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Suicide, euthanasie, laisser mourir : définitions et enjeux

Les mots qui cristallisent le débat - Craintes de récupération

 Suicide, euthanasie, laisser mourir: le débat  relancé par la mort de Chantal Sébire se cristallise autour de quelques mots.

A quoi faut-il donner la priorité? Au respect  de la vie ou à la liberté de l'individu?

 Plusieurs cas se présentent quand une personne, plongée dans d'extrêmes  souffrances, désire la mort, les soins palliatifs ayant leurs limites: - le suicide, un acte difficile et solitaire, qui laisse le malade trouver  et s'administrer les produits qui le feront mourir, avec le risque, comme le dit  le Dr Bernard Senet, de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité  (ADMD), de "se louper" et de "choquer les enfants". Mme Sébire se disait  "violemment hostile" au suicide.
L'ex-mari de Chantal Sébire, père de sa dernière fille agée de 12 ans, a indiqué par communiqué qu'il"n'accepte pas que l'image de notre fille soit utilisée dans le cadre d'une campagne médiatique à l'occasion de laquelle la souffrance d'une femme a été instrumentalisée à des fins politiques".

- l'euthanasie (étymologiquement le "bien mourir") dite "active" -un  pléonasme pour nombre de praticiens- quand le médecin injecte le produit létal.  Une solution qui rassure le mourant et dédouane la famille, mais qui est lourde  pour les médecins.
"On ne peut pas être médecin et aider les gens à se suicider,  c'est un échec, même dépénalisé", estime le Dr Pierre Lacut, spécialiste de  soins palliatifs dans une clinique bretonne.

- Laisser mourir : l'application de la loi Leonetti de 2005 qui prévoit que l'on puisse, dans  le cadre d'une procédure collégiale, cesser les soins, c'est-à-dire "laisser  mourir sans faire mourir", par exemple en débranchant un malade ou en le  plongeant dans une sédation (apaisement par un sédatif) avec pour "effet  secondaire d'abréger la vie".

Nombre de spécialistes soulignent le caractère "hypocrite" de cette loi, qui  ne permet pas de donner la mort mais autorise un processus qui s'achève souvent  par la mort. "Je veux pouvoir faire la fête une dernière fois avec mes enfants et à  l'aube je veux m'endormir dans la paix et la sérénité", demandait Chantal Sébire  qui avait refusé cette sédation. Marie Humbert, qui a provoqué en 2003 la mort de son fils, rappelle : "ce  que ne voulait pas Vincent, c'est partir tout doucement, sans s'en apercevoir. Il voulait partir le jour où il l'avait décidé".

Les professionnels sont souvent réservés. "Il n'est pas possible de faire porter à une seule personne une action qui  est du côté du meurtre", estime Jacqueline Maillard, psychologue. Elle insiste  sur la nécessité de "sortir de la clandestinité", d'avoir du débat collectif. En cas de dépénalisation de l'euthanasie, certains craignent les dérives  d'une loi "qui ouvrirait à la possibilité d'éliminer ceux qui nous dérangent",  comme le note Marie de Hennezel, psychanalyste, dans son récent rapport sur les  soins palliatifs.

Les malades en fin de vie, "très sensibles à l'ambiance d'angoisse dégagée  par les proches", peuvent souhaiter épargner leur entourage par une demande de  mort "qui ne correspond pas forcément à leur désir profond", notait le conseil  national d'éthique dans un avis de 2000. Le Dr Lacut cite le cas d'une patiente de 87 ans, qui, après avoir souhaité  participer à une dernière réunion familiale de Noël, "tardait à mourir". "C'est  bientôt fini ?", demandait la famille.

Nombre de spécialistes conviennent qu'il est des cas où l'équipe médicale  peut estimer que la solution la plus humaine est d'aider activement à mourir,  sans pour autant dépénaliser l'euthanasie comme le souhaite l'ADMD. Une décision dont le "caractère transgressif" devrait être maintenu, et qui  devrait être prise "collégialement, au terme d'une évaluation sérieuse et d'une  réflexion éthique", dit Mme de Hennezel. Jean Leonetti suggère de donner "des  instructions aux parquets" pour que "cet acte soit considéré avec beaucoup d'humanité".


CC
mis à jour le 25/03/2008

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