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Conséquences de la canicule

L'ex directeur de la Santé met en cause l'attitude de M. Mattei


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Ilest rare que les directeurs d’administration centrale s’en prennent publiquement à leur ministre. C’est pourtant ce que vient de faire l'ancien patron de la direction générale de la Santé, le professeur Lucien Abenhaïm, en publiant un livre qui met en cause l'attitude de Jean-François Mattei, ministre de la santé,durant la crise sanitaire liée à la canicule.

Le journal Le Monde a publié mardi 18 novembre les bonnes feuilles de "Canicule. La santé publique en question" (Fayard), un livre paru le 20 novembre, et dont l’auteur, Lucien Abenhaïm était Directeur général de la santé jusqu’au 18 août, date à laquelle il a démissionné après que Jean-François Mattéi, ministre de la Santé, ait dans une interview à RTL "pointé à plusieurs reprises l'action de la direction générale de la santé et de l'Institut de veille sanitaire"."L'approche qu'a privilégiée le ministre au plus fort de la crise est à mon sens critiquable tant sur la forme que sur le fond", écrit M. Abenhaïm. "Sur la forme, tout d'abord. On ne prend pas le risque de livrer les services de l'administration à la vindicte publique sans leur laisser le temps d'expliquer leurs actions", fait-il valoir, ajoutant : "c'est à mes yeux un principe démocratique de base. A moins qu'une faute flagrante et extraordinairement grave n'ait été commise, rien ne justifie une intervention précipitée en pleine crise".M. Abenhaïm souligne que "des instances sont prévues pour évaluer les agissements des hauts fonctionnaires : l'inspection générale des affaires sociales est censée remplir ce rôle". Il évoque en outre les "commissions d'enquête parlementaires" et enfin "le recours judiciaire". En s'abstenant de "faire jouer ces mécanismes démocratiques avant de s'interroger publiquement", le ministre "s'est ôté toute chance de pouvoir expliquer par la suite les aspects objectifs de l'épidémie", affirme-t-il. "Sur le fond, l'attitude du ministre ne fait que renforcer la vision selon laquelle les problèmes de santé publique dans notre pays s'expliquent toujours par les manquements ou les défaillances des responsables administratifs ou ministériels", estime M. Abenhaïm.Rappelant que les quatre derniers directeurs généraux de la santé ont démissionné ou ont eu des ennuis avec la justice, il déplore que le ministère de la Santé soit "celui sur lequel retombe la responsabilité de la défaillance de tout un système, ou plutôt de l'idée qu'on s'en fait". Bien que, "privée de moyens d'action" en phase avec les "exigences actuelles de santé publique et de sécurité sanitaire", la DGS "lutte pied à pied depuis quelques années" pour sortir d'une "spirale entamée depuis l'affaire du sang contaminé", poursuit M. Abenhaïm. Il déplore ainsi que M. Mattei ait pris le "risque de l'y replonger et avec elle tout son ministère, lui-même compris".Il affirme que durant la crise, "les premières difficultés dans les services d'urgence ont été lues comme un problème de moyens, pas comme la manifestation de la catastrophe de la canicule". Ainsi "certains acteurs, détenteurs d'une information qu'ils ne comprenaient peut-être pas, ont cédé à des réflexes administratifs courants" en ne la partageant pas, explique-t-il."La où il n'y a aucun repère, où il faut tout inventer, la crise prend le dessus. Et pousse parfois à l'erreur", analyse M. Abenhaïm selon lequel "la France a aussi payé, dans cette canicule, des décennies d'insuffisances". La canicule a fait officiellement 14.802 morts entre le 1er et le 20 août.Référence "Canicule. La santé publique en question", du Pr Lucien Abenhaïm, éd. Fayard, 268 pages, 18 euros).



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