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La Mutualité présente 10 propositions pour réformer le circuit du médicament

Depuis l'affaire du Mediator®, la confiance des français est fortement altérée. "Pour moraliser et moderniser la politique du médicament", la Mutualité Française a décidé de s'atteler à la tâche. Elle publie aujourd'hui dix propositions "réalistes et innovantes".

1) Faire du progrès médical le critère des autorisations de mise sur le marché (AMM).
Pour la Mutualité Française, "un médicament ne doit faire l'objet d'une autorisation de mise sur le marché que s'il répond à un besoin avéré de santé et s'il constitue une avancée par rapport aux thérapeutiques existantes". Ces nouvelles molécules, sont actuellement comparées à des placebos (substances inertes). certainement pas le traitement le plus performant sur le marché.

2) Les médicaments doivent être réévalués tous les cinq ans. Actuellement, un médicament est réévalué une seule fois au bout de cinq ans. Ensuite, son autorisation est considérée comme définitive. Pour la Mutualité Française, le retour à une réévaluation quinquennale est une étape cruciale et obligatoire dans la vie du médicament.

3) Créer une structure de pharmacovigilance financée par les pouvoirs publics. Aujourd'hui, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) est en charge des autorisations de mise sur le marché des médicaments et de la pharmacovigilance. Il faut séparer ces deux fonctions pour assurer la vigilance indépendamment de l'autorisation.
La Mutualité Française propose la création d'une structure indépendante pour la pharmacovigilance. Elle serait rattachée à l'Institut de veille sanitaire (InVS).

4) Mobiliser les professionnels de santé sur le bon usage des médicaments. Les effets indésirables sont aujourd'hui sous-déclarés par les médecins et les pharmaciens. La Mutualité Française propose des mesures pour inciter les professionnels de santé à s'impliquer dans cette démarche, notamment par l'utilisation de logiciels d'aide à la prescription certifiés.

5) Réformer la notion de service médical rendu. Le service médical rendu (SMR) par un médicament correspond au bénéfice réel apporté au patient. Mais ce critère médical comporte des sous-critères qui servent de prétexte pour maintenir au remboursement des médicaments inefficaces. Tous les médicaments dont le service médical rendu est insuffisant doivent être radiés des spécialités remboursables en application de la loi.

6) Réformer la politique conventionnelle liant l'Etat à l'industrie pharmaceutique. Actuellement, il existe des conventions entre l'Etat et les laboratoires qui permettent de fixer le prix des médicaments. Mais sans réelle transparence des prix car ces conventions tiennent à la fois compte du développement économique des laboratoires et des intérêts sanitaires.

7) Généraliser l'utilisation de la dénomination commune internationale (DCI). La DCI est le "vrai" nom du médicament. Elle permet à tous les professionnels de santé et aux patients de savoir ce que contient un médicament. Si le Mediator® avait été prescrit en DCI sous son appellation benfluorex, les médecins auraient été immédiatement alertés sur le fait qu'il appartenait à la classe des fenfluramines, un dérivé de l'amphétamine au fort pouvoir anorexigène. Or, l'utilisation du nom de marque Mediator® a permis aux laboratoires Servier de dissimuler la véritable nature pharmacologique de ce médicament.

8) Suivre et analyser les prescriptions hors AMM. Dans 20% des cas, le Mediator® a été prescrit comme médicament anorexigène dans le cadre de régimes amaigrissants. Or, ce médicament est un antidiabétique : il a donc été prescrit en dehors de son indication, c'est-à-dire hors du champ prévu par son autorisation de mise sur le marché (AMM).

9) Réduire l'influence publicitaire de l'industrie pharmaceutique. Un médicament n'est pas un produit de consommation comme un autre. L'information des professionnels de santé ne peut être laissée aux seules mains des industriels. Pour ce faire, il faut renforcer le contrôle de la publicité de l'industrie pharmaceutique. La Mutualité Française propose que la formation initiale et continue des professionnels de santé soit circonscrite au domaine public.

10) Faire en sorte que la politique européenne du médicament défende des objectifs de santé publique. Actuellement, la politique du médicament est essentiellement européenne. Elle est articulée autour du prix, de l'innovation et de l'information des patients. L'objectif de la Commission européenne est de favoriser la compétitivité entre les laboratoires. Au risque de reléguer les intérêts de santé publique au second plan.

Source : La Mutualité Française


JV
mis à jour le 14/03/2011

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