Agevillage

Les chroniques de Jocelyne Wrobel, sous directeur au Conseil général dela Cote d'Or

Psychiatrie : une décentralisation qui n’ose dire son nom


Partager :

JocelyneWrobel, est sous-directeur au Conseil général de Côte d'Or

Les premiers Etats Généraux de la psychiatrie se sont tenus à Montpellier du 5 au 7 juin et la presse s’en est fait largement l’écho.Médecins, infirmiers et travailleurs sociaux souhaitaient ainsi appeler l’attention des pouvoirs publics sur la grave crise que traverse la psychiatrie en France et la baisse drastique de ses moyens.Les collectivités territoriales, qu’il s’agisse des Départements ou des communes, n’ont pas attendu ces Etats Généraux pour s’inquiéter elles aussi, des conséquences de cette crise. En effet, la baisse des moyens octroyés par l’assurance maladie a entraîné une forte demande vers les services sociaux. On peut ainsi observer, progressivement, un véritable transfert de compétence du champ sanitaire vers le champ médico-social, c’est à dire vers les Départements.

La baisse du nombre de lits d’hospitalisation

Depuis plusieurs années, les départements comme les communes sont confrontés à la forte demande d’accompagnement de personnes atteintes de maladies mentales. La baisse importante du nombre de lits d’hospitalisation en psychiatrie n’a pas été compensée par la création, dans le même temps, des services de soins ambulatoires permettant un accompagnement régulier des patients, laissant dans le désarroi les familles confrontées à la maladie et les travailleurs sociaux confrontés à un véritable déni de réponses appropriées.La situation est particulièrement grave dans le secteur de la pédopsychiatrie et de la psychiatrie pour adolescents.Confrontés aux besoins particuliers de ces usagers et à la pénurie de psychiatres en établissement médico-sociaux, force est de constater que les réponses ne sont pas appropriées malgré les efforts effectués par de nombreuses structures.

Des dépenses insuffisantes et inadaptées

Face à la pénurie de médecins psychiatres hospitaliers, à la fermeture de lits au titre des économies de l’assurance maladie, les patients stabilisés ou non, viennent grossir les rangs des personnes en difficulté d’insertion transférant, ainsi, de fait, la prise en charge de personnes atteintes de maladies mentales vers les dispositifs d’insertion, les établissements sociaux ou médico-sociaux, les familles d’accueil voire, dans le pire des cas, vers d’anciens hôtels ne répondant plus aux normes commerciales du tourisme et se transformant ainsi en “établissements sauvages”.La demande en provenance des hôpitaux confrontés à la fermeture des lits psychiatriques se fait de plus en plus pressante et les services sociaux des départements comme des communes sont vivement sollicités pour prendre en charge des personnes dont certaines ont été hospitalisées pendant plusieurs années et se révèlent incapables de vivre seules ou en milieu ordinaire.Faute d’établissements sociaux ou médico-sociaux adaptés, ces personnes sont souvent accueillies en placement familial ou en CHRS.On aboutit ainsi au paradoxe que ces personnes souvent en très grande difficultés passent d’un milieu médical hyperprofessionnalisé et sécurisé à un accueil très faiblement professionnalisé pour ce qui concerne l’accueil familial à caractère social...Entre ces deux extrêmes, il y a, c’est certain, un juste milieu à trouver.

Un transfert de compétence souterrain

Face aux besoins de modernisation des centres hospitaliers spécialisés, la réponse aurait pu être d’apporter une meilleure qualité d’accueil médicalisé : les économies générées par la fermeture de lits auraient pu être reconverties en création de petites structures plus ouvertes sur l’extérieur, en appartements thérapeutiques et en places de services de soins à domicile moins coûteuses que l’hospitalisation à temps plein.Il est en effet curieux de constater que face à l’explosion de la demande en soins psychiatriques, il y a, parallèlement, raréfaction des moyens médicaux mis en oeuvre par les Agences régionales d’hospitalisation (ARH).Le but est bien, en réalité, de transférer vers le champ du médico-social c’est à dire vers les départements, toute la population en souffrance psychique avec, à terme la reconnaissance d’une nouvelle forme de handicap : le handicap psychique qui concernerait environ 600 000 personnes.Cette évolution a déjà commencé, car, bien sûr, nécessité fait loi. C’est la raison pour laquelle face à la pression de la demande exprimée par les médecins et les familles, de nombreux départements ont déjà autorisé la création de structures dites “expérimentales” montrant, par cette dénomination, que malgré leur extrême diversité, les établissements sociaux et médico-sociaux ne répondent pas aux besoins spécifiques de cette population et que de nouvelles réponses plus originales et appropriées doivent être apportées.Cependant, ce transfert progressif du champ sanitaire de la psychiatrie vers le médico-social aura un coût pour les contribuables départementaux car il s’agit bien d’un transfert de charges sans compensation financière, bref, d’une décentralisation qui n’ose pas dire son nom.



mis à jour le

Partager :


Vos réactions

Il n'y a encore aucune réaction à cet article.



Réagir à cet article :

* ne sera pas affiché


HAUT DE PAGE

© Eternis SA -