Ajouter Agevillage à vos favoris


La méthodologie de soin Gineste et Marescotti : une base solide et efficace pour l’approche soignante des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer

L'expérience du SSIAD de l'ADPA de Grenoble

Le SSIAD de l’ADPA de Grenoble a été créé en 1983 ; il comporte actuellement 231 places réparties en 9 secteurs dans les  zones géographiques de l’agglomération grenobloise, des pays Vizillois, Matheysin et du Grésivaudan.
Son action s’inscrit dans les valeurs de solidarité portées par l’Association depuis plus de 50 ans avec une attention particulière à l’individualisation de l’intervention, le respect de la dignité et de l’intimité  ainsi que la reconnaissance du rôle important de la famille et des proches.
Le service est amené de plus en plus fréquemment à intervenir auprès de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et apparentées.
Pour garantir des soins de qualité le personnel suit régulièrement des formations et bénéficie de groupes de soutien avec un psychologue. Malgré cela des difficultés persistaient surtout pour soigner des personnes en refus de soins ou  non communicantes verbalement.

Déjà sensibilisé à la philosophie de l’Humanitude le SSIAD s’est impliqué rapidement  dans la mise en place en région Rhône alpes  de la formation GINESTE  – MARESCOTTI pour les soins à domicile,  organisée sous l’égide de la  fédération UNA Rhône/Alpes.

Soutenu financièrement par la DDASS de l’Isère le SSIAD a pu mettre en place pour l’ensemble du personnel soignant le cursus de formation en 2009
 
Véronique de Leiris, infirmière coordinatrice dans le  canton de VIF en fait la présentation et l’analyse qui suit :

«  A-t-il une maladie d’Alzheimer ? ». Ce fut longtemps la première question que nous entendions à l’annonce d’une nouvelle entrée dans le service de soins infirmiers à domicile.
Comme l’a observé Olivier DOUVILLE maître de conférences en psychologie et auteur d’une étude des représentations relatives à la maladie d’Alzheimer chez les soignants , la maladie d’Alzheimer fait peur aux soignants.
L’expérience dans notre service de soins auprès de ces patients a souvent été difficile, générant une forte appréhension bien que les résultats aient été plutôt satisfaisants. Olivier DOUVILLE parle très justement de soignant se sentant « angoissé » « impuissant », « sans projet possible » .

Très complète la formation  s’appuie sur un apport théorique sur la maladie et ses effets sur les capacités cognitivo-mnésiques, permettant de mieux comprendre ses conséquences sur la perception et la compréhension de ces malades. Cet apport théorique  est associé à des techniques de communication, et à l’objectif  de permettre à ces personnes de préserver leurs facultés le plus longtemps possible et de pouvoir rester debout.
On a souvent mis l’accent sur l’aspect communication sensorielle de cette méthode. Or nous en avions pris connaissance il y a plusieurs années, et les aides-soignantes utilisaient déjà ces éléments. Ils ne sont pas suffisants, pas plus que les bases habituelles de soins. L’écoute est difficile chez des patients souvent aphasiques ou avec une expression verbale décousue, la parole semble ne plus « passer » et parfois engendrer de l’agressivité, l’empathie est difficile face à des personnes aussi déconcertantes.

La formation d’Yves GINESTE et Rosette MARESCOTTI ne se réduit pas à l’acquisition d’une panoplie de techniques de gestes ou d’attitudes, prête à l’utilisation. C’est leur association avec la connaissance des pertes cognitivo-mnésiques qui permet d’adapter notre attitude en permanence puisque la mémoire est réduite. Nous pouvons ainsi trouver les clés d’une communication adaptée. L’utilisation des capacités émotionnelles préservées est également fondamentale, le sujet Alzheimer devenant sujet d’émotions que l’on peut partager avec lui.

Une aide soignante illustratre ces propos.
Il s’agit d’un soin auprès d’une femme âgée de 83 ans atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle vit avec son mari  dans une grande précarité. Cette femme ne communique plus, elle est en position repliée sur elle-même, agressive, elle refuse les soins, crie.
«  J’ai essayé de faire la copie conforme de ce qu’avait fait le formateur le 1° jour.
Je me présente, j’enlève les barrières en douceur, elle est en position fœtale, regard dans le vide.  Je vais la toucher au niveau de l’épaule. Je m’approche d’elle très près, je lui parle : mon prénom, le sien. Je suis très prés d’elle, à 10 cm, je me penche carrément sur le lit, j’ai l’impression de la câliner, un peu comme un petit.
Avec une voix douce, des phrases courtes, et des mots simples, je lui dis que je vais la laver. Puis j’attends qu’elle me fasse un signe : un rictus, un mouvement des lèvres. Une fois elle a fait un hochement de tête, mais pour ça il faut y aller souvent, sinon c’est un peu plus dur. Je lui dis que je vais lui quitter le pantalon pour la laver. Avant on lui repliait le tee shirt sur les mains, elle ne comprenait pas, quand on lui enlevait le pantalon elle pouvait penser qu’on allait la violenter.
Je commence à lui enlever le pantalon, parfois elle oublie, elle ne comprend pas, j’arrête et je lui redis. Elle ne me dérange jamais
Après le soin, elle est plus détendue, elle ne replie plus les jambes, on dirait qu’elle est molle au lieu d’être repliée, elle ne grince plus des dents.
Après je la félicite : c’était un bon soin, merci, je reviendrai. »

La formation s’est achevée en Juin 2009, depuis, pour les nouvelles personnes soignées, plus personne ne demande s’il s’agit d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer.  Cela n’est pas le seul indice barométrique du niveau d’appréhension des soignants, des bilans ont été faits au sein des équipes, ils sont positifs.

Après la formation, le  SSIAD a entamé une démarche de réflexion. L’objectif étant d’utiliser la méthodologie de soin GINESTE-MARESCOTTI et notre propre savoir faire,  pour  améliorer  l’accompagnement en soins des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à  domicile, au sein de leur famille. Nous réfléchissons, par exemple, sur la collaboration avec l’entourage familial et professionnel, avec en perspective la rédaction de fiches d’informations. Une autre piste de réflexion est l’adaptation aux besoins spécifiques d’évaluation et de suivi des personnes présentant des troubles cognitivo-mnésiques, une nouvelle démarche d’évaluation des capacités et des besoins devrait voir le jour.

Travailler auprès des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer n’est pas devenu facile, nous restons et resterons parfois impuissants, mais nous pouvons rechercher avec chacun un mode de communication. La méthodologie GINESTE et MARESCOTTI n’est pas « La Méthode », mais c’est une base solide et efficace sur laquelle les soignants peuvent s’appuyer et construire leur projet de soins.


Agnès POULET, Directrice du SSIAD de l'ADPA, Grenoble
mis à jour le 31/05/2010

imprimer l'actualité envoyer l'actualité poster un commentaire (0)

Vos réactions

Il n'y a encore aucune réaction à cet article.

Réagir à cet article

Respectez les majuscules

Ceci est le captcha
* ne sera pas affiché - information disponible uniquement pour le modérateur

Retour vers la liste des actualités pour ce sujet: Services à la personne

* * * * * * * * * * * * * * * * * *

Nos services AgeVillage :
Newsletters Agevillage : Chaque lundi, suivez l'actualité du Grand Age en vous inscrivant gratuitement à nos newsletters

Forums Agevillage : échanger vos expériences et témoignages sur nos forums du Grand Age : Tutelle, Alzheimer, Maison de retraite, Conseil de la vie sociale, Bien vieillir, Aidants, Domicile, Aides financières...

Annuaire du Grand Age : 25 000 références pour vous aider à créer votre réseau d'aide local : hébergement, services à domicile, clic, ccas, centres de santé,... toutes les informations utiles pour les personnes âgées
DVD Maladie d'Alzheimer, comprendre pour aider au quotidien - les réponses de l'humanitude