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Suicides

Leur nombre croît avec l’âge


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Les trente dernières années ont été marquées par des fluctuations à la hausse de la mortalité par suicide. La Drees (direction de la recherche des études économiques et de la statistiques) du ministère de l'Emploi et de la Solidarité a étudié de près les statistiques. De 1,79 pour 10 000 habitants en 1968, le taux de suicide est passé à 1,89 en 1976 puis a crû fortement jusqu’à 2,63 en 1985 pour diminuer ensuite jusqu’à 2,13 en 1998. Les taux, régulièrement croissants avec l’âge en 1968 présentent un palier entre 40 et 75 ans en 1998, pour croître ensuite fortement.

Les comportements suicidaires croissent avec l’âge

La probabilité de se suicider à 20 ans est environ cinq fois moins élevée qu’à 75 ans. Hommes ou femmes, la « propension à se suicider » apparaît bien globalement croissante avec l’âge, avec quelques petites nuances toutefois. Pour les hommes, l’augmentation est forte de 15 à 19 ans, puis se ralentit jusqu’à 50 ans. De 50 à 65 ans, la hausse du suicide en fonction de l’âge s’interrompt, mais reprend fortement après 65 ans. Pour les femmes, la croissance du suicide avec l’âge est toujours moins marquée que chez les hommes, et devient très faible après 55 ans.

Les effets de période

Les effets de période sont pratiquement identiques pour les hommes et pour les femmes. La probabilité de se suicider est 1,3 fois en 1985 ce qu’elle était en 1975, pour les hommes comme pour les femmes. La baisse qui s’amorce en 1986-1987 est aussi accentuée que l’avait été la hausse précédente : en 1991-1992, l’effet de période redevient comparable à ce qu’il était en 1978. Les deux courbes font apparaître un nouveau pic en 1993, d’ampleur plus réduite et comparable à celui de 1972, suivi d’une baisse sur les dernières années d’observation.Pendant les années 70, en revanche, l’effet de période semble avoir été plus cyclique pour les femmes que pour les hommes. Le pic de 1972 est nettement plus marqué, et la hausse du milieu des années 70 est statistiquement plus forte, en avance d’une année sur celle des hommes.Le « cycle du suicide » ainsi mis en évidence n’est évidemment pas superposable aux cycles économiques. Cependant, quelques indices laissent penser que l’idée n’est pas totalement sans fondement.- La forte hausse de 1976 est consécutive au premier choc pétrolier et à la forte hausse du chômage qui a suivi.- Le pic de 1993 correspond également à une année de récession économique importante.- Le pic de 1972 n’est, en revanche, guère interprétable en termes économiques.- De même, la baisse de 1985 apparaît antérieure à la reprise économique (1987-1990) et au tassement du chômage de la fin des années 90.

Suicide et baby boom

Par rapport à la génération 1945 choisie ici comme référence, le taux de suicides est inférieur pour les cohortes nées entre les deux guerres et surtout largement supérieur pour les générations nées après la seconde guerre mondiale. La montée importante de la mortalité par suicide correspond, à cet égard, tout à fait aux cohortes du baby-boom. À partir de la génération née en 1956, l’effet de cohorte se stabilise à un niveau élevé.À partir de celles nées en 1975, observées sur peu d’années et seulement en début de vie, son évolution n’est plus réellement interprétable. Pour les femmes, l’effet génération est beaucoup plus amorti et même presque inexistant. La position des femmes, principal point d’ancrage familial, est habituellement considérée comme protectrice contre le suicide.L’effet du baby-boom existe toutefois pour elles comme pour les hommes, mais d’ampleur et de durée beaucoup moindres. Ainsi, la probabilité de se suicider des hommes nés en 1956 correspond à 1,8 fois celle des hommes nés en 1930. Quant aux femmes, celles nées en 1956 ont une propension à se suicider égale à 1,5 fois celle des femmes nées en 1930. De même, seul le creux de l’entre-deux-guerres est pour elles significatif.Pratiquement aucune autre génération féminine ne s’éloigne statistiquement de la cohorte 1945. Quant aux générations de l’entre deux-guerres, elles sont entrées dans la vie professionnelle pendant les « trente glorieuses » et n’ont donc pas eu de difficultés pour s’insérer professionnellement. Leurs membres ont bénéficié d’une progression sensible de leur pouvoir d’achat, de possibilités fréquentes d’ascension sociale, d’un développement de la consommation et des loisirs, de la généralisationet de l’amélioration de la protection sociale, d’une retraite assurée, etc.Par ailleurs, elles ont été relativement peu sensibles aux importantes fluctuations du nombre des suicides, en particulier entre 1976 et 1996. Par exemple, le taux de mortalité par suicide des personnes nées entre 1933 et 1937 a diminué de 24% entre 1987 (alors âgées de 50 à 54 ans) et 1997 (âgées de 60 à 64 ans), alors que ce taux avait augmenté de 15% pour les personnes nées entre 1901 et 1905 pour les mêmes classes d’âges (entre 1955 et 1965).

Faut-il prévoir une hausse des suicides ?

En 2010, la cohorte née en 1945 atteindra 65 ans. Dans les années qui suivront, des générations parmi lesquelles une plus grande propension au suicide a été durablement observée vont donc arriver plus nombreuses aux âges où se renforcent les comportements suicidaires, au moins chez les hommes. Si l’effet de génération mesuré perdure effectivement, on peut alors s’attendre potentiellement à une hausse mécanique de la mortalité par suicide. Dans les années à venir, les politiques de prévention devront donc prendre en compte cette tendance temporelle, et être évaluées en fonction de leur capacité à limiter la reprise partielle du suicide.L’aptitude de nos sociétés à générer des « effets de période » favorables, à traversdes actions portant, selon la terminologie de Durkheim, sur la « régulation » et « l’intégration » sociales, sera en outre un élément important pour l’avenir.



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