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Chronique du Docteur Pierre Guillet : Les cinq piliers du bien vieillir - Chap. 4

La santé


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Les Français ont actuellement une espérance de vie à la naissance (hommes et femmes confondus) de 78 ans.  

Comme l’ensemble des pays développés, la France est appelée à connaître une forte croissance de sa population âgée de plus de 65 ans. L’espérance de vie sans incapacité progresse plus rapidement que l’espérance de vie “ globale ”. Il est sans doute possible de vivre, dès aujourd’hui, longtemps et de façon autonome, même avec une maladie chronique. Toutefois “ absence de dépendance ” ne signifie pas “ absence de soins ” :  l’avancée en âge se conçoit avec un suivi adapté, en particulier pour prévenir tout glissement vers la dépendance.  Le “ vieillissement en bonne santé ” repose, et reposera de plus en plus à l’avenir, sur des actions  de prévention, soutenues tout au long de la vie. Cela suppose  l’émergence de “ nouvelles solidarités ” familiales, sociales ou de proximité ;ce qui implique toutes les composantes de la société. 


Les personnes âgées déclarent en moyenne sept affections quand l’ensemble de la population en compte trois. De quoi se plaignent-elles ?
En premier lieu de troubles sensoriels, respectivement signalés par 2 personnes sur 3 pour la vue et 1 personne sur trois pour l’audition. Mais si 80 % des personnes interrogées sont porteuses de lunettes, une faible proportion 8 % seulement- est appareillée pour l’ouïe. Ensuite, d’affections de la bouche et des dents : 2/3 des personnes de plus de 75 ans déclarent porter une ou plusieurs prothèses dentaires, fixes ou amovible (dentier) ; d’affections cardio-vasculaires, lesquelles pèsent d’un poids considérable dans la population âgée, puisque près des 3/4 des personnes s’en déclarent atteintes.
La pathologie la plus fréquemment signalée (44 %) est l’hyper tension artérielle. Les affections ostéo-articulaires concernant également plus de la moitié des personnes âgées, plus fréquentes chez les femmes (63 %) que chez les hommes (43 %) ; il s’agit le plus souvent d’ostéoporose, d’arthroses et de maux de dos ;Les symptômes généralement qualifiés de “ troubles du sommeil ”  croissent avec l’âge ; le nombre des états dépressifs reste identique à celui des âges antérieurs. 

Face au poids incertain de ces affections encore peu déclarées, la fréquence des dépressions et suicides apparaît, elle, carrément sous-estimée quand bien même les chiffres attestent de l’ampleur du problème. 1800 personnes de plus de 75 ans se suicident, en France, chaque année, soit un taux 3,5 fois plus élevé que dans la tranche des 15-44 ans.  Chez les très âgés, les principaux facteurs de risque de mettre fin à ses jours sont : la dépression, l’isolement, le célibat, le veuvage récent ou le divorce, l’apparition d’une nouvelle maladie dans un contexte de dépendance déjà mal supportée, mais aussi le fait d’habiter une petite commune rurale et surtout de ne pas avoir bénéficié d’un bon suivi médical après une tentative de suicide ou lors d’un état dépressif. Les suicides des très âgés prennent souvent une forme brutale et sans appel, pendaison, chute dans un puits ou d’une grande hauteur, fusil de chasse. Il est vraisemblable que ces gens ont souvent pensé à se donner la mort, mais leur décision est rarement signifiée, d’où l’importance, parfois, de savoir entendre une parole sur ce sentiment  d’être « de trop » ou de gêner les autres. 

La médecine aujourd'hui, est plus attachée à guérir qu'à prévenir. On ne parle pas assez de diététique, de gymnastique, de prévention, on ne parle que de maladies et de médicaments.  Pour garder un équilibre de santé, il est nécessaire d'être informé, aidé et encouragé, car cet équilibre ne se maintient pas tout seul.  Une grande incapacité motrice ou psychologique se construit souvent lentement et, pendant des années, rien n'est fait pour la repérer et la corriger.  Des états dépressifs enfouis, une accumulation de risques, vont subitement apparaître lors d'un incident mineur qui sert de révélateur. 

Le maintien de la bonne santé suppose de pouvoir en parler et de faire des bilans réguliers. À chaque étape de la vie on doit apprendre à faire le deuil d'aptitudes qui disparaissent, on doit soigner des maladies ou de petites affec­tions qui s'accumulent, et stimuler des capacités qui s'émous­sent si l'on ne s'en sert pas.  La décrépitude physique, la sénilité, ne sont pas inexorables.  On peut vieillir et finir sa vie dans un état de santé satisfaisant et respectable.  On peut, même à quatre-vingt-dix ans, faire un apprentissage et vivre aujourd'hui mieux qu'hier. 

On peut s'améliorer en vieillissant.   Nous vivons mieux et plus longtemps qu’au siècle dernier. Les progrès médicaux ne sont pas seuls responsables de cette amélioration, l’hygiène de vie, la qualité des logements et de l’alimentation y sont pour beaucoup. L’homme possède en lui toutes les capacités de bien vieillir, mais celles-ci ne peuvent s’exprimer qu’avec le soutien des facteurs favorables de son environnement et de son mode de vie. 
Au début du printemps, sur des arbres qui semblaient morts, renaissent des petits bourgeons puis des feuilles, des fleurs et des fruits, parce que leur environnement leur apporte de l’eau, de la lumière et de la chaleur.     

Cette chronique est un extrait du « DIALOGUE des AGES Histoire de bien Vieillir »

Ed GALLIMARD, Coll. “ Sur le champ”


mis à jour le



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