 parents, en plus d'être animatrice dans une unité alzheimer.... Alors j'ai apprécié de vous lire, c'est un témoignage tellement réel !!!! et mon angoisse permanente c'est quand je suis en mauvaise forme ou seulement grippée et qu'il m'est impossible à la maison de me laisser aller au repos!!!




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