Agevillage

Un colloque de la Caisse nationale d'assurance maladie

La société est-elle prête à assumer le coût du vieillissement ?


Partager :

La CNAM a consacré, les 25 et 26 mars, un colloque aux conséquences du vieillissement. A partir de 2010, la concomitance de l'arrivée des baby-boomers à l'âge de 65 ans et du départ massif en retraite de médecins fait craindre le pire.

Sept mois après une canicule mortelle pour près de 15 000 personnes âgées et à la veille d'une réforme annoncée de la Sécurité sociale, la question des conséquences du vieillissement de la population sur les dépenses de santé n'a rien de théorique. En décidant d'y consacrer ses journées d'études annuelles, jeudi 25 et vendredi 26 mars à Paris, la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM) avait entrepris de sensibiliser deux cents responsables et gestionnaires des caisses de Sécurité sociale réunis dans l'ambiance feutrée d'un grand hôtel parisien.

  • Concernant les effets du vieillissement Daniel Lenoir, directeur de la CNAM, a avoué que les «enjeux considérables» liés à l'évolution de la pyramide des âges exacerbent toutes les insuffisances du système de soins. Ils exigent des réponses «qui ne peuvent plus être différées très longtemps».
  • Médecins et baby boomersIl y aura ainsi concomitance, à partir de 2010, de l'arrivée à l'âge de 65 ans des premières générations de baby-boomers avec leur cortège de pépins de santé, et de la diminution et du vieillissement massif de la population des médecins. «2010-2025, ce sont les quinze années de tous les dangers. Les cohortes nombreuses de médecins vont partir à la retraite en même temps que les baby-boomers», a lancé Bui Dang Ha Doan, directeur du Centre de sociologie et de démographie médicales. Le simple examen du nombre brut des décès attendus - entre 700 000 et 800 000 par an en 2050 contre 500 000 actuellement - donne une idée vertigineuse de ce qui nous attend.
  • OphtalmologieRapprochant l'augmentation astronomique de la demande d'opérations de chirurgie ophtalmologique (cataracte principalement) liée au vieillissement des classes nombreuses de l'après-guerre, et la raréfaction des médecins de cette spécialité, M. Bui Dang a assuré que la France devait choisir «entre la peste ou le choléra»: un système à l'américaine où l'offre de soins est abondante mais la couverture inégalitaire, et une sécu à l'anglaise, où l'accès aux soins est régulé mais bien couvert financièrement.
  • PIBLes économistes ont évalué à 0,9 point de PIB en 2020 l'impact de ce vieillissement, sans compter les maladies de longue durée. Sans compter les coûts liés à la dépendance qui, de l'avis général, vont exploser : la démence ou la suspicion de démence concerne 40 % des nonagénaires et 70 % des centenaires, a souligné Jean-Marie Robine, démographe à l'Inserm.
  • Consommation médicaleUne prévision plus réaliste doit tenir compte, en outre, du fait que l'augmentation de la consommation médicale des personnes âgées connaît une accélération plus forte que celle des populations jeunes. Et que, à âge égal, les nouvelles générations consomment nettement plus que les précédentes.
  • Amélioration de la santéPplus que l'âge, c'est l'état de santé qui détermine l'évolution de la dépense. «Le facteur qui domine, c'est le nombre de maladies déclarées. Or la santé des personnes âgées a tendance à s'améliorer ou à rester stable», a tempéré Claude Le Pen, professeur à l'université Paris-IX - Dauphine. «Arrêtons de répéter que c'est le vieillissement qui nous plombe : l'évolution des coûts est aussi liée à l'évolution de la façon de soigner, aux progrès de la médecine, a enchéri Dominique Polton, directrice du Centre de recherche, d'étude et de documentation en économie de la santé. De fait, à état de santé équivalent, les personnes âgées ont tendance à dépenser moins pour leur santé que les plus jeunes.Ainsi, pour les spécialistes réunis par la CNAM,< l'essentiel du lien entre dépenses de santé et vieillissement tient non pas à l'âge, mais au «temps qui reste à vivre», selon l'expression du démographe Hervé Le Bras, puisque la dernière année de vie coûte environ cinq fois plus cher que les autres. Or, l'allongement de la durée de la vie aidant, la proportion des personnes proches du décès ne cesse de diminuer, allégeant ainsi la charge, ou tout au moins la reportant dans le temps.
  • DépendanceReste la question cruciale : les années gagnées seront-elles des années de pleine santé ou seront-elles marquées par la maladie et la dépendance ? Les experts hésitent entre deux écoles : l'une, pessimiste, tend à expliquer l'allongement de la vie par le recours à des techniques sophistiquées et donc coûteuses, mais sans effet positif sur l'état de santé ; l'autre hypothèse, optimiste, tend à expliquer l'allongement de la vie par l'amélioration de la santé elle-même. Aucune étude ne permet de trancher définitivement, même si certaines données font état d'une amélioration, au fil des ans, de l'état de santé à âge égal et d'un allongement de l'espérance de vie sans incapacité.


  • mis à jour le

    Partager :


    Vos réactions

    Il n'y a encore aucune réaction à cet article.



    Réagir à cet article :

    * ne sera pas affiché


    HAUT DE PAGE

    © Eternis SA -