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Actualités Fin de vie

Reconnaître le désespoir avant de lui donner raison

Marguerite Merette

Quand est rendue publique une histoire comme celle de Chantal Sébire ou Sue Rodriquez, Vincent Humbert ou Robert Latimer, la question de légaliser quelque forme d’administration de la mort revient sur le tapis. Tous appellent au débat.

Les arguments privilégiés sont la dignité et la compassion.
Le regard de l’autre voit de l’indignité chez une personne souffrante, et réveille la compassion. C’est sur cette base que naît une question piège  que je traduis ainsi : « Voulez-vous une vie indigne ou une mort digne? ».
 
Le débat est  piégé, lui aussi,
parce qu’on lui donne souvent pour titre le slogan des partisans de la décriminalisation : « la  mort dans la dignité », comme si la population avait à se prononcer pour ou contre la dignité elle-même. Le débat n’aurait donc pas lieu d’être. Ceux qui s’y risquent ont toujours tort, sauf ceux qui savent répondre à la question piège.

De la même façon, comment ne pas appeler la mort, en lisant l’article d’un journaliste québécois et les centaines de commentaires qu’il a suscités. Par compassion envers les soignants, il dévoile le regard qu’il porte sur leur travail et sur la personne qui dépend de leurs services :
« Il y a plus de 100 000 vieux dans les CHSLD. Plus de la moitié totalement déconnectés, vertigineusement absents, ni passé, ni présent, incapables de reconnaître leurs propres enfants. Le regard vide, la couche pleine. Et ce dont on n’arrête pas de parler, c’est de quelques dérapages? Sans montrer la chiennerie de fin de vie dans laquelle s’inscrivent ces dérapages? Lâchez-moi avec votre dignité. Est-il d’autre dignité, rendu là, que la mort? »* 

Pour moi, ces mots reflètent une désespérance collective, ou sinon, ils la provoquent. Le fond du débat n’est-il pas plutôt là? Qu’est-ce qu’une société désespérée, privée d’informations et de moyens, demandera aux soignants et à ses institutions ?

Un lecteur, parmi de nombreux autres, exprime la réponse spontanée qu’inspire cette vision : « Quand je serai un vieux sénile, s’il vous plaît, tuez-moi. Faites-le pour moi, pour mes enfants, pour la société... mais surtout pour moi. »

Allons-nous prendre au mot cette supplication en cachant de notre vue le désespoir qu’elle exprime et qu’on lit parfois à tort comme de l’âgisme?

Je suis à l’écoute des arguments de chacun des camps. Mais je refuse qu’on impose à tous une seule vision de la mort digne et de la vie digne, dans la pensée magique qu’un changement de la loi conciliera tous les enjeux.

*La caméra pas cachée, Pierre Foglia, La Presse, 25 novembre 2006. Commentaires ont été en ligne sur le site www.cyberpresse.ca

Québec, 7 avril 2008   
Site Internet  


Marguerite Merette, Quebec
mis à jour le 09/04/2008

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