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Soutien des aidants : la solidarité à l'oeuvre. Un entretien de l'Erema avec Eric Bauza, psychogérontologue


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« Comment aider à supporter l’insupportable, lorsque rester ensemble devient impossible et que se séparer est impensable ? » Tel est le travail qui s’accomplit dans le groupe de soutien qu’anime Eric Bauza à la clinique d’Ornon en Gironde.

Eric Bauza, psychogérontologue est notamment enseignant à Bordeaux 2
dans le master professionnel de santé publique et psycho gérontologie. Depuis 1999, à la clinique d’Ornon, satellite de l’hôpital psychiatrique de Cadillac, il anime une consultation gratuite pour aidants familiaux de personnes malades d’Alzheimer.

Associé à cette consultation : un groupe de soutien auquel participent de septembre à juin 20 personnes qui travaillent ensemble sur leurs problématiques, pendant 10 séances.

Dans un entretien accordé à l’Espace national de réflexion éthique de recherche sur la maladie d’Alzheimer en mai 2012, il parle du travail qu’il mène avec les aidants dans ce groupe qui favorise la libre circulation de la parole et des différents vécus.

Des personnes aidantes qui « osent casser la honte » explique-t-il, ils sortent de leur marginalisation pour venir demander de l’aide dans la situation de crise paroxystique qu’ils traversent. Le public de la consultation est constitué, explique Eric Sauza à 60% de conjoints de malades et à 40% d’enfants.  « Comment en effet aider à supporter l’insupportable, lorsque rester ensemble devient impossible et se séparer est impensable. »Dans le couple a dyade aidant/aidé, il n’y a qu’un seul corps pour deux.
Tel est le travail qui s’accompli au cours de ces séances. Eric Bauza écoute, ne conseille pas, si ce n’est parfois une lecture, dit-il citant notamment « La Présence pure" de Christian Bobin.

L’important pour ces personnes insiste-t-il est de parler avec les mêmes qu’eux. Au cours de l’entretien, il évoque le processus irréversible en marche, l’attaque de l’intime familial, le soutien auprès du groupe familial d’un malade jeune, la prévention de la maltraitance pouvant survenir lorsque  l’aidant s’épuise…

« Ce qui arrive à ma femme est insensé ! »  Ce qui est insensé c’est ce qu’on ne comprend pas, précise Eric Bauza et à propos d e l’aidant qui fait ce qu’il peut, du deuil qu’il faut anticiper, il se réfère à Jean Maisondieu « La fidélité au lien du sang ne serait qu’un vain mot s’il était possible de se débarrasser d’un parent devenu un cadavre ambulant » in Le Crépuscule de la raison.

Le  groupe familial est en effet mis en danger quand un de ses membres est amené à le quitter. La personne malade se voit donner une injonction paradoxale : « Pour que notre groupe familial vive va-t-en mais pour que notre groupe vive reste là !

La réponse du dément est alors la démence : il est alors celui qui reste tout en partant celui qui part tout en restant !
Eric Bauza insiste aussi sur la différence qu’il voit entre le devoir du conjoint et la dette de l’enfant. La dette augmentée par la pression sociale est pour lui pour douloureuse encore. Face à la désorientation du parent l’enfant ne sait plus d’où il vient. Il vit alors une crise identitaire et devenu parent de son parent à qui il dispense des soins il souffre alors également de ne plus être lui-même objet de soin.

Ecouter l’entretien 30mn


mis à jour le



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Vos réactions

ECUREUIL

08/08/2012 10:08

La double peine


Je me sens comprise dans cet article.
Je subis quant à moi la double peine d'une fille unique : celle d'avoir un père de 91 ans qui gère TOUT SEUL ma mère malade Alzheimer (82 ans) et la maltraite par négligence (hygiène inexistante, cris et "enguelades", brutalités dans les échanges...). Le médecin traitant est allé chez eux à ma demande, pour "voir comment ils vivent". Malgré ma lettre de 3 pages expliquant les points préoccupants, il a dit que c'était moi qui l'envoyait et rien n'a évolué. Mon Père m'a dit que le docteur avait trouvé que TOUT ETAIT PARFAIT A LA MAISON (qui est repoussante de crasse !). La psychologue et la coordinatrice du FIL ROUGE ALZHEIMER sont allés les voir également : il paraît que je ne dois pas intervenir dans leur déchéance !!!
CELA ME MINE DE LES VOIR AINSI TOUS DEUX SI SALES ET INDIGNES DE CE QU'ILS ONT ETE. Cette maladie a fait renoncer mon Père à beaucoup de principes sociaux, ne serait-ce que la propreté de ses vêtements et sa propre hygiène corporelle.
QUE PUIS-JE ENCORE TENTER POUR LE FAIRE REFLECHIR ET ADMETTRE UNE AIDE EXTERIEURE FORMEE A L'HUMANITUDE ?
J'AI MOI MËME SUIVI LES 5 MODULES DE FORMATION prodigués par FRANCE ALZHEIMER et je suis allée à une journée de présentation de L'HUMANITUDE le 18 juin dernier à Aubagne (13). JE SUIS DESEMPAREE... ET JE ME VOIS COMME MALTRAITANTE A MON TOUR PAR IMPUISSANCE A RAISONNER MON PERE, QUI A TOUTES SES FACULTES INTELLECTUELLES.
Merci de vos conseils;




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