Agevillage

Opération « Lettre …à » 2009 : 6 lettres primées sur 470 reçues


Partager :

L'opération « Lettre à… » initiée par la Fondation Nationale de Gérontologie en 2001, donne la parole aux personnes âgées en établissement et à domicile dans l'objectif de libérer l'expression, sans tabou, ni censure. Pour cette 9e édition, 470 lettres ont été rédigées au travers de 152 structures . Sodexo, et Korian sont maintenant partenaires de l'opération.

La rédaction d’une lettre individuelle ou collective représente une opportunité d’expression personnelle pour les plus vieux d’entre nous : mots sur eux-mêmes, mots sur leur parcours de vie, paroles vraies et authentiques qui permettent de nouer un autre lien à soi et aux autres. L’objectif de "Lettre à… "est de faciliter la liberté d’expression des personnes âgées en leur proposant d'écrire une lettre sur un sujet qui leur est cher. C’est est aussi un moyen de réhabiliter un espace où le "je" remplace le "il" ou le "on", de réaffirmer la primauté de l'individu et de restaurer le lien interpersonnel. C'est l'occasion de porter un autre regard sur des adultes un peu plus âgés que les autres.
Plus de 2750 lettres émouvantes, violentes, tendres, dérangeantes, drôles ont ont été ainsi écrites par des personnes âgées et reçues par laFondation nationale de gérontologie.

LES LETTRES DES LAUREATS 2009

Prix "COUP DE COEUR" Anne-Marie, 87 ans A un jeune homme inconnu.
Cette année, au début du printemps, par un temps exceptionnellement calme, il y a souvent beaucoup de mistral chez nous, je faisais, comme chaque jour, ma promenade matinale. Il faut vous dire que je souffre de beaucoup d’arthrose, plus une prothèse de hanche, pour garder mon autonomie, je dois marcher tous les jours « ordre de la faculté ». J’avançais donc, tranquillement, avec ma canne, un grand et charmant jeune homme, 30 à 35 ans, tenant un attaché-case, je crois que c’est le nom moderne du cartable, m’a doublée rapidement en me disant « vous sentez bon madame » interloquée une seconde, j’ai répondu « merci monsieur ». Je ne savais que penser, c’est alors qu’il s’est retourné vers moi avec un si charmant sourire que je ne peux oublier et m’a dit « vous sentez la violette, c’est le parfum de ma grand-mère » et, d’un pas, toujours rapide, a continué son chemin. Cher monsieur inconnu, vous ne lirez jamais cette lettre, cependant, je pense sincèrement que votre grand-mère a beaucoup de chance d’avoir un « grand » petit-fils qui connaît si bien son parfum. Je tiens à vous dire merci, c’est tellement rare d’avoir un pareil compliment quand on est une vieille personne éclopée, aux cheveux blancs. Monsieur, sachez-le, vous êtes un homme très bien.

Prix "REFLEXION / TRANSMISSION" Thérèse, 83 ans. A TOUTES CELLES QUI… sont battues.
A 83 Ans, il faut que je vous dise…
J’ai vécu de drôles de moments
J’ai été malheureuse, battue…
Par un mari ivrogne et jaloux
Jaloux sans avoir à l’être
Il lui fallait des excuses,
J’étais trop gentille, trop dépendante…
Prête à tout pour lui, Je lui faisais tout…
Il me traitait pire qu’un …chien
Battue dans les champs, devant les gens,
Pendant que je ramassais nos dîners…
Levée à 5h, partie à 7h. Je travaillais à l’usine, lui aussi !
Pas le même boulot, je filais la laine avec 1 pelle…
En sécurité pendant la journée
Sauf quand il venait me chercher,
Tout recommençait,
Jusqu’à sa mort, à 35 ans…
Enfin libérée ! Enfin la liberté.
Après, j’ai…existé
Rester avec mes enfants
Heureux et heureuse…enfin…
On me demandait :
-« Tu vas te remarier ?
-jamais ! Jamais ! J’en ai assez. » Je répondais.
Je ne souhaite à personne
On ne peut oublier
Parfois…je pense…dans mes rêves.
Je le revis…
Ma chance, Mes ENFANTS.
Mon garçon, très gentil
Qui me tient à la VIE…

Une femme enfin libérée…

Prix "TEMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE ET D'AFFECTION" Renée, 75 Ans. Chère complice.
Combien de fois t’ai-je rencontrée ! Combien de fois t’ai-je regardée en me disant : « tu ne seras jamais mienne » ! Et cependant…un jour…bien des années plus tard, tu es entrée au coeur de ma vie. Pourtant, je ne t’ai pas invitée. Ce sont les autres « les connaisseurs » qui m’ont forcé à t’apprivoiser chez moi. Je ne t’avais pas préparé une place. Ne m’en veux surtout pas. Je ne t’avais pas désirée !…Tu es toujours restée dans une position qui était la tienne ; celle de tenir droite. Tu m’as donné ton aide pour que je puisse aller d’un point à l’autre afin que mon équilibre reste dans la normale. Je me suis laissée faire par toi qui ne voulait que mon bien ou toutefois le moins mal. Petit à petit, tu es devenue mon amie. Je l’ai, enfin, compris et nous avons, d’un commun accord, fait route ensemble.
Dans ma fragilité, tu as su être la compagne qui m’a encouragée à aller toujours de l’avant même si je n’en n’avais pas envie ! Je t’entendais me dire : « je suis là, use de moi, n’aie pas peur ». Au fur et à mesure des jours et des années, j’ai bien compris tes sages paroles, ta disponibilité, l’assurance que tu me donnais à marcher sur les trottoirs cabossés, glissants parfois, remplis de monde à certaines heures de la journée.
Tu es devenue ma force, mon soutien, mon équilibre, toi que je ne voulais pas. Sache que tu as désormais ta place chez moi, toujours la même. Personne d’autre ne te la ravira. Bref, eux « les connaisseurs » ils ont eu bien raison de provoquer notre rencontre !
Bien que tu sois d’une autre matière :
Toi, de bois,
Moi, de chair,
Toi, solide,
Moi, fébrile,
A nous deux, depuis quelques années, nous avons usé de complicité.
Qui aurait pu penser un seul instant, qu’un jour de ma vie, tu serais, comment dirai-je :
Ma compagne,
Mon amie,
Mon appui,
Que sais-je ! et pourtant… !


Prix "CONFIDENCE" Colette, 70 Ans. A ma mère.
Cette lettre ma Chère Mère, que tu ne liras jamais, puisque tu n’es plus de ce monde, pour te dire combien je regrette mon comportement si injuste à une période de ta vie qui a dû être si difficile pour toi…
Pardon de ne pas avoir compris après le décès de notre Père, alors que vous aviez été un couple de parents exemplaire, 1 an après un nouveau compagnon était à tes côtés sans toutefois te remarier, il venait prendre la place de notre père, son influence sur toi allant jusqu’à te faire quitter ton domicile et ta vie dans la capitale, pour le suivre, vivre à la campagne loin de nous.
En suivant cet homme tu mettais fin à nos réunions des samedis où grands et petits enfants se retrouvaient, ainsi que aux repas que à tour de rôle, chacun organisait une fois par mois- combien je suis triste et combien de reproches tu as subi de ma part, la raison en étant surtout que ton éloignement, ton changement de vie a permis que petit à petit nous nous sommes éloignés les uns des autres ayant perdu nos repères si importants.
A présent à mon tour, je suis veuve et je vis seule, et après bien des réflexions, j’ai enfin compris pourquoi tu avais fait ce choix seule, la peur de vivre la solitude a fait que tu as pris cette décision- alors que tes enfants étaient tous là près de toi. Tu n’as pas mesuré l’importance de ce choix, que bien des années plus tard, tu te reprochais toi-même.
Pardon ma Petite Mère d’avoir été si injuste avec mes reproches, je n’avais pas le droit de te juger. Mais il n’est jamais trop tard pour reconnaître ces erreurs. J’aurais dû te demander ce pardon lorsque tu étais encore près de moi, mais je sais que de ton paradis où je t’imagine tu me l’as déjà accordé depuis longtemps. Ta fille qui t’aime.

Prix "ECRITURE" Max, 80 ans. A St-Pierre
Je sollicite de votre bienveillance un peu de compréhension à mon égard. J’ai été exemplaire, je le suppose. Ni crime, vol ou autre malveillance, peut-être quelques petits mensonges sans gravité. Je confesse quelque peu une légère gourmandise pour les plats succulents, arrosés, cela va de soi de quelques verres de vin aux sublimes arômes.
J’ai aimé la chaire, mais c’était surtout pour faire plaisir aux femmes qui se damnaient de mes non vertueuses caresses. Mais j’ai surtout aimé ma famille et c’est en travaillant honnêtement que j’ai gagné ma vie sur cette terre.
Aujourd’hui j’arrive au terme de mon existence avec encore quelques espérances. Je pris instamment votre sainteté un accueil en votre paradis car je ne voudrais pas aller en enfer pour y rencontrer mon ex épouse et sa mère.
En l’espoir de votre mansuétude, Veuillez agréer toutes mes prières. Un futur bienheureux.


Prix "SPECIAL" Germaine, 81 ans. A mes enfants et petits-enfants…
Occupez vous un peu de moi, parce que je suis toute seule.
La journée, je la passe à regarder…comment dit-on déjà ?
Je ne sais plus…
J’ai fait beaucoup de choses dans ma vie.
Avant, avec mes petites-filles, je faisais…comment qu’on dit…
Je ne sais plus…toute sorte de choses !
Avant, j’avais de belles mains.
Je n’ai plus rien.
Je ne sais plus rien.
Je ne fais plus rien. Rien du tout.
Mes petits-enfants ?
Je vous souhaite une belle vie.
Qu’est-ce qu’on pourrait dire d’autre…
Vous savez, maintenant il faudrait…
Il faudrait quoi ? Oh !
Je ne sais plus…
Ah, c’est quelque chose !!
Maintenant, si je vous entendais arriver…je serais contente.

 


mis à jour le



Partager :


Vos réactions

tania

18/05/2010 10:05

lettre A


je suis animatrice en EHPAD et j'ai propose aux residents de participer a la lettre A mais a mon grand etonnement les personnes avec toutes leurs facultes mentales ne veulent pas le faire



RdT

27/04/2010 16:04

Illustration


C'est pour tout ça, aussi, toute cette sensibilité que je me suis lancée dans le CAFDES, pour travailler auprès de ces chères têtes blanches, ou grises, ou chauves, mais si riches et qui ont tant à nous apprendre, si tant est que nous voulions bien les écouter, un peu... Merci



mamichat

16/02/2010 22:02

c'est beau


c'est fabuleux, je vais soumettre à mon directeur cette lecture, je suis auxiliaire de vie sociale et c'est un projet fantastique que de pouvoir aider les personnes agées à participer ! quelle belle stimulation !!! j'adore




Réagir à cet article :

* ne sera pas affiché


HAUT DE PAGE

© Eternis SA -