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Edito : Prendre soin avec tendresse, douceur et amour.

Des notions qui émergent

Colloque des approches non médicamenteuses de la maladie d'alzheimer novembre 2011La quatrième édition de notre colloque international sur les approches non-médicamenteuses de la maladie d'Alzheimer, organisé par Agevillage, Yves Gineste, Rosette Marescotti et le réseau des Instituts Gineste-Marescotti (IGM),  a réuni plus de 900 professionnels du soin, du prendre soin, des EHPAD (Etablissements pour personnes âgées dépendantes), USLD (Unités de soin longue durée), Services d'aides et de soins à domicile, centres hospitaliers, CLIC, services des collectivités locales etc.

La trentaine d'intervenants (médecins, philosophe, chercheurs, acteurs de terrain, thérapeutes, professionnels du prendre soin, mais aussi malades, familles, bénévoles) a donné à réflechir, s'interroger, s'enrichir, pour oser, tester, s'ajuster demain, au quotidien, dans les services.

Des mots ont émergé durant ces deux jours : tendresse, douceur, amour...
On les retrouve déjà dans les travaux de Florence Nightingale, de Virginia Henderson (dont la pensé a été trop résumée aux "14 besoins" comme l'explique Marie-Chistine Block Ory). Ils sont venus renforcer toutes les approches qui parlent empathie, ajustement, adaptation, réflexion individuelle, collective, systémique.
Peut-on les allier dans le quotidien des professionnels de la santé ?
Sont-ils compatibles avec les termes comme "prises en compte, prises en soin" (que nous préférons à "prises en charge") ?
Peuvent-ils être abordés dans une "fiche de poste" ?
Peut-on les intégrer, partager ... dans un UHR, un PASA ?

On sait à quel point le langage peut agir, peser sur le quotidien (Voir les mots pour désigner les personnes dites âgées).

En tout cas un cap est franchi : philosophes, médecins, cadres, professionnels de terrain ont témoigné de leur volonté de déployer ce prendre soin en douceur, de diminuer au maximum voire de supprimer les "soins de force", les "soins difficiles", les "états grabataires". Le "Vivre et mourir debout" même avec une pathologie neuro-dégénérative, présenté par Yves Gineste et Rosette Marescotti, peut être intégré dans le quotidien des services dédiés aux personnes âgées fragilisées. Cette évolution des milieux de soin en milieu de vie s'accompagne, on parle de "management". Des équipes pilotes s'y attèlent notamment au sein de l'association Asshumevie.

Il faudra encore lever de nombreuses peurs : peur des regard des collègues, des autres professionnels non sensibilisés, des familles, peur de ne pas pouvoir atténuer la souffrance (la question de la "toute puissance soignante"), peur de faire évoluer son EHPAD en "maison" chère à Eric Fiat, des lieux de retraits en lieux de vie et d'envie.

C'est un enjeu éthique majeur a conclu Emmanuel Hirsch du Erema (Espace Ethique de la maladie d'Alzheimer). Face au risque d'abandons, d'épuisements, les professionnels au contact des personnes les plus fragiles ont besoin d'aides, d'idées, de repères, de techniques éprouvées de prendre soin, de temps,  de regards extérieurs aussi (bénévoles, familles...). Il salue l'approche Humanitude qui va au plus près de ces personnes et des soignants qui les accompagnent.
Ces situations humainement complexes et difficiles, les expériences de ces professionnels gagneraient à être connus et écoutés des décideurs publics, estime le Pr Hirsch.
Il en va de notre démocratie.

Rendez-vous au prochain colloque international les 8 et 9 novembre 2012, pour continuer de réflechir, de partager les expériences de terrain et les enseignements de ces approches motivantes, innovantes, valorisantes, porteuses d'espoir.


Annie de Vivie, fondatrice d'Agevillage.com
mis à jour le 08/11/2011

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Vos réactions

4 réactions affichées dans cet article

chris  :  oui aux sentiments moraux

Merci pour ce bel édito Annie. En tant qu'infirmière, je peux dire à quel point je regrette qu'en France, le spectre de la subjectivité surplombant les pratiques dans l'activité du soin et du social, faussent la conception de la relation aux personnes. On encourage le professionnel à balayer ses émotions et ses sentiments ce qui est absurde. A l'origine, c'est bien la conception que nous avons de la place des sentiments dans la "moralité professionnelle" qui nous pénalise dans le pays de Descartes. En fait, deux philosophies s'affrontent aujourd'hui, celle de Kant qui réfère l'action morale de l'homme raisonnable à l'universalité de la loi morale et la philosophie anglo-saxonne (qui sous tend le concept du Care traduit par prendre soin chez nous) laquelle intègre les sentiments dans la moralité et dont nous devons nous inspirer en France. Oui aux sentiments, oui aux émotions. Apprenons simplement à les laisser vivre en nous: Les infirmières anglo-saxonnes utilisent leur subjectivité comme un outil, un matériau de travail. C'est ça le professionnalisme. On ne peut pas s'empêcher de penser qu'Yves Gineste et Rosette Marescotti avant de mettre au point leur concept ont séjourné longuement au Canada. C'est bien parce qu'ils ne sont pas intialement des professionnels de santé français conditionnés par l'extrême rigueur de nos formations très axées sur la sécurité, la maîtrise, la rationalisation et la technicisation à l'extrême qu'ils ont en effet cultivé et mis en exergue cette conception saine et huamine d'une relation de soin à la personne n'excluant pas la tendresse, l'amour. Tout est dans la façon de vivre ces sentiments profondément moraux dont nous devons le concept aux philosophes anglo-saxons.

le 09/11/2011 à 15:11

Commentaire modéré par l'administration du site 09/11/2011 à 15:11

MB  :  AMOUR

Une autre réaction que j'aimerais vous faire partager par rapport à votre article et plus précisément à son titre "des notions qui émergent" car directrice d'ehpad je ne peux me résoudre à laisser dire que ces notions d'empathie, d'amour, de partage, d'écoute, de prise en soin que j'ai "naturellement" utilisé en lieu et place de "prise en charge" depuis que je suis dans ce métier, n'ont pas utilisé ces notions d'amour. Bien évidemment il y a la pratique de certaines "techniques" mais on parle de technique... que vaudraient elles sans une base d'amour ? non elle n'émergent pas. Elles sont là au fond de nous mais elles s'expriment avec plus de professionnalisme et de conscience. Elles n'émergent pas elles se "consolident".

le 08/11/2011 à 10:11

Commentaire modéré par l'administration du site 08/11/2011 à 10:11

MB  :  le poids des mots

J'ai assisté, comme je le fais depuis le démarrage des colloques humanitude,à celui des 3 et 4 novembre. Beaucoup d'intervenants de qualité et beaucoup de matière à réflexion. Réflexion sur le poids des mots que vous relevez dans cet article. Je me suis toujours demandé pourquoi tout le monde persiste à orthographier le mot RESIDANT avec un E (RESIDENT) en effet la signification de ce dernier est : "PERSONNE QUI RESIDE DANS UN AUTRE PAYS QUE SON PAYS D'ORIGINE" alors que celle de RESIDANT avec un A correspond davantage à la conception de la "MAISON" d'Eric FIAT que j'ai découvert et que j'ai envie de re-découvrir encore, à savoir : "PERSONNE QUI VIT DANS UN ENDROIT" Alors de grâce considérons une bonne fois pour toute que cet endroit est "la maison de nos chers aînés" ! MAZAL BENAROUS

le 08/11/2011 à 09:11

Commentaire modéré par l'administration du site 08/11/2011 à 10:11

momo55  :  Enfin!

Il est temps de prendre enfin conscience que sans amour, sans plaisir, sans joie, sans humanitude, sans partage la vie por la vie, les soins pour maintenir la vie à tout prix, ce n'est pas forcément ce que veulent les soignés ni ce que nous voudrons lorsque nous serons à leur place. Il faut vraiment réfléchir à la qualité et non à la quantenté et à partir de là revoir toute l'organisation de nos unités gériatiques et de nos ehpads où la majorité des soignants actuels et passés refuse d'aller car il savent que ce n'est pas des lieux de vie mais souvent l'attente de la mort...

le 08/11/2011 à 09:11

Commentaire modéré par l'administration du site 08/11/2011 à 09:11

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