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Dans l'avenir, tous les quinquagénaires seront riches et bien-portants.Une réaction à la chronique du 30 août


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Les chiffres bruts, commentés par Jean-Marie Vetel dans sa chronique du 30 août, de l’enquête diligentée par l’Observatoire de la Caisse d’Épargne, disent-ils bien tout ?

Les résidences secondaires font rêver…

et les week-end à la campagne des retraités appartenant aux catégories socio-professionnelles les plus aisées nous feraient-ils oublier qu’actuellement, plus d’un ménage urbain sur quatre habite un logement trop petit par rapport au nombre d’occupants ou ayant des problèmes d’humidité, de chauffage ou d’inconfort général.Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler également que parmi les personnes mortes l’an dernier à Paris, au cours de la canicule, « 41 % [des personnes décédées] habitaient un logement composé d’une seule pièce dont la superficie ne dépassait pas 10 mètres carrés dans 12 % des cas. […] 54 % des victimes résidaient dans les deux derniers étages d’un immeuble dont 36 % au dernier étage sous les toits dans une pièce éclairée et ventilée par un vasistas. En plus, la moitié seulement disposait d’un ascenseur, ce qui aggravait considérablement leur isolement. »Sommes-nous certains qu’il n’y aura plus, pour les vieux de demain, de telles conditions de vie ?

Tous les futurs vieux vendront-ils leur portefeuille d’actions pour remplir leur livret A ?

Actuellement, plus de 470 000 retraités vivent sous le seuil de pauvreté.Actuellement, 15 % des ménages de plus de 75 ans ont un revenu plus ou moins égal au minimum vieillesse : 540 euros (3550 francs) pour une personne seule ; 968 euros (6350 francs) pour un couple. 50 % des femmes à la retraite ont une retraite inférieure à 825 euros (4350 francs).Actuellement, près d’un million de personnes ont besoin de l’APA pour s’en sortir.Actuellement, parmi les personnes étiquetées GIR 1 à 4, 40,4 % ont des revenus inférieurs à 3950 francs par mois.Sommes-nous certains que tous les vieux de demain auront de quoi remplir un livret A ?

Ces « nous, les quinquagénaires », nous apprend l’enquête diligentée par l’Observatoire de la Caisse d’Épargne, disposeront d’une bonne santé jusqu’à 73 ans et vivront jusqu’à 77 ans.

Actuellement, les Français appartenant à des ménages à faible revenu (moins de 4500 francs par mois) accusent un vieillissement prématuré par rapport à ceux qui disposent de meilleurs revenus. Un ouvrier non qualifié au chômage, par exemple, accuse un vieillissement prématuré de plus de 5 ans par rapport à un cadre supérieur actif.Actuellement, si la probabilité de décéder entre 35 et 65 ans est de 13 % pour un cadre ou profession libérale, elle est de 26 % pour un ouvrier. L’espérance de vie à 35 ans est de 35,8 ans pour un manœuvre, de 45 ans pour un ingénieur. L’espérance de vie au moment de la retraite est de 17 ans pour un manœuvre, de 23 ans pour un cadre supérieur.Sommes-nous certains que tous les vieux de demain vivront aussi bien et aussi longtemps que les plus favorisés de ceux d’aujourd’hui ?Sommes-nous certains que l’enquête diligentée par l’Observatoire de la Caisse d’Épargne décrit la réalité de demain plutôt que la future clientèle fantasmée de la Caisse d’Épargne ?Sommes-nous certains que décrire avec un « nous » l’ensemble d’une classe d’âge est la meilleure manière de comprendre qui sont les personnes qui en font partie ?Sommes-nous certains que les résultats d’une telle enquête ne participent pas, à leur manière, à la future exclusion de toutes celles et de tous ceux qu’elle oublie ?Sommes-nous certains que pour toutes celles-là et tous ceux-là, il suffira pour bien vieillir d’un « bon gériatre préventologue » ? Est-ce lui qui leur fournira un logement décent, un revenu correct et des conditions de vie et de travail respectueuses de leur équilibre et de leur santé ?Sources1.Cyril Rizk, « Le cadre de vie des ménages les plus pauvres », INSEE Première, N° 926 - octobre 2003.2. Rapport de l’Institut Médico-Légal, « Population domiciliée à Paris, décédée durant la canicule 2003, et examinée à l’Institut Médico-légal », mars 2004.3. DRESS, Études et Résultats, n°108, mars 2001.4. État de santé, vieillissement relatif et variables socioéconomiques, CREDES, 1994.5. Annie Mesrine, « Les différences de mortalité par milieu social restent fortes ». In : La Société française : données sociales 1999. Paris : INSEE, 1999.6. INSERM, Les Inégalités sociales de la santé. Paris : La Découverte, 2000



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