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Malgré un essor quantitatif "indéniable", les services à la personne restent des emplois précaires et peu rémunérateurs, une situation qui hypothèque l'avenir de la prise en charge à domicile des personnes âgées, souligne le CERC dans un rapport publié mardi 19 février.
Le Conseil pour l'emploi, les revenus et la cohésion sociale (CERC), présidé par l'ancien ministre socialiste Jacques Delors, rappelle que les services à la personne comptaient 1,2 million de salariés déclarés en 2006, dont 58% de femmes de ménage, 31% d'assistantes maternelles et 11% d'aides à domicile hors ménage.
"Le développement quantitatif de ces emplois est indéniable. Le jugement des analystes sur la qualité de ces emplois est plus contrasté", constate le CERC."Ce sont souvent des emplois très féminisés, à bas salaire", "souvent à temps très partiel", avec "fréquemment plusieurs employeurs (47%)", occupés par des femmes sans qualification, celles-ci souhaitant "fréquemment travailler davantage", selon le CERC.
Dépeignant la "forte précarité du statut des salariés du secteur", le rapport pose en filigrane la question suivante: comment trouver des recrues pour un secteur mal rémunéré qui n'ouvre pas de perspectives de carrière? Actuellement, "à l'exception des enseignants faisant de l'aide au devoir", "nombre d'emplois d'aide à la dépendance, de garde d'enfants ou de tâches ménagères sont occupés par des femmes de 40 ans et plus, sans diplôme et eprenant une activité après être restées longtemps inactives, généralement pour élever leurs enfants".
Mais, le niveau de formation des nouvelles générations de femmes augmente, l'interruption pour élever les enfants tend à se réduire, et "ce vivier traditionnel sera restreint". Si rien n'est fait, le CERC voit "un risque de concurrence" entre les différentes familles d'activité de service à la personne, soutien scolaire, ménage-repassage, garde d'enfant, au détriment du handicap et de la dépendance.
Les salariés intervenant à domicile auprès des personnes âgées dépendantes rencontrent comme problème principal le morcellement des interventions". "Les aides à domicile réalisent en moyenne 15 visites par semaine, ce qui représente un temps passé dans les transports et les coupures entre deux interventions de l'ordre de 25% du temps de travail. Or, ces temps intermédiaires ne sont pas rémunérées quand l'employeur est un particulier, et pas toujours bien pris en compte par les organismes prestataires", explique le CERC.
De plus, ce type de travail pâtit des "variations d'horaires, et donc de la rémunération d'un mois à l'autre, par exemple en cas d'hospitalisation de la personne âgée", et d'un "isolement" qui conduit à "gérer seuls les conflits qui surviennent avec les personnes dont elles s'occupent". Le CERC rappelle pourtant que les besoins vont augmenter, du fait du vieillissement de la population qui verra 1,2 million de personnes dépendantes en 2040.
Au passage, il rappelle que les services à la personne bénéficient d'un soutien public "plus important que d'autres secteurs", chiffré à plus de 10 milliards d'euros en 2006 (huit sous forme d'allocations ou exonérations et deux en réductions fiscales). Un crédit d'impôt s'appliquera pour la première fois aux déclarations de revenus de 2007.
Si l'Etat veut rendre les carrières plus intéressantes, selon le CERC, il serait avisé de moduler ses déductions fiscales, en faveur des prestataires de service à la personne susceptibles de construire des temps complet pour leurs salariés.
CR
mis à jour le 23/02/2008