Agevillage

LES CHRONIQUES DE FLORENCE LEDUC

Questions de temps


Partager :

FLORENCE LEDUC EST DIRECTEUR GENERAL ADJOINT DE L UNASSAD

Au début du mois de décembre, le laboratoire IPSEN organisait les rencontres de Versailles sur l’Age au cours desquelles il m’a été proposé de « discourir » autour de la thématique « le temps organisé, escamoté, retrouvé, le temps professionnel : Temps, âge et vie. »Autour de biologistes, gériatres, philosophes, physiciens, historiens, il s’agissait de s’arrêter – un temps – pour penser l’aide et les soins, par le prisme du temps.Quelques réflexions à partager avec les internautes de Age - Village… quelques paradoxes à relever…

L’aide et les soins, l’autonomie et ses temps

  • Perdre ou prendre le temps de l’évaluationAccompagner une personne quel que soit son âge dans la formulation de son projet de vie, à son domicile, nécessite, impose de prendre le temps d’accueillir, de recueillir la demande, d’observer la personne dans ses fonctions et ses activités, de prendre en compte avec elle ses conditions et habitudes de vie, les données de son environnement, notamment, ce en quoi elles sont aidantes ou handicapantes.Ce n’est qu’à l’issue de ce temps, de cette rencontre, de ce dialogue, de cette « expertise » que des réponses peuvent être élaborées.Paradoxalement les professionnels estiment que le temps leur étant compté, ils n’ont pas forcément ce temps ; et pourtant, lorsqu’il n’est pas pris, ce temps est perdu pour toujours : il sera remplacé par le temps des ajustements, celui qui prend du mauvais temps, celui aussi des mécontentements…
  • De l’indépendance à la dépendance : question de tempsAider et soigner à son domicile une personne c’est penser la réponse non seulement en la recentrant dans la question de l’autonomie (gérer ses choix et modes de vie) mais également dans le souci de permettre une indépendance dans les actes de la vie quotidienne (ne pas dépendre d’une autre pour les mêmes actes) ; cela implique de ne pas faire à la place les actes que l’autre peut faire seul ou avec aide. Cette indépendance a un prix, celui du temps.Paradoxalement, aider et soigner peut rendre les personnes dépendantes, alors même que l’objectif visé, outre l’autonomie devrait être l’indépendance à autrui… question de temps ?
  • Les temps de la vie, à chacun son rythme

  • Vivre chez soi, une vie au ralentiIl y a quelques années, l’association Ages et vie produisait un film « Entrer chez l’autre » ; je suis encore frappée par l’image d’une aide à domicile se rendant le matin, dans les bouchons de la banlieue parisienne, rythmés par le bruit des moteurs et des klaxons ; arrivée chez la vieille personne, elle ouvre la porte avec les clefs qu’elle possède et cette porte donne sur un autre temps : celui du réveil, du lever où le corps au ralenti prend le temps (infini ?) de se redresser, de s ‘asseoir, de poser les pieds, et de tenter de se lever du lit pour aller, à petits pas, soutenu par l’aide à domicile, vers la salle de bains pour la toilette et l’habillage, puis vers la cuisine pour le petit-déjeuner suivi de la mise au fauteuil…La vieille personne s’étonne qu’après ce temps l’aide à domicile parte déjà ! ce temps passé avec elle, paradoxalement avait passé si vite !La caméra montre alors l’aide à domicile, partant vers d’autres personnes, au pas de course, pendant que la vieille personne assise dans son fauteuil et attendant son retour, soulève le rideau comme pour suspendre le temps !
  • Aller chez les autres, la course du tempsA pieds, en métro, en bus, en vélo, en auto… les nomades de l’aide à domicile et des soins courent de maison en maison, arrivant toujours trop tard, partant toujours trop vite, craignant tout le temps de ne pas avoir le temps de poser les gestes, de se poser le temps de la relation !Aller d’une maison à l’autre, c’est braver le temps des kilomètres sur les routes, des encombrements de la ville, ce temps si cher payé que l’on appelle « improductif » pourtant inhérent à ce mode d’exercice.Paradoxalement, alors même que le maintien à domicile des personnes âgées et/ou handicapées est valorisé dans le discours officiel, le temps qu’il faut pour exercer ces métiers de l’aide et du soin est disqualifiée au motif qu’il n’est pas le temps de présence auprès des gens !Si on les faisait déménager pour habiter à côté ?
  • Des temps, des cadences, à chacun ses temps

  • Aider et soigner à domicile : les âges de la vieLes services d’aide et de soins à domicile sont de plus en plus souvent confrontés à des demandes de personnes de tous âges présentant des besoins d’aide et des soins au quotidien.Il s’agit pour les uns d’être aidés le matin avant de partir au travail, et d’être aidés au retour du travail ; il s’agit pour les autres d’être aidés au coucher tard le soir, après les moments de vie familiale ou de loisirs.Des dires des aidants et des soignants « ce n’est pas la même chose que les personnes âgées ».Et si les vieilles personnes avaient le droit d’être couchées après le film du soir ?
  • Le temps du mourir, çà prend du temps !Vivre sa mort, accompagner jusqu’à la mort, voilà un temps à vivre avec ses gestes, ses rites, ses soins, son sens, son intensité.Un temps de vie, qui, quand on prend son temps réconcilie avec la vie, laquelle est aussi ancrée dans sa finitude.Les pressés nous parlent d’abréger la vie, les vivants ne parlent-ils pas de prendre le temps de l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure ?


  • mis à jour le

    Partager :


    Vos réactions

    Il n'y a encore aucune réaction à cet article.



    Réagir à cet article :

    * ne sera pas affiché


    HAUT DE PAGE

    © Eternis SA -