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Une infirmière libérale en roue libre : "La Vie des Gens" en salles le 4 mars devient un cas d'école


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La vie des gensElle s'appelle Françoise. De 7h00 du matin à 22h00, 7 jours sur 7, elle sillonne la ville de Lyon en trottinette pour prodiguer des soins aux personnes qu'elle accompagne à domicile. Des personnes âgées, seules ou en couple, handicapées ou non, qu'elle lève, douche, coiffe, soigne ou couche le soir.

Elle parle fort, Françoise, elle crie même souvent, a les clefs des appartements, entre comme chez elle. "Salut vieille branche", clame t-elle en poussant la porte. "A demain, 8h30, pour la vidange", lance t-elle au moment de partir à celui dont elle vide chaque jour le bassin urinoir.

Si les scènes sont parfois, souvent, comiques (on rit beaucoup) durant ce film documentaire de 85 minutes, "La Vie des Gens", réalisé par Olivier Ducray, on ne peut pas en tant que professionnels ne pas s'indigner des pratiques de cette infirmière libérale. Sans aucun contrôle ou structure encadrante, elle tutoie ses clients, multiplie les familiarités et surtout ne les écoute pas. Elle balaie, à plusieurs reprises et sans en faire aucun cas, l'angoisse de mort qu'ils lui confient, leur envie d'en finir, la plainte sur la perte de leurs capacités... "C'est la vieillesse, c'est comme ça". Pourtant une oreille attentive et un brin d'empathie leur permettrait peut-être de vivre une vieillesse plus apaisée.

A noter aussi cette scène d'une personne âgée en train de parler et de Françoise qui s'en va, sans se retourner, n'attendant même pas la fin de la phrase... "C'est une étoile filante" explique la dame, les bras ballants, contrainte d'accepter la situation. Oui certainement, elle passe en coup de vent, fait beaucoup de bruit sur son passage, n'a pas le temps... mais ne s'interroge pas sur les attentes des gens qu'elle visite quotidiennement.

Le coiffeur ne pourra venir que la semaine prochaine... Mais ça ne fait rien, vous ne voyez personne de toutes façons... C'est sûr la dame ne voit personne et ne sort plus de chez elle. Justement, peut-être que cette visite du coiffeur a précisément un sens et de la valeur pour elle, lui permettant de maintenir un lien social...

Dommage que le film n'interroge pas les traces laissées par de telles remarques.

Alors aides à domicile, infirmières libérales, courrez voir ce film en salles le 4 mars. C'est un cas d'école : toutes les erreurs à éviter pour accompagner les personnes âgées dans le respect et la dignité !

La Vie des Gens, d'Olivier Ducray, en salles le 4 mars 2015.
Une coproduction Hanna Films - Mitiki Stream label interactive


mis à jour le



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Vos réactions

rédaction

21/04/2015 14:04

Droit de réponse


Bonjour
Et merci pour votre commentaire.
Comme vous le soulignez, ce film interroge la relation patient/soignant. Françoise n’est pas désagréable, loin de là. Elle est même plutôt drôle, vive et gouailleuse.
Mon article s’adresse surtout aux professionnels de santé, à ceux qui s’engagent au quotidien auprès des personnes âgées, ceux qui cherchent à améliorer leurs pratiques et à lutter contre la toute-puissance du soignant.

J’ai vu les limites que son indépendance professionnelle peuvent poser. Et la nécessité de travailler en équipe.
Mais si on voulait aller plus loin, il conviendrait plutôt de s’interroger sur la pression économique qu’elle subit, les minutes comptées auprès de chaque patient qui ne permettent peut-être pas de prendre le temps d’écouter leurs angoisses. Alors vive Monalisa et les réseaux de bénévoles, formidables relais, dont l’action est bien sûr complémentaire de celle d’une infirmière !

Quant à vos insinuations sur l’Humanitude, sachez que notre rédaction est indépendante. Chaque semaine, nous rédigeons des articles en toute liberté de conscience, au plus juste nous l’espérons, des questionnements de nos internautes. Nous reconnaissons l’Humanitude comme une méthode de prendre soin bientraitante mais nous sommes curieux de toutes les approches permettant aux personnes âgées de vivre debout, jusqu’au bout !



Jojo

15/04/2015 08:04

Un peu de recul


Voilà un article très interessant, j'ai vu ce film, je l'ai aimé. j'ai effectivement parfois été poussé à m'interroger sur la relation patient/soignant. Ce qu'il en ressort de mon point de vue, c'est de l'humanité de la complicité, de la vie... Mais la prise de recul nécessaire n'est pas là, la prise de recul est à faire à la lecture de l'article à charge, diffusé sur Agevillage qui par ailleurs fait de l'humanitude (formation payante à la bientraitance) son principal business. Rien d'étonnant donc a voir les bienpensants débarquer avec cette critique, assez peu constructive soit dit en passant. D'ici à voir un commentaire qui invite Françoise à participer à une formation Humanitude il y a peu... Pour ne rien vous cacher je m'attendais a voir arriver de tels critiques sur ce film de la part de ceux qui dans le domaine du vieillissement de la population veulent normaliser l'humain. A qui profite donc tout ceci ?



Antonine

02/04/2015 10:04

Et si ce film n'était qu'une opération marketing ?


Suite à une présentation du film à Paris fin mars, une invitée nous a ensuite interrogée :et si la création du film d'olivier DUCRAY ne correspondait qu'à une opération marketing ? "La société (ASSYSTEL service de téléassistance)est engagée auprès du réalisateur Olivier Ducray depuis 2 ans..." http://www.silvereco.fr/assystel-partenaire-du-film-la-vie-des-gens-dolivier-ducray/3144102 . "Convaincus que leur court métrage correspond à la philosophie et au service d'Assystel, Hervé HOUSSOU, Producteur, et Olivier DUCRAY Réalisateur..." http://alerteinfos.skynetblogs.be/archives/category/conseil-general-des-ardennes/index-22.html/  ON COMPREND MIEUX AINSI L'INDIFFERENCE à l'EGARD DE LA QUALITE DE L'ACCOMPAGNEMENT auprès de nos ainés qui n'était pas la finalité première ! "AUTREMENT DIT, CES INDIVIDUS SONT "RATIONNELS" : ILS AGISSENT SELON LA LOI DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE, LOI FONDAMENTALE DE L'ECONOMIE, ET SELON LA QUANTIFICATION DES PLAISIRS ET DES PEINES EN TERMES D'ARGENT." (Bernard MARIS).



zanadu

19/03/2015 12:03

Les aidants


ya de tout C comme dans la vie à l'extérieur, j'ai été agressé par un de mes aides un jeune de 23 ans qui m'a carrement cassé mes lunettes sur mon nez par un coup de poing qu'il m'a donne me faisant de plus tomber à la renverse et le pire C que j'ai appelé la police qui n'a pas daigné se déranger Attention à qui vous selectionner j'en ai eu d'autres qui venaient quand ils en avait envie et sans même prevenir me laissant sans solution de rechange Souffrez mes frères et soeurs, tant que l'on aura pas appris à ces jeunes le respect des vieux et handicapés ça durera



Antonine

12/03/2015 12:03

La critique est censurée sur des sites professionnels.


En faisant part de mes critiques à l’égard de ce film sur un site professionnel très fréquenté, citant notamment en référence votre excellent article dont je partage intégralement l’analyse, sachez que mon commentaire a été rapidement censuré et effacé. Sur un autre site, également très connu, une rédactrice en chef, ex-infirmière, qui encense ce film de long en large, affirme que son « cœur appartient à ce métier » (de soignant) mais « à chacun son ressenti et vive la liberté d’expression. » Sommes-nous d’une autre planète ? Pourquoi les sites professionnels refusent-ils de voir cette « violence invisible », et « cette vieillesse maltraitée » (Robert Hugonot). ? J’ai honte de ce film, des collègues et de ces sites professionnels qui refusent de regarder les maltraitances à l’égard de nos ainés. Extrait d’une parole de personne âgée : « ce n’est plus de la dépendance, c’est de la soumission »




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