La canicule tue. Elle tue sélectivement des gens à la fois très vieux : le plus souvent ils sont au delà des temps moyens d’espérance de vie ; très fragiles dans leur santé : ils sont malades, chroniquement, et « dépendants » comme on dit ; très fragiles dans leur société : est-elle encore « leur société » ou en ont-ils été subrepticement exclus ?La France jouit d’un « climat tempéré », elle ne se préoccupe guère de sauvegarder la fraîcheur – sauf, peut être encore un peu dans l’extrême sud méditerranéen - et la démesure caniculaire tue les très vieux comme les volailles entassées dans des bâtiments surchauffés comme le sont beaucoup de maisons de retraite, de salles d'hôpital et aussi de logements particuliers.On débloque des crédits dans l’urgence quand il s’agit de calamité agricole ; on est plus prudent quand il s’agit d’une calamité sociale qui risque de durer.De quoi décourager encore un peu plus tous les acteurs de terrain comme les chercheurs du secteur vieillesse–vieillissement, qui depuis plus de trente ans dénoncent les carences des politiques vis à vis des publics fragiles, dontun certain nombre de personnes âgées font partie.Enoncer tout cela n'est pas polémiquer sur ces mois d'été si hors de nos habitudes. C'est montrer qu'une meilleure écoute de ce que les spécialistes du vieillissement et de la grande vieillesse ne cessent de dire depuis longtemps, aurait atténué, si ce n'est empêché, cette hécatombe humaine.La grande vieillesse fait peur : les vieux, c'est la mort annoncée. Les vieux fragiles ne sont-ils pas des « presque-morts » et toute société ne doit –elle pas d’abord s’occuper des vivants ?La parole de ces « experts militants » , chercheurs ou acteurs de terrain est donc inacceptable : ils rappellent d’abord que la grande vieillesse est toujours la vie avec ses projets, son avenir, toujours respectable parce que vie humaine. Ils rappellent aussi que cette grande vieillesse n’est pas, en elle-même, la « sénilité » et la « caducité » mais qu’elle est une période où les risques de maladie, de chronicité , d’invalidité , comme les risques d’isolement, d’infirmité sociale sont plus grands et demandent plus d’attention, de précautions, de soins. Cette réalité est dure, peut être coûteuse.Quelles sont les priorités d’une société riche comme la nôtre, quel sera son regard sur les « bouches inutiles », sur ceux qui ne produisent plus de richesses nouvelles, qui ne reproduisent plus d’enfants qui sont ainsi le maillon faible dans la chaîne des générations ? Faudra-t-il refuser à ces « Nouveaux Incurables » certains soins et certains accompagnements et renouveler pour le XXI° siècle la légende de l’écuelle de bois du grand-père inutile ?Ils sont pourtant de puissants répartiteurs de richesse : des personnessont employées pour eux (trop peu et trop peu payées), ils achètent des « choses », et tous ces biens et services sont payés avec leurs propres deniers et leconcours des solidarités publiques et privées, de même que ces solidarités servent aux plus jeunes.
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Geneviève Laroque - Présidente de la Fondation Nationalede Gérontologie - Membre du comité d'orientation d'agevillage
mis à jour le 21/11/2007
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