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Tutelles : « il n'y a pas de solution » dit Valérie Labrousse, auteur de "Les Depossédés"

Une enquête sur la "mafia des tutelles"


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Les dépossédés - Enquête sur la mafia des tutelles de Valerie LabrousseValérie Labrousse, auteur de « les Dépossédés, enquête sur la mafia des tutelles » a du courage. Elle a pris le temps de plonger dans l’univers opaque, éprouvant des personnes mises sous protection juridique. Et le livre qu’elle en ramène donne un coup de projecteur sur un monde de coupe jarrets, de margoulins et d’escrocs qui spolient en quasi-toute impunité des vieillards déboussolés, malades ou isolés. 

Le courage de l’auteur tient d’abord au fait qu’elle n’a pas cédé à la facilité et a pris soin de plonger autant que possible dans les dossiers. Les tutelles sont, comme toutes les histoires humaines qui relèvent du droit, choses complexes. Chaque affaire est différente d’une autre et l’expérience acquise sur l’un ne facilite pas forcément l’appréhension de l’autre.

Elle a eu ensuite le courage psychologique de rencontrer longuement des gens brisés par leur situation, souvent en grande difficulté et qui, quand ils ne sont pas méfiants envers l’inconnu qui frappe à la porte sortent leurs dossiers, exigent que l’on plonge dans une montage de papiers. 
Valérie Labrousse a eu enfin le courage de citer des noms, de mettre en cause des personnes, des associations qui s’enrichissent sur le dos des personnes qu’elles ont à charge de protéger. 

Les conclusions de l’auteur sont sans embages : quand des spoliations se produisent, elles sont le fait d’un système : le mandataire judiciaire qui travaille main dans la main avec le médecin, le notaire, l’agent immobilier et dans l’indifférence totale – et parfois la complicité - du juge et du greffier. « Le sport tutélaire, c’est surtout le renvoi de balle entre les différents acteurs du système alors que le dit système fonctionne précisément grâce à leur parfaite coordination ». D’où l’opacité.  
De cette opacité découle l’un des défauts de l’ouvrage : il est impossible de se faire une idée globale du système global de spoliation. Le système des tutelles est-il tout entier gangrené ? Ou une minorité de faussaires seulement prospèrent-ils dans les failles de la protection juridique des majeurs ? Faute d’une enquête sérieuse de la part des pouvoirs publics, il n’est pas possible de mesurer l’étendue globale des dégâts. 

Pour l’auteur, la conclusion est claire : tout le système est gangrené, « il n’y a pas de solution » indique-t-elle en dernière page de son livre. 

19.95 euros
Broché: 260 pages
Editeur : DU MOMENT (25 septembre 2014)
Pour commander en ligne Les dépossédés - Enquête sur la mafia des tutelles de Valerie Labrousse 
 


mis à jour le



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Vos réactions

José

10/12/2014 20:12

Une déléguée qui aime son travail


Un peu d’humanité qu’il n’en déplaise !
Montpellier, le 1er décembre 2014
Première rencontre, premier contact, comme à chaque début de mesure : Nous sommes reçus par Madame A. 62 ans, lourdement handicapée. Madame vît en logement autonome, en couple. Elle parle de son compagnon à voix basse, Monsieur dort, nous ne le verrons pas… Son amie, institutrice à la retraite, est également présente. C’est un signalement de la Mairie qui a déclenché l’intervention des services sociaux du secteur : Madame a été régulièrement hospitalisée avec interventions répétées des pompiers. Plusieurs signalements également sur d’éventuelles violences du compagnon…Le couple se disputerait violemment, tous deux sont alcooliques. Elle parle très honnêtement de son alcoolisme, elle vient de passer trois semaines en clinique Le constat des collègues du secteur est sans appel : Madame n’a pas pu, ou pas su, faire valoir ses droits à la retraite, ses seuls revenus sont à hauteur de cinquante euros par mois. Depuis plus de deux ans, elle vît sur des économies. Fort de ces constats les services sociaux du secteur proposent à Madame de faire une demande de mise sous protection. Un signalement de personne vulnérable est dès lors adressé au Procureur de la République, une mesure de sauvegarde est ouverte. L’association pour laquelle je travaille est désignée. Depuis plus de 15 ans j’exerce ce métier de déléguée à la protection. Ma formation initiale est conseillère ESF. Ce métier me passionne. Petite parenthèse je poursuis …. J’explique à Madame que c’est le Juge qui nous a mandatés, les raisons… J’insiste sur le fait que nous sommes là pour lui apporter soutien et conseil que dans quelques mois nous serons reçu par le Juge des Tutelles pour faire le point sur notre travail commun : une mesure sera ou non prononcée.. Madame comprend. Le contact est bon. Au fur et à mesure de l’entretien je suis convaincue de la légitimité de notre intervention et je vois déjà les priorités : soulager Madame sur le plan administratif afin qu’elle puisse poursuivre ses démarches de soins. C’est aussi mettre en place une protection en prévention des éventuels agissements de son compagnon. Mais si tout ceci est évident pour moi, cela ne l’est pas pour ces dames ! Intervention de son amie qui nous précise qu’elles sont très inquiètes sur les tutelles avec tout ce qu’elles entendent : elle a peur que son amie ne puisse plus rien faire, qu’elle soit volée, qu’elle soit dépossédée …. Impact de votre livre je ne pourrais le dire… mais une fois de plus nous sommes confrontés à toute « cette mauvaise presse » ! Quelle injustice ! Les tutelles c’est surtout prendre en charge des situations difficiles ! Je repasse les situations qui m’ont le plus marquées : Je repense à ce jeune autiste qui vivait avec sa mère attaché au radiateur de sa chambre, chambre vide uniquement un lit…la mère tellement démunie n’arrivait plus à faire face… nous avons bataillé pendant des mois pour obtenir une place en foyer d’accueil médicalisé pour personne handicapée !!!! Je repense également à ce monsieur vivant dans la rue, ancien légionnaire, la cinquantaine… aujourd’hui il est en maison de retraite … A cette dame qui pendant des années a alterné des séjours en psychiatrie et retour en appartement aboutissement toujours à une hospitalisation en urgence n’étant plus capable de se nourrir compte tenu de sa pathologie. Aujourd’hui, son état est stabilisé, elle est en famille d’accueil… Ou encore à cette jeune femme n’ayant connue que violence familiale, hospitalisée pendant de nombreuses années en psychiatrie avec des périodes de vie sans domicile sans soins dans la rue…aujourd’hui elle bénéficie d’une curatelle simple retravaille et a son propre logement… A ce couple de retraités qui n’osaient même plus sortir de chez eux, honteux : depuis plus de deux ans ils vivaient sans eau chaude ni chauffage. Et tant d’autres situations… Je suis fière d’exercer ce métier, si riche en expériences, en partenariats. Paradoxe de la mesure de protection en quelque sorte : à travers le mandat judiciaire qui peut paraître comme une privation des libertés de l’individu c’est avant tout un droit de l’individu à la dignité, à l’écoute…
C’est avant tout cela mon métier : redonner un peu d’humanité !
Une déléguée à la protection



PJ

22/10/2014 10:10

Indignez-vous !


"Indignez-vous !" W. HESBEEN, S. HESSEL et bien d'autres encore nous ont rappelé l'importance de l'indignation comme première étape de notre capacité à faire évoluer les situations. Cet ouvrage nous interpelle donc. Mais parce que nous sommes des professionnels, nous devons nous garder de tout jugement hâtif et/ou d'amalgame. Même s'il existe des dérives extrêmement préjudiciables, je reste convaincu que de nombreux tuteurs agissent honnêtement dans l'intérêt de leur protégé. Mais y sont-ils vraiment et suffisamment préparés ? En effet, les Lois du 5 mars 2007 ont fortement incité les tribunaux à confier les mesures de protection aux familles, ce qui est louable sur le fond, mais qui dans la réalité cache une préoccupation économique, et laisse ces familles dans le désarroi. La protection repose sur l'écoute puisqu'il convient de recueillir le consentement de la personne, comme le rappelle les lois de 2002 (2 janvier-loi de rénovation sociale- et 4 mars -droits du malade et qualité du système de santé. Mais savons-nous "écouter vraiment" comme le propose Jacques Salomé ? La conclusion « il n’y a pas de solution » ne me convient pas. Nous avons su relever bien des défis. Celui-ci en est indéniablement un de taille. Peut-être peut-on travailler la qualité de la formation initiale et continue des professionnels et rappeler les valeurs fondamentales du respect de l'Autre en éduquant nos enfants à la maison et à l'école. Reconnaissons nos fragilités et faiblesses pour en faire une force et proposer du mieux.




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