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Nos amours de vieillesse

ou "la vieillesse à l'épreuve du désir"


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L’association Parlons’ans organisait le 22 octobre 2007 un colloque sur la sexualité et les sentiments des personnes âgées en institution. Une journée sur un sujet qui reste tabou : au-delà du plaisir, le désir.  « Nos Amours de vieillesse »  est aussi le titre d’un très joli documentaire réalisé par Hélène Modiano. 

« Est-ce que l’on a encore envie de vivre lorsque l’on est en institution ?  Oui. » affirme Geneviève Laroque, Présidente de la Fondation Nationale de Gérontologie. Tant qu’une personne peut sauvegarder aussi petite soit-elle une manifestation d’indépendance, le désir de vivre et de liberté est là. Elle interroge: « Est-ce que nous sommes autorisés, pouvons-nous, savons-nous, devons-nous continuer à ranimer la flamme du désir  jusqu’à la dernière minute ? Est-ce que nous sommes autorisés, pouvons-nous, devons-nous la laisser partir ? »
"On ne peut, indique Geneviève Laroque, séparer sexualité et intimité. Mais qu'en est-il lorsqu'on ne peut disposer de la clé de sa chambre ?"
Lorsque l'on vit en établissement "est-on encore autorisé à manifester des préférences, à exprimer son désir ou est-on obligé d'avoir une vie plate, aimable, courtoise, insipide, inodore, incolore et insonore ?"

« Le désir à l’épreuve de la vieillesse » et  « La vieillesse  à l’épreuve du désir », c'est ce qu'expose le Pr. Jean Maisondieu, psychiatre, Médecin chef de l’hôpital de Poissy.
La première notion concerne les « seniors », cette période de la vie qu’il appelle "l’adolescence de la vieillesse" où il faut prouver que l’on est toujours jeune. Les seniors savent que l’on est dans une société où l’on fait les yeux doux à la jeunesse, que l’âge est une infirmité. La sexualité est dans la représentation collective supposée être une activité de jeunes. Il est toutefois reconnu, des enquêtes le confirment : une activité sexuelle reste possible au delà de 70 ans, même si les difficultés sont plus courantes et si la fréquence diminue.  Ceci, d'autant qu’atteignent cet âge les acteurs des années 70, ceux qui ont conquis, puis vécu une sexualité épanouie, libérée de la génitalité.
Jean Maisondieu cite à ce propos Simone de Beauvoir "S'interroger sur la sexualité des vieillards, c'est se demander ce que devient le rapport de l'homme à lui-même, à autrui, au monde quand a disparu dans l'organisation sexuelle le primat de la génitalité."
Cette génération a retrouvé la notion de plaisir. Toutefois, poursuit Jean Maisondieu, "En retrouvant cette notion on n'a pas prévu qu'il n'y avait pas que le  plaisir mais aussi la question du désir".
Par un détour sur le passage de la Bible évoquant Suzanne au bain qui nourrit le désir de deux vieillards puis un autre évoquant la déesse Eos amoureuse d'un guerrier mortel qu'elle demande à Zeus de rendre immortel tout en oubliant que la vie éternelle n'empêcherait pas son amant de devenir "un vieux crouton", pour qui elle n'éprouverait plus de désir, Jean Maisondieu affirme que notre culture voit mal l'importance de la place de la demande d'amour.
Ainsi, dans la conscience collective, "le vieillard puisqu'il ne fait plus envie, puisqu'il ne peut plus faire envie, ne peut que faire pitié. Or, "La pitié est à la remorque du malheur" pensait le pilosophe Vladimir Jankélevitch.
Pour Jean Maisondieu, les personnes âgées, ne se sentant plus objet de désir vont là où il y avait attrait. Cette réflexon n'interroge t-elle pas, face à certains comportements des malades d'Alzheimer ? 

Dans un court entretien Jean Maisondieu précise son propos.

En institution, lieu de vie, de soin et de mort, la question de l'intimité se pose. On est au carrefour d'une ambiguité où l'on se doit de préserver l'intimité tout en devant l'enfreindre en permanence.
Quelle prise en compte de l'intimité et de la pudeur de l'autre en établissement ? Qu'est-ce que renvoit à la personne le fait qu'il ne dispose que d'un petit lit ? Lorsque l'on entre dans une chambre en même temps que l'on frappe ?

Pour le Pr.Gérard Ribes du laboratoire de psychologie de la santé et du développement à l'université Lyon 2, sexologue, la personne âgée en institution devient un individu public exposé aux yeux des soignants, de sa famille, de ses enfants.
La sexualité se heurte à plusieurs facteurs : la présence d’un partenaire disponible, le manque d’intimité, la dysfonction érectile chez l’homme, la dyspareunie chez la femme, à des problèmes de santé physiques et/ou psychiques, l'effet iatrogène des médicaments, l'altération de l’image corporelle et à l'activité sexuelle antérieure.

Les établissement doivent se doter d'une stratégie pour répondre à la question de l'intimité
et notamment encourager : les opportunités où les résidents peuvent se rencontrer et passer du temps ensemble ; les alternatives à l’expression de la sexualité comme les baisers et se serrer dans les bras, encourager aussi les résidents à cultiver les amitiés et les relations. Des salons de coiffure doivent être à disposition : "on fait d'abord l'amour avec l'image de soi".
Il convient de répondre aux inquiétudes concernant la sexualité des résidents et de favoriser l’accès à des informations concernant la sexualité et le conseil aux résidents intéressés et enfin d'éduquer les familles sur les demandes sexuelles des personnes âgées et les encourager aux caresses, à les tenir dans leurs bras et les embrasser lors des visites.

Ecoutez Gérard Ribes sur ce dernier point.

"Les vieux meurent de ne pas êtré aimés" écrivait Montherlant, précise le Professeur Ribes.
 


"Nos amours de vieillesse" est aussi un très joli documentaire d'Hélène Milano.
A travers des histoires uniques et particulières, la réalisatrice rend compte de ce que c’est d’être vieux et amoureux, amoureux et vieux, de ce sentiment merveilleux qui bouleverse et éclaire la vie. Il ne s'agit pas d'histoires d'amour qui survivent au temps, il s'agit bel et bien de tomber amoureux vieux. Comment ces personnes vivent-elle cette nouvelle vie, comment réagissent leurs proches ? Ce sont ces témoignages exceptionnels qu'a reccueillis la réalisatrice, à leur domicile, en maison de retraite.
Dans ce documentaire, il est question de séduction de tendresse. L’amour est là. L’émotion est intacte, comme à 18 ans.

Parmi les merveilleux témoignages :
"Le coup de foudre, on l'a à tout âge"
"Avec cette femme là, j'ai su que je pourrai encore danser le tango renversé"
"On n'avait pas 18 ans mais c'était pareil !"
"Avec Philippe, ça a été une découverte. j'ai même recommencé a être coquette."
"Il a tout chamboulé. Ca a été bénéfique"
"L'amour ça ne s'explique pas"
"C'est beaucoup de tendresse, beaucoup d'amour. Pas la folie qui si on la rencontre ne tient pas... J'ai été tellement heureuse"
"On ne renie rien. On essaie de survivre
- indique une personne veuve- et quand on a la volonté de réussir cette survie, peut-être qu'on y arrive".


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