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Infirmière coordinatrice de Ssiad (service de soins infirmiers à domicile) depuis 23 ans, Anik Hoffmann a été confrontée à une situation clinique de maltraitance qui l'a fortement ébranlée. Plus encore, c'est la suite donnée à son témoignage - ou plutôt l'absence de suite - qui l'a conduite à partager son expérience et ses réflexions personnelles avec la communauté soignante d'Infirmiers.com., ses consoeurs et confrères infirmiers intervenant au domicile des patients.
Anik Hoffman conclut son récit de la situation clinique qu'elle présente par quelques quelques pistes de réflexions résultant de son vécu.
Par l’anticipation/à froid :
- encourager les personnels à s’informer revues professionnelles à disposition, sites internet et portails dédiés, articles de presse, numéro d’appel 3977 affiché dans les locaux et le livret d’accueil…) ;
- provoquer la réflexion et le questionnement sur les pratiques, inclure la bientraitance/maltraitance dans le plan de formation (formation en intra établissement de préférence) ;
- faire « tourner » les intervenants à domicile chez tous les patients (prévention de la routine, de l’usure professionnelles, portes ouvertes à la négligence, première forme de maltraitance larvée) ;
- accueillir régulièrement des stagiaires aides-soignants et infirmiers, des formateurs extérieurs ;
- rappeler sans cesse l’importance des écrits en général et sur les cahiers de transmissions (utilisation des termes professionnels, sans jugement de valeur) ; assurer une traçabilité par le biais du logiciel « patients » du service ;
- se faire superviser par des professionnels ayant une expertise en gériatrie ;
- s’approprier les outils publiés d’évaluation des risques de maltraitance à domicile, tels que : ODIVA6 ou RESAM7 pour pouvoir les utiliser « à chaud » ;
- savoir qu’on ne sera pas forcément soutenu et qu’on pourra être mis en cause alors qu’on a rempli sa mission.
En cas de constat avéré/à chaud :
- prendre des photos si possible de ce qui est découvert au domicile ;
- mettre les observations par écrit le plus rapidement (permet une mise à distance et une « intellectualisation » de la situation) et renseigner les outils d’évaluation ;
- s’autoriser à être en colère et exprimer ses émotions mais ne pas juger ;
- faire appel au 3977, ne pas rester seul face à une situation de maltraitance supposée ou constatée ;
- prendre clairement position : nous ne pouvons pas cautionner une situation de maltraitance, la loi nous impose de la dénoncer, et nous ne voulons pas la cautionner, quand bien même la loi ne l’interdirait pas ;
- recevoir de préférence les familles « dans nos murs » en présence d’un témoin si besoin ;
- lors d’une conversation difficile, signaler à l’interlocuteur au téléphone que le haut parleur est branché et qu’un témoin entend la conversation ;
- rappeler à l’entourage le rôle du référent de la structure (relation triangulaire : intervenant/patient/référent) ;
- dire ce qu’on va faire, l’écrire, le mettre en application ;
- se donner du temps pour la réflexion (par exemple, laisser passer une nuit ou deux avant d’envoyer un courrier ou un compte rendu) ;
- dédramatiser le « signalement » au procureur de la république (il y a des courriers types) ;
- informer les autres intervenants de la situation (copies des courriers), mobiliser notre réseau et nos soutiens professionnels ;
- ne pas se culpabiliser : « ce n’est pas notre faute » ;
- accepter de « passer la main », même si la situation n’a pas été résolue ;
- et surtout, ne jamais renoncer à nos valeurs et à nos devoirs envers nos frères en humanité.
Lire le récit d'Anik Hoffman sur Infirmiers.com
FG
mis à jour le 02/01/2012
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Vos réactions
1 réaction affichée dans cet article
chris : entre dénoncer la maltraitance et cultiver la bientraitance
Ayant lu le témoignage de ma collègue coordinatrice sur infirmier.com et y avoir répondu pour avoir connu des situations s'apparentant, au premier abord, à de la maltraitance à domicile de la part d'un proche mais évoluant simplement grâce à la présence d'une équipe soignante vers un maintien à domicile de qualité, à condition de persévérance, de patience, je ne peux que conseiller une extrême prudence. Nous savons oh combien des proches épuisés au fil des années s'enlisent dans une situation de"misère" à l'opposé de ce qu'ils souhaitaient initialement pour leur proche, par épuisement, aliénation du fait de la maladie psychique de leur proche, usure et méconnaissance de la culture des soins. On ne peut juger d'une situation le temps d'une évaluation à un instant t. Le témoignage d'Anik est courageux car exprimer son impuissance n'est pas facile. Il faut en tous les cas effectuer une véritable analyse de toute situation, analyse qui demande du temps avant de parler de maltraitance car dénoncer d'emblée une maltraitance peut réduire à néant la gestion relationnelle, psychologique d'une situation complexe.
le 03/01/2012 à 23:01
Commentaire modéré par l'administration du site 04/01/2012 à 09:01
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