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Maison des Babayagas : des copines veulent vieillir ensemble

L'art de bien vieillir : une utopie réaliste

Pose de la première pierre de la maison des BabayagasLes Babayagas, association de "vieilles femmes" convaincues que "la vieillesse est un bel âge et non un naufrage", ont monté à Montreuil (Seine-Saint-Denis) le projet d'une maison commune autogérée. Suite au refus du Conseil Général du 93 de prendre en compte ce projet (qui ne rentre dans aucune "case administrative"), les Babayagas avait organisé la pose de première pierre de colère, en mars 2007, et un colloque  « Peur de l’âge, Fleur de l’âge ».
Les raisons invoquées par le département « discrimination du fait d’un habitat réservé à des seules femmes vieillissantes, cooptation, pas de prévision de la perte d’autonomie » s'opposent au mouvement de sympathie autour du projet comme en témoigne la pétition de soutien de plus de 400 signatures.
Pour subvenir aux besoins de l'association, celle-ci ouvre un collège des « Amis des Babayagas »  pour être tenus informés de l'aventure (projets, colloque, université du savoir des vieux...).

"Ca va être génial", continue de s'enthousiasmer Thérèse Clerc, belle femme de plus de 80 ans, cheveux argent soignés tirés en arrière, et militante féministe. Elle est à l'origine en 1997 du concept de "Maisons des Babayagas", "solution trouvée à sa propre vieillesse" et à celle d'autres femmes seules, divorcées ou veuves refusant une fin de vie assistée en maison médicalisée.

Dans les contes russes, Baba-Yaga est une vieille sorcière, mangeuse d'enfants mais elle est aussi une guide dispensant ses sagesses.Thérèse et la quinzaine de femmes âgées de 59 à 87 ans l'ayant rejoint ont l'ambition affirmée d'être "un terrain de recherche pour tous ceux qui veulent vivre une vieillesse en autonomie".  Après dix ans et la canicule de 2003, l'envie d'une maison "auto-gérée, citoyenne, solidaire et écologique" se concrétise pour les Babayagas, "une race de bonnes femmes", unies par leur "engagement citoyen", dit Thérèse Clerc. Dans leur futur lieu de vie (livraison prévue 2008), qu'elles souhaitent être aussi "un lieu de mort sereine", il n'y aura pas de directrice.

La maison de trois étages
avec ascenseurs comptera 19 studios indépendants de 35 m2 avec cuisine, douche et WC, loués par les résidentes entre 200 euros (pour celles qui touchent le minimum solidarité) et 700 euros par mois. Il n'y aura pas d'espace médical propre: elles feront appel aux services de soins à domicile.  Le reste de l'espace est collectif. Au rez-de-chaussée: jardin, bibliothèque, vaste salle et bain spa de 12 places (financé par des fondations privées); au dernier étage: terrasse et atelier pour les artistes du groupe. Les hommes, comme les couples, "qui seraient comme un kyste dans un milieu homogène", ne seront pas admis.  "Dans les maisons de retraite tout est organisé pour les vieux. Ici, nous organiserons notre vie", explique Suzanne Goueffic, 76 ans, orthophoniste retraitée, "irritée par la commisération vis à vis des personnes âgées".

Elle ne veut pas de maisons de retraite
, "même belles", où "des personnes assises devant des dessins animés bébêtes attendent leur pitance, perdues dans leurs songes".  Pour cette maison de 2,8 millions d'euros, les Babayagas n'ont rien déboursé. Le bâtiment est construit par l'office public HLM, et largement subventionné. Le terrain, 686 m2 dans le centre commerçant de Montreuil, a été gracieusement cédé par la municipalité.Les Babayagas ne comptent pas se reposer dans leur maison: elles veulent y faire du soutien scolaire et monter une "Université du savoir des vieux". Le 10 mars, elles organisent un colloque "Peur de l'âge, fleur de l'âge".  

Le concept des Maisons des Babayagas
, déposé à l'INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) et inspiré de l'Europe du nord, a séduit d'autres femmes, qui à Toulouse ou Brest tentent de monter des projets similaires. Celui de Montreuil est le plus avancé et "unique en France", selon l'association. "C'est un concept que l'on souhaiterait voir s'étendre", confie Monique Braguard, peintre, 75 ans. "En 2050, un tiers de la population des pays industrialisés aura plus de 65 ans: si les vieux ne se prennent pas en main, on court à la catastrophe". 

Retrouvez les Babayagas sur leur site. 

Pour les soutenir : Télécharger l'autorisation de prélévement au profit de la maison des babayagas


S H
mis à jour le 13/05/2008

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