|
Actualités
Territoires
|
Effectué à l'Université Evry Val D'Essone, UFR Sciences sociales et gestion, Département Sociologie, le mémoire d'Elodie Rimoldi répond au questionnement suivant :
Quelle place peut avoir la Politique de la Ville de Paris dans la prise en charge publique de la question des personnes âgées ? Quels sont les enjeux de son intervention ?
Conclusion
Le phénomène démographique actuel que constitue l’allongement de l’espérance de vie rend incontournable la prise en charge publique des personnes âgées. Plus précisément, il convient aujourd’hui de repenser l’action gérontologique afin de l’adapter aux nouvelles problématiques démographiques, sociales et territoriales. La politique de la ville, en tant que politique du développement social local, prend conscience de ces enjeux et s’engage, aujourd’hui, dans la concrétisation de sa démarche envers les personnes âgées des territoires du Contrat Urbain de Cohésion Social.
C’est en partant de ce constat que nous avons fondé notre mémoire en s’interrogeant sur la légitimité de la politique de la ville à intervenir dans le champ gérontologique. Notre objectif était, ainsi, de comprendre comment peut-elle agir en faveur des personnes âgées précaires et quels en sont les enjeux.
Le déroulement de notre mémoire s’est basé sur deux hypothèses, tirées de notre phase exploratoire (premières lectures et premiers entretiens dans le cadre de l’actualisation d’un diagnostic) qui s’appuyaient sur les principes fondateurs de la politique de la ville, à savoir : la complémentarité, le partenariat et la transversalité.
Après avoir fait un détour historique pour présenter l’évolution des politiques publiques en direction des personnes âgées et avoir exposé la situation parisienne, et plus spécifiquement, celle des quartiers politique de la ville, nous pouvons comprendre qu’aujourd’hui l’enjeu de l’action publique est de s’adapter aux nouvelles problématiques et de déplacer son centre de gravité vers une intervention moins sanitaire et sociale. La politique de la ville se centre sur cet enjeu et inclut dans sa démarche les personnes âgées des QPV, définies désormais comme prioritaires.
Suite à ce cadre plus général et théorique, nous sommes entrées au cœur de notre problématique et de nos hypothèses. Ainsi, nous pouvons ici résumer les réponses apportées à notre questionnement, de la façon suivante :
Quelle place peut avoir la Politique de la Ville de Paris dans la prise en charge publique de la question des personnes âgées ? Quels sont les enjeux de son intervention ?
> Dans la prise en charge publique des personnes âgées la politique de la ville se positionne, essentiellement, en tant que politique complémentaire au droit commun.
Cette complémentarité se formalise par son approche localisée et sa logique partenariale. En effet, par son mode d’intervention territorialisée, la politique de la ville peut apporter des éléments très précis sur les quartiers ciblés et prendre en compte l’hétérogénéité des situations des personnes âgées. Elle se fonde, prioritairement, sur les besoins et les caractéristiques singulières des territoires pour ensuite ériger un plan d’action global. Son intervention parait essentielle dans la mesure où elle permet de compléter l’action plus verticale du droit commun (qui se traduit en termes de lutte contre la dépendance et d’aides sociales et sanitaires) et d’élargir les initiatives publiques en partant des constats territoriaux.
De plus, la démarche de la politique de la ville envers les personnes âgées est nécessaire puisqu’elle permet de formaliser une logique partenariale avec tous les acteurs principaux. En effet, en tant que politique partenariale, elle a pour objectif de mutualiser les différentes structures territoriales, intervenant en faveur des personnes âgées. Cette mutualisation tend à instaurer une coordination durable et cohérente entre tous les intervenants, qu’ils soient publics, privés ou associatifs, et ainsi à réaliser un projet commun répondant, concrètement, aux difficultés des personnes âgées précaires.
> L’intervention de la politique de la ville envers les personnes âgées présente plusieurs enjeux fondamentaux. De façon générale, elle contribue à déplacer la question du vieillissement de la population vers des problématiques plus larges et introduit au cœur de la réflexion autour de ce phénomène la thématique du lien social.
En effet, sous la responsabilité de la chargée de mission « développement social et santé », la question des personnes âgées des QPV parisiens, se formalise selon deux angles d’approches transversaux : la lutte contre l’isolement social et l’intergénérationnel.
Tout d’abord, rompre l’isolement social des aînés les plus démunis de Paris se traduit par une volonté de recréer des liens sociaux et solidaires avec cette population afin de lutter, notamment, contre leur repli relationnel, leur crainte de l’extérieur et leur absence de la scène publique. Puis, la politique de la ville rend transversale son intervention en faveur des personnes âgées dans la mesure où elle souhaite l’inscrire, prioritairement, dans une démarche intergénérationnelle. L’objectif est de promouvoir les liens entre toutes les générations du territoire afin de faciliter les réseaux de solidarités et de pallier les conflits générationnels.
Alors, l’enjeu de l’action de la politique de la ville, destinée aux personnes âgées précaires, est d’appréhender cette population et ses difficultés selon une approche globale qui multiplie les angles d’intervention afin de répondre aux mieux aux problématiques constatées.
Ces deux axes peuvent légitimer l’intervention de la politique de la ville dans la prise en charge publique des personnes âgées.
Au terme de notre apprentissage, nous avons pu relever et mettre en lumière cinq disciplines dans lesquelles il parait fondamental d’introduire la question des personnes âgées. Ces angles d’approches ne constituent pas une réflexion exhaustive mais doivent plutôt être appréhendés comme des perspectives d’action à développer prochainement :
- L’accès aux droits : L’accès aux droits et à l’information des personnes âgées est limité dans les QPV parisiens. L’objectif de la DPVI est de faciliter l'accès aux droits des personnes âgées et plus particulièrement des migrants âgés. En effet, il s’agit de faire un focus sur les vieux migrants et sur leurs grandes difficultés à accéder à leurs droits, par des barrières de langue et culturelles, qui approfondissent leur isolement social. Cet axe de travail est mené en coordination avec la mission intégration de la DPVI, dont c’est une des priorités.
- L’accès aux soins : la santé est une thématique centrale dans le vieillissement de la population. Sur les quartiers politique de la ville, on note des difficultés importantes des personnes âgées de recourir aux soins nécessaires, pour des raisons économiques, sociales ou culturelles. C’est pourquoi, la DPVI cherche à faciliter l'accès à l'offre de soins et à aboutir à une meilleure identification des dispositifs sanitaires existants sur les quartiers des personnes âgées précaires et isolées. Cet angle peut être concrétisé notamment dans le cadre des partenariats avec les Ateliers Santé Ville.
- Les services à la personne : il s’agit d’accompagner et d’être complémentaires aux politiques vieillesses actuelles privilégiant les logiques de maintien à domicile et de service à la personne (portage de repas, aides ménagères, aides administratives…) sur les quartiers politique de la ville. Dans ce cadre, la DPVI peut, par exemple, travailler en collaboration avec la mission « développement économique » et les régies de quartiers. Les objectifs sont aussi de repérer les besoins des personnes âgées à une échelle géographique fine et de parvenir à atteindre les personnes âgées les plus isolées et précaires.
- L’habitat et le logement : les personnes âgées des quartiers politique de la ville vivent, en majorité, dans des logements vétustes, insalubres et parfois même inaccessibles. Ces conditions de vie approfondissent leur isolement. Ses objectifs sont d’intégrer concrètement la question du logement des aînés des QPV au sein de la mission « gestion urbaine de proximité » de la politique de la ville et plus précisément au sein du Grand Projet de Renouvellement Urbain. De plus, il est question, pour elle, de faciliter l'entrée des personnes âgées dépendantes en structure d'accueil (EHPAD, résidence médicalisée) et de soutenir la création des Petites Unités de Vie afin de favoriser le maintien des aînés dans leur quartier. Et enfin, développer ses partenariats avec les structures de proximité afin de mieux repérer les personnes âgées isolées, tels que les bailleurs sociaux par le biais des gardiens d’immeuble.
- La culture et la mémoire : il est question, ici, d’impliquer les personnes âgées dans la vie publique en élaborant des actions autour de leur mémoire, de leur histoire de vie, de faire connaître et reconnaître la diversité et l'importance des rôles des personnes âgées pour le quartier (promouvoir la parole des aînés). Mais aussi, de maintenir les personnes âgées dans la vie sociale et culturelle en facilitant leur accès à la culture. Cette approche peut, entre autre, se formaliser avec l’intervention de la mission « culture » de la DPVI et les centres sociaux et culturels.
Ce mémoire marque l’engagement, désormais concrétisé, de la politique de la ville envers les personnes âgées. En effet, il est le résultat d’une année d’apprentissage autour de cette thématique, qui a tenté de mener une réflexion coordonnée sur les objectifs et enjeux de la DPVI.
Toutefois, nous pouvons repérer certains points qui restent à approfondir et à étudier tels que :
- Elargir le réseau partenarial en poursuivant et multipliant les rencontres avec les structures locales présentes sur les QPV et susceptibles d’être intéressées par cette démarche.
- Inclure les nouvelles données statistiques, demandées auprès de l’APUR , afin de compléter, vérifier ou modifier nos premières conclusions.
- Développer les cinq axes d’intervention pluridisciplinaires retenus, notamment par le biais des prochains ateliers « personnes âgées » ou par des études plus approfondies et précises.
Ces éléments supplémentaires permettront, sans doute, d’approfondir la démarche de la politique de la ville vers les aînés les plus démunis et d’entrer dans une réelle prise en charge territoriale, complémentaire et transversale.
Elodie RIMOLDI
mis à jour le 08/11/2010
Retour vers la liste des actualités pour ce sujet: Territoires
Newsletters Agevillage : Chaque lundi, suivez l'actualité du Grand Age en vous inscrivant gratuitement à nos newsletters
Forums Agevillage : échanger vos expériences et témoignages sur nos forums du Grand Age : Tutelle, Alzheimer, Maison de retraite, Conseil de la vie sociale, Bien vieillir, Aidants, Domicile, Aides financières...
Annuaire du Grand Age : 25 000 références pour vous aider à créer votre réseau d'aide local : hébergement, services à domicile, clic, ccas, centres de santé,... toutes les informations utiles pour les personnes âgées
Vos réactions
Il n'y a encore aucune réaction à cet article.