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Il y a cinq ans, la chaleur tuait 15 000 personnes âgées

Un tournant dans la politique gérontologique

Le 10 août 2003, après une semaine de chaleur record, l'urgentiste d'un hôpital parisien, Patrick Pelloux, dénonce une "hécatombe" qui a fait, selon lui, 50 morts en quatre jours en Ile-de-France et interpelle le gouvernement dont les principaux responsables ont quitté Paris.

Sur le terrain, les services d'urgence, déjà confrontés à des problèmes structurels en été (fermeture de lits, manque de personnel), sont bondés. Faute de lits, les personnes âgées sont alignées sur des brancards dans les couloirs.

Les Pompes funèbres saturent et, en région parisienne, les corps sont entreposés dans des camions réfrigérés ou les hangars des Halles de Rungis. Au total, la canicule fera, entre le 4 et le 18 août, près de 15.000 morts, principalement des personnes âgées et des femmes, révélant la pénurie de personnels dans les maisons de retraite, leur manque de moyens, et les difficultés de recrutement dans le secteur de l'aide à domicile.

Le 6 novembre, le gouvernement présente le plan Vieillissement et solidarité (instauration d'un jour de travail supplémentaire pour financer la dépendance des personnes âgées et handicapées), jugé insuffisant par les professionnels. Le drame a aussi mis en évidence l'isolement des personnes âgées: le 3 septembre le président Jacques Chirac assiste aux funérailles d'une soixantaine de victimes de la canicule dont les familles n'ont jamais été retrouvées.

Mais il a surtout montré des failles dans la chaîne de décision politique. Une commission d'enquête parlementaire a ainsi parlé de "dysfonctionnements" au sein du cabinet du ministre de la Santé Jean-François Mattei, désignant aussi l'Institut de veille sanitaire et la Direction générale de la Santé, dont le directeur Lucien Abenhaïm, a dû démissionner.

M. Mattei n'a pas reconnu sa responsabilité mais a dû céder la place lors du remaniement ministériel du 31 mars suivant. N'ont pas non plus été épargnés par la polémique François Fillon, alors ministre des Affaires sociales, pour son mutisme, et M. Chirac, resté en vacances au Canada jusqu'au 20 août.


YM
mis à jour le 18/08/2008

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