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Asociaux encore jeunes : déjà vieillards

Quelles réponses ?

Le vieillissement est un fait. Ses effets divers sont rarement plaisants surtout lorsque, après jeunesse et maturité, on entre dans la vieillesse.

En simplifiant, on pourrait trouver quelques règles pour vivre cette période de manière facilitée : absence de maladie, maintien d’une complète autonomie, environnement familial et amical, moyens financiers suffisants et habitat de qualité dans un cadre de vie agréable.La réalité est en général moins idyllique et pour beaucoup on doit constater : dégradation de la santé, perte d’autonomie rendant plus ou moins dépendant, éclatement familial et risque d’isolement, modestie de certains revenus ou encore conditions d’habitat loin d’être idéales.En s’appuyant sur cette approche sommaire, on voit se dessiner l’ensemble des actions entreprises par la collectivité pour rendre la vieillesse plus supportable. Il s’agit après avoir constaté que tout n’est pas parfait de pallier ces défauts et de trouver des solutions.Au fil des jours, des actions entreprises par les divers intervenants apportent des solutions plus ou moins complètes permettant aux personnes âgées de continuer à vivre et non à survivre. Cette option de tout mettre en œuvre pour offrir à tous une possibilité de vie pleine et entière, est souvent un lien qui rassemble les acteurs d’une politique gérontologique quels que soient leur domaine d’intervention.Et dans une approche faite d’une impression de devoir bien rempli, lorsque lors d’un conseil de pilotage, Geneviève Laroque pose la question de l’absence de réponse apportée à tous les battus de la vie, les marginaux, les asociaux, beaucoup de réflexions antérieures, d’interrogations, d’amorces de solutions sans suite, remontent à nos esprits. C’est l’objet de ce papier qui souhaite poser le problème, ouvrir des chantiers de réflexion et surtout enclencher un vaste débat.On parle si volontiers en citant de nombreux exemples de l’allongement de la vie, des seniors flamboyants, des exploits de tel ou tel octogénaire, que l’on oublie que des milliers de nos concitoyens sont à la rue, se droguent ou se sont drogués, sont alcooliques, cumulent sida et drogues, sortent de longues peines de prisons, sont isolés et inconnus parfois des services sociaux du fait de leur errance géographique.En un mot ces personnes sont prématurément vieillies, ne sont pas intégrées dans le tissu social, ont même souvent été classées comme hors de la société. Elles ont survécu d’asiles de nuit en squats ou couloirs d’immeubles, et se sont nourries aux restos du cœur et autres structures caritatives.Décrochés de la société, à cinquante ans, ce sont des vieillards dans une société où sans maladie grave on atteint plus de 85 ans pour être vraiment vieux. On avait oublié qu’il restait en France des vieillards n’ayant pas encore l’âge légal de la retraite voire de la préretraite.Une grande question : les a-t-on oubliés ? Ce qui justifierait l’absence de réponse en termes de services et d’équipements. Ou bien l’absence de services et d’équipements font-ils que l’on nie le problème ?

Quelles sont les réponses actuelles ?

  • Le maintien à domicile : sûrement une bonne réponse pour des SDF ! Mais l’humour n’est pas de mise dans de telles situations. Ces personnes cumulent tous les handicaps et l’attribution d’un logement ne résoudrait pas tous les autres problèmes. Le maintien à domicile est déjà beaucoup plus pénalisant pour les personnes à très faibles revenus que l’admission en établissement et l’APA ne résout pas tous les problèmes. Il faut honnêtement reconnaître que le maintien à domicile pour tous ces grands marginaux est du domaine de l’utopie.
  • L’entrée en établissement, l’état physique de certains le justifierait. Mais quel établissement ?- Les Logements foyers non médicalisés car n’étant pas transformés en EHPAD ne correspondent nullement à l’accueil de cette population.- L’EHPAD accueille des personnes de plus en plus vieilles, en majorité au-delà de 85 ans, et les systèmes de prise en charge au niveau de l’aide sociale ne fonctionnent pas pour des personnes de 50 ans. La cohabitation des résidents habituels et de cette population semble impossible.- Les longs séjours rattachés à des hôpitaux n’ont pas vocation à accueillir ces personnes sauf lorsque leur état présente des pathologies très péjoratives assimilant leur état à une fin de vie.- Les hôpitaux psychiatriques ont une population résidente faite de personnes relevant d’un établissement dit fermé dont la vocation n’est certainement pas d’accueillir à long terme les « battus » de la vie.- Les services d’urgence, voire de médecine, accueillent, soit de manière très courte pour les premiers soit de manière temporaire pour les seconds, ces jeunes vieux, le temps d’éviter un risque vital, puis les renvoient à leur « galère » quotidienne ponctuée par les rencontres avec les SAMU sociaux.- Il existe alors les accueils d’extrême urgence, tel « Nanterre », mais cela est aussi très temporaire et les progrès d’une telle structure ne lui ont pas fait perdre cette image très négative chez les sans abris.
  • Alors que faire?

    Espérer que le problème se résoudra de lui-même serait scandaleux. Penser que ce problème pourra être abordé après avoir résolu d’une manière générale les problèmes des personnes âgées pleinement insérées dans la société serait condamner ces marginaux aux histoires si diverses à un abandon. Laisser cette responsabilité aux ONG et associations caritatives, même si leur action est remarquable serait une démission des pouvoirs publics et plus globalement de la société.Ouvrir à nouveau des structures de type hospice serait un retour en arrière dramatique.Il est inutile d’allonger une liste qui semblerait démontrer que l’on ne peut rien faire.La situation conjoncturelle des personnes âgées et fragilisées durant la période de canicule et ses effets dramatiques, montre que les personnes les plus intégrées dans la société bénéficiant d’un environnement familial et social de qualité ont le mieux supporté cette période.On commence de toute part à dresser des bilans et à prévoir une plus grande vigilance permettant une meilleure réactivité.Même si rappeler une citation de Fernand Reynaud « mieux vaut être riche et en bonne santé que malade et sans le sou » peut apparaître dérisoire, c’est bien à un problème semblable que la société est aujourd’hui confrontée.Si des moyens nouveaux sont mis en place, et si les personnes se prémunissent de mieux en mieux pour pallier aux effets de la vieillesse et de la dépendance, il reste à mettre en œuvre un grand effort de solidarité et d’écoute envers toute la population.Dans toute la population il ne faudrait pas oublier les plus fragiles. En tous cas on ne pourra pas dire "on ne savait pas". Pire, le problème n’est pas lié à une situation exceptionnelle, il est quotidiennement dans nos rues, dans nos couloirs. Fasse qu’il soit dans nos préoccupations et surtout dans les réflexions de nos dirigeants !


    Guy Sudre
    mis à jour le 21/11/2007

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