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Edito : Une douche quotidienne, c’est trop vous dites ?

L'expérience de Louis Van Proosdij Duport, tétrapélgique de 43 ans, devant assumer de ne plus avoir de douche quotidienne, est remontée au plus haut sommet de l'Etat.

Cette médiatisation montre de mon point de vue, un manque de prise de conscience des réalités quotidiennes tant pour les services à domicile, que dans les institutions. Les personnes âgées fragilisées, les familles ou les proches ont du mal à faire part d'attentes parfois aussi simples qu'une aide à la toilette quotidienne, et si possible d'une douche.

Questions de moyens, de financements, d'organisations, de fonctionnements ... de formations aussi.

Ainsi, la "toilette au lit" reste majoritairement enseignée aux futurs soignants. Difficile ensuite d'instaurer une douche quotidienne quand on ne l'a pas apprise, quand elle ne coule pas de source dans les organisations.

Difficile également pour une institution d'accepter l'idée qu'elle ne sait pas forcément mieux que la personne aidée, ce qui est bien pour elle. A l'heure d'Internet, de Twitter et de Facebook, les institutions vont-elles enfin cesser d'être sourdes à la parole de leurs "clients" ?

Les architectures des institutions n'avaient pas forcément conçu des points d'arrivée d'eau, des salles de bain suffisamment nombreuses et accessibles. Les domiciles sont parfois bien compliqués. Ils nécessitent des "aides techniques" (à connaître, à mobiliser... à financer).

L'aide à la "douche quotidienne" des personnes fragilisées aidées ne semble pas faire (encore) partie des critères qualité des établissements et services médico-sociaux.

Regardons les organisations du travail, elles sont souvent contraintes (budgets, tarifs plafond, convergence budgétaire) mais aussi statiques. Elles tiennent peu compte des demandes individuelles. "Les toilettes doivent être terminées en fin de matinée". Interrogeons-nous : pourquoi ? pour qui ?
Pour éviter de reporter un soin ? Parce que le personnel n'est pas disponible plus tard (à domicile) ? Parce que "c'est le travail de l'équipe du matin" (en institution) ? Parce que les familles qui viennent voir leur proche le veulent propre et présentable à partir de midi ?

Les ratios de personnels sont parfois tels que les "petites toilettes" quotidiennes sont complétées d'une douche, d'un bain... une fois par semaine, voire une fois par quinzaine selon les institutions. La FHF salue cette semaine la recommandation d'un groupe d'experts de "ratios de personnel opposables" aux besoins en aides et soin des résidents.

Sans nous étendre, ici, sur les toilettes qui dégénèrent en "soins de force", qui épuisent physiquement, nerveusement et psychiquement les personnes fragilisées, mais aussi les soignants. 

Que de pièges autour de ces toilettes pourtant si importantes pour le respect des personnes aidées.
Espérons que la "crise" déclenchée par la protestation de Louis Van Proosdij Duport, que les recommandations d'experts des débats sur la mal nommée "dépendance", feront prendre conscience de ces pièges, des questions soulevées, qui attendent des réponses concrètes, pratiques, à tous les niveaux.


Annie de Vivie, fondatrice d'Agevillage.com
mis à jour le 20/06/2011

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5 réactions affichées dans cet article

MB  :  SE

Je suis absolument sidérée par ces témoignages. J'ai dirigé 2 établissements, de 2001 à 2008 et je ne comprends absolument pas la stigmatisation faite autour des prises en soin des personnes âgées en institution. Bien sûr, l'idéal serait un ratio de 1/1, mais cela reste du domaine de l'utopie. Il faut cependant agir avec les moyens du moment et pour ma part, avec mes équipes, nous avons plutôt du oeuvrer auprès des personnes âgés pour faire "accepter" les douches. Le rôle des soignants n'est pas toujours aisé et la limite ténue entre la volonté institutionnelle et celle prépondérante à faire respecter, de la personne âgée. Non la, personne âgée n'est pas "un bébé" Madame, c'est une personne à part entière, et de ce regard que nous portons sur elle dépend le respect et la dignité que nous lui devons. Quand à l'architecture des établissements, celle-ci n'a certes pas fini son évolution, mais on peut toutefois se réjouir des avancées en marche depuis la loi 2002/2 du 2 janviers 2002 pour la mise aux normes de tous les établissements. Même si l'on ne doit jamais se satisfaire des conditions de vie dans nos établissements, car tout doit rester perfectible, la vie que l'on y dispense va dans le sens du respect de la personne et cela mérite d'être souligné. Je m'aperçois qu'il reste encore beaucoup de chemin à faire dans les esprits et sur le terrain mais je tenais à apporter ce témoignage pour tous ceux qui au quotidien se battent pour que ces lieux restent dignes !

le 22/06/2011 à 14:06

Commentaire modéré par l'administration du site 22/06/2011 à 14:06

Marie  :  Pour mon père

Mon père se trouve dans une maison de retraite. Mes parents sont rentrés tous les deux en 2008. Ma mère est décédé en 2010. Mon père a fait un AVC en fin 2010. Maintenant il partage la chambre avec une autre personne perdu aussi. Je suis la fille, je me bats à chaque visite. Tout le personnel ne veut rien voir,ne veut plus dialoguer avec moi. Je dérange beaucoup sur les remarques. Mon père est dans un chariot roulant, pas confortable comme je le voudrais, il n' y a plus de freins au chariot, pas d' ampoule à la lampe de chevet, maintenant plus de placard pour le linge depuis ce nouveau monsieur qui prend le grand placard. Mon père se retrouve avec un tout petit placard à balai.Parfois les odeurs désagréables. Je me bats au quotidien pour obtenir une armoire pour mon père. Le directeur nous a donné sa parole qu'il s'en occupait. Pour l' intant je ne vois rien venir. On nous fais des promesses, et des belles paroles, voir des courbettes.Mon père passe beaucoup de temps dans son lit, parfois il oublie de descendre prendre les repas, on vient le chercher, alors que les autre résidents sont déjà au dessert. Mon père a souvent la diarrhée, les médicaments on ne peut rien savoir, le secret médical. Je me suis battue pour lui faire la toilette qui refuse souvent, alors qu' il n' a plu sa tête, on ne demande pas, et on l'aide à la toilette. Une personne âgée de 90 ans, c' est comme un bébé, il faut s'en occuper en permanence. Je suis très déçue des maisons de retraite. Mon père se laisse aller, il n' y a pas d'humanité, pour le laisser toute la journée dans son lit. Ras le bol de voir que l' argent est plus important que les valeurs humaines. Les personnes âgées sont des " pompes à fric". Je suis révoltée, et n' en peut plus d' être témoins de tout ça. Les aidants ne connaissent rien aux personnes âgées ( souvent des intérimaires) ne connaissent pas leur fragilité, et qui reste lui dans le seul objectif le profit .... Donc il faut bosser sur la question, ou le sujet ( au risque de déranger certains ou certaines. Ouf !!! ça fait du bien.

le 21/06/2011 à 19:06

Commentaire modéré par l'administration du site 22/06/2011 à 09:06

Jean-Loup  :  aide à domicile et souhait des conseils généraux

Je rencontre nombre de structures d'aide et de maintien à domicile surtout sur la Région Centre, et d'une manière générale les responsables de ces structures me relatent que les souhaits des conseils généraux sont de diminuer d'une manière quasi systématique le temps que doivent passer les aides à domicile lors des visites chez les personnes âgées. Ce que fait le personnel intervenant le matin qui était jusqu'à ce jour réalisé en 1 heure devrait être réaliser une 1/2 heure et peut être moins. Comment peut on imaginer faire prendre une douche et réaliser une toilette complète à une personne âgée en partie dépendante si le temps imparti se réduit en une peau de chagrin. Il est bon de rappeler que ces intervenants, sont pour les personnes âgées des personnes de l'extérieur qu'un minimum d'entretien, de dialogue, d'humanité est indispensable avant même de réaliser le petit déjeuner, la toilette etc.. , et ce n'est pas en réduisant le temps d'intervention, pour réaliser des économies, qu'une douche hebdomadaire sera le quotidien de nos anciens.

le 21/06/2011 à 19:06

Commentaire modéré par l'administration du site 22/06/2011 à 09:06

Yves van de Calseyde  :  Andragogue -gérontologue

Madame, comme vous avez raison et je vous remercie de cet article. Cela fait de puis l'an 2000 que j'engage les participants à mon séminaire sur "l'accueil Gérontologique" (que je donne au Grand Duché de Luxembourg, selon une demande de la Ministre de la famille - j'y ai formé plus de 680 personnes) à se préparer à cette activité et à en parler à leurs directions. A l'époque, nous avions encore beaucoup de résidents qui craignaient la douche ne sachant même pas ce que c'était. C'était compréhensible, mais ce ne l'est plus le cas maintenant. Ces résidents pour la plupart sont décédés et les nouveaux arrivants (nous sommes en 2003) n'en n'ont plus peur au contraire ils en demandent voire même des douches assis. Il semble que trop de responsables ne connaissent pas Yves Gineste et Rosette Marescotti qui justement prônent la toilette debout (Humanitude) et l'enseignent. Tournons-nous plus vers la réalité pratique de personnes qui travaillent dans l'intérêt des personnes très âgées, par ce qu'ils les aiment et non par ce qu'ils souhaitent gagner beaucoup d'argent sur leur dos. Oui, il ne faut pas nécessairement que toutes les toilettes soient terminées à midi, mais bien qu'elles soient faites dans l'intérêt de chaque personne et selon ses souhaits ou selon la connaissance que nous en avons par sa biographie. Notez que je suis l'auteur du livre paru en 2009 chez BPI à Clichy sur "la restauration et gastronomie pour les personnes âgées en institution" que vous avez mentionné dans vos "newsletter"s et je vous en remercie.

le 21/06/2011 à 16:06

Commentaire modéré par l'administration du site 22/06/2011 à 09:06

marie-christine  :  4600 € : une douche par semaine

Vous avez mille fois raison ! C'est dur pour le moral et la réparation narcissique de ces "p'tites dames" souvent très coquettes qui du jour au lendemain se retrouvent ainsi forcées à rester "négligées" en institution. Et pas des moindres ! Ma belle-mère, 87 ans, vit dans une Résidence et effectivement, bien que disposant d'une douche ergonomique à trois pas de son lit, et demeurant relativement mobile encore quoique instable sur ses jambes (suite AVC + prothèses de hanches mal vieillies), elle n'a droit qu'à une douche par semaine ! Ne parlons pas du thé, qu'on oublie un jour sur deux, et qu'elle n'ose réclamer. Franchement, je voudrais la retirer de là, mais elle ne veut pas... "Non, pas encore un déménagement...le personnel est si gentil". Quelle tolérance de sa part ! Mais quel prix faudra-t-il que l'on paye, à l'avenir, pour le plaisir de sentir bon ???

le 21/06/2011 à 10:06

Commentaire modéré par l'administration du site 21/06/2011 à 11:06

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