Ajouter Agevillage à vos favoris
Archives Actualités Dossier->
imprimer l'actualité envoyer l'actualité

Vieillesse ignorée

Questions à Marie Geoffroy, sociologue

Agevillage : Vous avez  identifié dans votre étude cinq attitudes parmi les personnes que vous avez interrogées, vivant la 2ème étape de la retraite : le refus, le fatalisme, l’adaptation, le volontarisme, la sagesse. Le « vieux » fataliste était-il quarante ans plus tôt un « fataliste » ?  

Marie Geoffroy : Même si je crois que nous sommes en partie déterminés par la manière dont s’est construite notre  personnalité mais aussi par  notre histoire personnelle, l’environnement qui a été le nôtre, les  ressources économiques sociales et culturelles que nous possédons….., je crois aussi qu’il nous est possible de modifier certaines attitudes et d’en acquérir de nouvelles, si elles peuvent  améliorer notre vie.
Dans l’étude réalisée, le vieux fataliste ne l’était pas étant jeune. J’ai dit qu’il ne s’agissait pas d’un choix philosophique mais d’une réaction à des évènements douloureux comme la survenue d’une pathologie grave ou d’un handicap irréversible ou le décès du conjoint….
Le fatalisme peut aussi être une sorte de rationalisation de la personne isolée qui a le sentiment de ne plus avoir d’utilité  ou qui ne parvient pas à avoir une quelconque  insertion sociale. En exprimant son fatalisme, elle justifie son retrait social. 
C’est une catégorie de personnes qui mérite à mes yeux la plus grande attention de la part des professionnels car elles sont souvent dépressives, mais aussi des associations et du voisinage pour qu’elles arrivent à reprendre la maîtrise de leur  vie et vivre au mieux cette période.   

Agevillage : Dans l’attitude de refus que vous avez observée, vous émettez des nuances. Pour certains, il n’y aurait pas de changement … 

Marie Geoffroy : En effet, certaines personnes ont affirmé n’avoir perçu aucun changement dans leur vie par rapport à la 1ère étape de la retraite.  Elles ont indiqué continuer à accomplir les mêmes activités, mener le même type de vie, n’avoir restreint aucune de leur sorties….et se sentir aussi jeunes qu’auparavant.  
Pour une partie d’entre elles, cela correspond à la réalité, parce qu’elles sont parmi les plus jeunes de la population interrogée -moins de 73 ans- et qu’elles appartiennent à des catégories élevées socialement  qui connaissent, on le sait, un vieillissement plus tardif.
De plus, nous ne vieillissons pas de manière égale. On sait que les femmes vivent plus longtemps mais qu’elles sont davantage handicapées que les hommes.  Certaines personnes  pourront vivre jusqu’à 80 ans en ne connaissant que des changements de vie à la marge, en tout cas qui ne remettent pas fondamentalement en cause leur façon de vivre.  Chez d’autres, les changements seront beaucoup plus précoces, progressifs ou brutaux, faibles  ou radicaux… 
Des politiques de prévention, menées en amont de la retraite,et lors la première étape peuvent aider à prévenir les changements les plus invalidants.  

Agevillage : Toujours dans les personnes qui se situent dans le refus vous émettez l’hypothèse, que l’on peut certes partager, que ce qui est refusé est davantage un sentiment de rejet de la part de la société que le refus de sa propre vieillesse. Comment contrer les effets ravageurs de ce que véhicule le discours de jeunisme à tout-va ? 

Marie Geoffroy : Cette question me semble très importante et dépasser le seul  problème du jeunisme qui n’en est qu’un aspect. Pour la 1ère fois dans l’histoire, nous nous trouvons dans une situation caractérisée par l’importance du nombre de personnes âgées encore capables d’assumer des fonctions et des responsabilités, tant dans le champ de l’activité professionnelle que dans celui du bénévolat. 
Il suffit de voir les débats autour de l’emploi des « seniors » ou de la retraite à la carte ;  la question se pose aussi  dans certaines associations où des bénévoles plus jeunes s’impatientent de voir les responsabilités occupées par des gens de 75 ans ou plus…. en expliquant qu’ils freinent par les innovations, qu’ils s’accrochent etc.…, etc....
Il y là, à mon sens, des risques importants de conflits, de rejet, d’exclusion … qui seront mal vécus, parce que nous demeurons dans l’indétermination.
Il me semble que l’on devrait engager,  tant dans le champ de l’emploi rémunéré que dans celui du bénévolat, une réflexion entre générations sur les places dévolues à chacune d’elles et raisonner en termes de complémentarité et non d’opposition.
Chaque groupe d’âge peut apporter quelque chose de différent des autres.  Il n’appartient pas à un groupe d’âge  de définir la place que doit occuper l’autre, cela doit se faire par négociation.
Pour ce qui est du jeunisme, il pose toute une série de questions, notamment celle de l’accueil, au sens large, des personnes âgées dans la société dès lors qu’elles ne correspondent plus aux normes de beauté physique ou d’activités véhiculées par cette idéologie. Mais que feront et diront les  supporters de ce courant dans la société qui sera la notre d’ici peu, dans laquelle les plus de 60 ans représenteront plus que les moins de 20 ans, et où la croissance la plus forte sera celle du groupe des 85 ans et plus ?
Le jeunisme est, aujourd’hui déjà, une aberration, mais ce sera pire alors.   

Agevillage : Enfin, parlez nous des « sages » que vous avez rencontré. Ces « vieux », en apprentissage d’une vie nouvelle. N’ont-ils pas un rôle à jouer auprès de leurs contemporains et d’autres tranches d’âge ?

C’est la catégorie la plus achevée de la typologie et par conséquent celle qui représente le modèle le plus attractif.  Elle vit bien la seconde étape tout en ne refusant pas de regarder ce qui se profile dans l’avenir et  auquel elle peut alors se préparer. Elle laisse à voir une belle image de l’avancée en âge.
Elle nous a surpris par la richesse de son analyse que nous n’avions pas anticipée.
Dans leur discours, deux points apparaissent particulièrement novateurs et prouvent en effet que « les sages » peuvent jouer un rôle auprès d’autres catégories.

Ils affirment d’abord, qu’il est possible d’apprendre à bien vivre cette étape de la vie et  selon eux, non seulement on peut soi-même apprendre mais « on peut en donner le goût  » aux autres,  chacun à son rythme et en suivant ses inclinaisons.
C’est une pensée qui doit pouvoir ouvrir des perspectives à ceux qui vivent cette période avec difficulté et à ceux qui ne sont pas encore entrés dans cette étape. Cette catégorie peut être la référence et guider l’action des pouvoirs publics et de ceux qui  se penchent sur le vieillissement.
De même, qu’on a mis en place des  préparations à la retraite, on pourrait envisager, avec l’aide de ces sages, une préparation à la seconde étape.
Enfin elle, peut être riche d’enseignements pour les plus jeunes y compris dans les écoles dans le but de changer l’image de la vieillesse dans la société.

La seconde idée qu’avancent « les sages » est que l’entrée dans la seconde étape ne doit pas être l’annonce de la pente descendante.
Elle est un autre temps de vie, qui peut être porteur de beaucoup d’opportunités pour soi-même et pour les autres, un temps nouveau associé à  des rôles sociaux différents de ceux que nous avons eu jusqu’alors  mais non moins importants ni moinsutiles. Leurs propositions valorisant avant tout le lien social ne peut laisser indifférent tous ceux qui s’inquiètent de la montée des individualismes.


Propos recueillis par Françoise Garcin


FG
mis à jour le 10/05/2007

imprimer l'actualité envoyer l'actualité

Lire le reste de l'article:

1) Ce que pensent et disent les « vieux » dès lors qu’on les écoute


Retour vers la liste des archives pour ce sujet : Dossier


-->