Catherine Le Grand-Sebille, anthropologue, estime que la transformation descendres des morts en diamant est une preuve de plus de l’affaiblissement des rituels liés à la mort dans nos sociétés. Il ne s’agit pas de le regretter, maisde les repenser.
Je ne vois là qu’une forme supplémentaire d’un déni contemporain régulièrement renouvelé : celui de la mort. L’idée que le corps d’un être aimé devient charogne est proprement insupportable. Alors on envoie les cendres dans l’espace comme certains ont tenté de le faire, ou bien on les métamorphose en diamant. Comme si, au-delà de la mort les destins devaient continuer d’être exceptionnels.
En réalité, à défaut de pouvoir penser la mort, on tente de l’occulter. Seul l’argot à conservé une certaine manière de parler le devenir du corps, de dire l’impensable.
Il arrive aujourd’hui encore que l’on porte sur soi un reliquaire, voire une petite photo du défunt. On peut avoir besoin de maintenir un lien « au plus prêt de soi » avec un personne disparue. Et nul ne saurait le reprocher à qui que ce soit. Mais, parallèlement, chacun sait bien que, « au plus loin de soi », il faut conserver un lieu public où un hommage peut être rendu, individuel ou collectif. Or, avec cette « diamantisation » de la mort, c’est la possibilité de vivre publiquement la mort d’un proche qui disparaît. La mort concerne aussi la collectivité. : comment rendre hommage au défunt ? Et si l’urne se brise accidentellement ? Et si le diamant est volé, puis porté par des inconnus ?
Il existe une exigence rituelle qui n’est rien d’autre que le besoin irrépressible de partager ces moments de souffrance avec les autres. Aux Etats-Unis des rituels à la carte vous sont même proposés, moyennant finances bien sûr : « new age », catholique, indien…
Depuis que le monde est monde, aucune société ne laisse les proches seuls à côté du corps. Les autres ont toujours eu pour rôle d’accompagner, échanger, enseigner… Au moment du décès, il faut passer par le savoir des autres.
Les rites se sont affaiblis dans nos sociétés, parce qu’ils se sont révélés obsolètes. Il ne s’agit pas de regretter sans fin que les rites disparaissent, en revanche il faut les repenser. Car le rite donne du sens. Il accompagne pour que le passage ait lieu et que chacun reste à sa place : le vivant dans la vie, le mort intercesseur et la mort à sa place, ultime.
Catherine Le Grand-Sebille, anthropologue, était intervenue au colloque "La mort" à Domicle" organisé par l'Espace Ethique de l'AP-HP, à l'Hôpital Georges Pompidou, le 25 avril 2003.
Propos recueillis par Annie de Vivie
mis à jour le 13/02/2007
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