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La bientraitance, un nouveau concept ?

Depuis de nombreuses années, les pouvoirs publics et les organisations se sont attachés à prendre la mesure des phénomènes de maltraitance.
Passive, active, individuelle, collective, aux enfants, aux femmes, aux personnes handicapées, aux personnes âgées, notamment les plus vulnérables… la maltraitance fait partie des maux de notre société.
Certainement ce phénomène n’est pas récent. Ce qui est récent, c’est cette prise de conscience, sa prise en compte, les efforts qu’il mobilise pour le réduire, pour l’éradiquer, pour en comprendre les causes et pour tendre à en diminuer la fréquence.
Nous ne sommes pas au bout de nos peines !

Pendant ce temps, durant ces dernières année a émergé le concept de bientraitance : diversion ?  Anti-maltraitance ?
En réalité, si l’un est un phénomène, l’autre est une posture ; ils n’ont rien d’opposé, ils ne se ressemblent pas, ils ne s’opposent pas… et pourtant, ils ont un air de famille, l’un est dans la mémoire de l’autre. Il appartiennent en tous cas à des univers conceptuels qui méritent d’être clarifiés, creusés, déclinés.

Mais si la bientraitance est un thème à la mode, cette mode là va bien occuper les institutions sociales et médico sociales pour les temps à venir !
En effet, elle fait l’objet de la première recommandation transversale émise par l’Agence Nationale de l’Evaluation Sociale et médico-sociale.
L’Agence définit les recommandations comme autant de « points de repère pour faciliter  pour les organismes, établissements, services et professionnels une réflexion enrichie sur les prestations et l’accompagnement qu’ils proposent aux usagers, et non à décliner comme des normes opposables".
Et pourtant, chaque organisation devra bien décliner la mise en œuvre de ces recommandations dans le cadre de l’évaluation notamment externe des structures. Ainsi, ne passerait-on pas de phénomène de mode à invitation et à incitation ?

Alors, la bientraitance surfe, trouve ses fondements, dans de jolis concepts et courants philosophiques qui vraiment ne sont pas dénués d’intérêt !
Mais avant tout, et pour éviter tout angélisme, pour éviter aussi cette galopante démagogie qui nous fait croire et qui fait croire que les personnes sont libres de leurs choix (cf. ma chronique sur le "libre  choix"), il faut prendre la mesure et toute la mesure de la contrainte consécutive à la perte de santé, à la perte des capacités fonctionnelles, à la perte de l’autonomie dans certains cas, à l’obligation de recourir à d’autres personnes pour les actes de la vie quotidienne, au fait d’être dépendant des autres, au quotidien, pour assurer ce que l'on ne peut plus faire soi même ;

Car, être dépendant, c’est bien cela, c’est être obligé d’accepter qu’un autre entre dans son intimité, décide à sa place parfois ; « elle est ma tête et mes jambes » disait cette vieille dame en parlant de ses aidants professionnels.
Contrainte de supporter et d’accepter cette dépendance, contrainte de l’entourage familier de devenir aidant, contrainte des professionnels de toutes les disciplines de s’adapter à chacun, à chaque fois, dans ce qu’il est…

Dans ce contexte, l’ANESM présente la bientraitance comme une dynamique d’exigence collective, ça ouvre de horizons !
Ca permet de glaner, chemin faisant, par petites touches et aux fins d’appropriation individuelle et collective, des notions, des concepts, des réflexions :
- ne pas faire de tort à l’autre et trouver le juste équilibre entre avantages et inconvénients ; c’est autour de la bienfaisance que ces concepts prennent racine.
- faire du bien à l’autre, être dans cette posture de vigilance à autrui (n’est ce pas inscrit dans les missions même des organisations ?) ça caracole aux côtés de la bienveillance
- instaurer un équilibre au sein d’une relation dissymétrique, rappelle Paul Ricoeur.

A cet égard, la bientraitance aurait à voir avec la réflexion éthique, définie par Ricoeur comme « visée de la vie bonne avec et pour les autres, dans des institutions juste »… ça fait réfléchir…

De la réflexion éthique à la bientraitance, nous avons à emprunter ce chemin, de façon volontariste, riches de ces nourritures qui nous ramènent à l’autre à ses besoins, à son bien être ; cela nous renvoie à la place de chacun, et aux moyens d’y parvenir.
Des moyens, financiers bien sûr, mais c’est loin d’être suffisant ; des moyens humains et un accompagnement des organisations et des professionnels, du projet politique, au projet de service, à la formation de tous.

L’enjeu est de taille.
Il indique et ne fait qu’indiquer aux organisations que la bientraitance est inscrite dans leurs fondamentaux.


Florence Leduc
Florence LEDUC


mis à jour le 01/09/2008

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