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Comment accompagner au mieux l'entrée en maison de retraite de son parent âgé ? Première partie : le contexte.

Accompagner l’entrée en maison de retraite


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Comment accompagner au mieux l'entrée en maison de retraite de son parent âgé ? Première partie : le contexte.
Une tribune de Bernard Pradines, gériatre.


Voici une question totalement nouvelle à l’échelle de l’Histoire : l’accompagnement est un terme habituel désignant le « placement » presque toujours douloureux pour la personne âgée et sa famille.
 
Il nous est souvent demandé des « trucs et astuces » pour faciliter cette épreuve. Certes, il existe des éléments techniques à prendre en compte. Pourtant, mon  expérience me porte à croire qu’ils masquent la grande problématique faite de sentiments malmenés. Cette première partie s’attache à en brosser un court tableau.
 
Pour s’en convaincre, il suffit de prendre connaissance des sondages relatifs aux établissements. L’image que les Français se font des maisons de retraite est si globalement négative que le réflexe commun est… de ne pas y penser. Surtout pour sa propre famille. Pire, de promettre que l’on ne recourra jamais à une telle démarche !
 
Le cinéma récent glorifie tel ou tel résident fuyant son établissement. D'aucuns s’emploient à mettre en scène le rapt libérateur de la personne âgée ainsi « placée » par un proche compatissant. Mieux, l’actualité nous vante un couple fort occupé dans sa maison de retraite à… la dévaliser ! Sans oublier, entre autres humanités amoureuses, le merveilleux film qui montre (préconise ?) l’utilisation d’un oreiller pour éviter le déplacement de l’être aimé dans un lieu de soin. Les écrits ne sont pas en reste. Les meilleurs, pourtant peu hallucinés à l’ordinaire, croient revoir les camps de concentration lorsqu’ils aperçoivent un EHPAD.
 
Cette perception repose sur une nouveauté brutale : apanage de quelques personnes il y a deux générations, la maison de retraite est devenue un lot commun d’autant plus fréquent que l’on avance en âge, que les maladies se chronicisent et que l’isolement va croissant. La situation est souvent encore plus délicate si le conjoint est vivant et refuse toute séparation de lieu de vie.
 
Ces données permettent d’éclairer la culpabilité constante née du choc entre les valeurs morales héritées du passé d’une part, et l’organisation familiale et collective de notre société moderne d’autre part.
 
Ignorer ceci, c’est souffrir davantage et indûment en se croyant l’unique dépositaire d’une indignité envers son parent.
 
Rendre service à son parent et à soi-même dans ce moment si particulier, c’est d’abord connaître et reconnaître cette réalité. Et savoir que le déni, si fréquent, obère toute anticipation et congédie la raison au profit de réactions infructueuses, voire néfastes.

Bernard Pradines, gériatre, Formation et Conseil 


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