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Espagne: une armée de "latinos" pour soigner le "papy boom"

Un rajeunissement par l'immigration

L'Espagne soigne depuis quelques années sa  faible natalité et son vieillissement par l'arrivée massive de jeunes immigrants  mais ce phénomène ne devrait pas empêcher le pays de figurer à la moitié du  siècle parmi les plus vieux au monde, estiment des experts.

L'arrivée de millions de jeunes immigrés, beaucoup en provenance d'Amérique latine, ces dernières années, a eu pour "effet mécanique" de rajeunir la  population espagnole, explique Carmen Gonzalez Enriquez, chercheuse pour  l'Institut Elcano de Madrid. La population immigrée, estimée désormais à 10% sur 45 millions de résidents  (contre un demi-million au milieu des années 90), a également fait frémir le  taux fécondité espagnol, ajoute cette spécialiste de l'immigration.

"Aujourd'hui le quart des naissances sont le fait de familles d'immigrants",  souligne la chercheuse. Le taux de fécondité est encore loin d'assurer le remplacement de la  population (c'est le cas à partir de 2,1 enfants par femme), mais il s'est  relevé, passant de 1,2 en 1996 à 1,4 en 2006 (chiffres Eurostat).

Ce taux très bas découle de l'absence de politique nataliste sérieuse depuis  l'avènement de la démocratie (75-77), affirme l'économiste Josep Oliver. Il  était impensable, selon lui, dans les années 80 et 90 d'inciter faire à des  enfants alors que le taux de chômage des jeunes atteignait des records. Mais au début de la décennie, l'Espagne a vécu "un véritable choc" en  découvrant qu'elle n'avait plus de main d'oeuvre pour répondre au décollage  rapide de l'économie, selon ce professeur à l'Université autonome de Barcelone Les politiques ont compris l'ampleur du problème et se sont mis à suivre une  "politique migratoire adéquate", selon l'économiste.

En 2005, le socialiste José  Luis Rodriguez Zapatero a procédé à la régularisation de 580.000 étrangers qui  jusqu'à présent travaillaient illégalement en Espagne. La mesure visait d'abord à répondre au problème de travail au noir découlant  de la pénurie de main d'oeuvre, mais répondait aussi à la "chute gigantesque de  la démographie", selon M. Oliver. Devenus légaux, ces étrangers se sont mis à cotiser et contribuent  aujourd'hui pour 8 milliards d'euros au budget de la sécurité sociale, montant  équivalent à l'excédent dégagé chaque année par cet organisme gérant couverture  sociale et retraites.

Aujourd'hui ces immigrés, jeunes et en bonne santé, pèsent peu dans le  système social, mais cela ne sera plus le cas lorsque arrivera l'âge de leur  retraite à peu près en même temps que le bataillon des baby-boomers espagnols  nés dans les années 60/70, met en garde Mme Gonzalez Enriquez. Pour l'heure, une cohorte de travailleurs étrangers, souvent d'origine  latino-américaine, travaille dans le secteur des services d'aide à la personne,  prenant soin des personnes âgées et s'occupant des enfants en bas âge, alors que  les Espagnoles sont de plus en plus nombreuses à travailler.

Ce domaine représente un nombre croissant de postes de travail que le marché  espagnol seul ne pourrait fournir sans l'apport de l'immigration, selon M.  Oliver. Hier absent des débats, l'immigration s'est imposée comme thème politique.  Durant la campagne pour les législatives de mars, le candidat conservateur  Mariano Rajoy a agité le spectre d'un afflux massif d'immigrés dans un pays où  "il n'y a plus de place". Pourtant, "nous allons avoir besoin d'immigrants pendant de nombreuses  années" face à une société vieillissante, selon M. Oliver. D'après une  projection de l'OCDE, l'Espagne pourrait figurer en 2050 parmi les trois pays  les plus vieux de cette Organisation, derrière le Japon et la Corée-du-Sud


OTh.
mis à jour le 27/04/2008

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