Lors de la semaine bleue,sur le thème « Et si on donnait la parole aux vieux ? », la Pour l’Edition 2004, 9 lettres ont été primées par le Comité de sélection qui comprenait des membres de la FNG , des représentants de ses partenaires Sodexho, Fondation Caisse d' Epargne; des représentant des structures impliquées dans l'opération : AP-HP , Unassad, Sérience, CCAS Ville de Paris ...En effet, Danièle Hoffman-Rispal a souhaité qu’en 2004 les clubs et les résidences pour personnes âgées gérées par le Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris participent à l’opération « Lettre à… ».87 parisiennes et parisiens âgés ont ainsi concouru et parmi les 9 lauréatsde cette année, trois ont été rédigées par des parisiennes habituées des clubspour personnes âgées de la ville.Cette initiative s’inscrit directement dans le souhait de la Municipalité de promouvoir la citoyenneté des aînés parisiens et de rappeler qu’ils sont, de part leur histoire, porteurs d’expérience de vie transmissible à toutes les générations confondues.Lors d'une cérémonie à l'Hotel de Ville de Paris les lettres primées ont été lues etHélène, la lauréate du prix Coup de Cœur, a eu la surprise de pouvoir embrasser le chauffeur de la ligne de bus 58 à qui elle a dédié sa lettre...
Lettre dédiée à un sympathique conducteur du 58, par Hélène, 84 ansLe 58 est un bus que j’emprunte souvent pour me rendre chez ma fille. J’ai 9 stations. Un jour, montant dans ce bus, respectueuse des consignes, je montre ma carte et qu’elle n’est pas ma surprise de constater que le chauffeur me l’a prise une seconde puis rendue. Et aussitôt avec un beau sourire me dit : « Alors, comment ça va, Hélène, aujourd’hui ? Pas trop fatiguée ? » J’aurais pu m’offusquer de cette familiarité mais ce sourire m’a fait chaud au cœur, et cette convivialité si spontanée, inattendue dans ce lieu si « froid » de transit public m’a fait grand plaisir.Il arrive un âge où on apprécie la moindre attention, la moindre gentillesse.Il s’en est suivi une petite conversation amicale, et vraiment, à la descente du bus, je voyais la vie autrement.Je n’ai pas eu la chance de le revoir souvent. Pourtant, la 2e fois, il m’a reconnue et accueillie tout aussi joyeusement.Quant à la 3e, tout récemment, de ma place, j’ai assisté à cette petite scène qui m’a émue profondément.Une jeune fille était restée debout, appuyée à l’avant, elle paraissait infiniment sombre, triste et préoccupée.« Oh, ça ne va pas », lui dit le gentil chauffeur. « Un si joli visage devrait avoir le sourire ».Il n’a eu de cesse que de lui remonter le moral, si bien qu’en descendant, la jeune fille riait aux éclats.C’était peu de chose, tant pour moi que pour cette jeune fille, mais avec tous les soucis que l’on ressasse pendant des trajets plutôt stressants et fatigants, c’est merveilleusement inattendu d’être accueilli aussi gentiment et amicalement.Je dis un très, très grand merci à ce monsieur de la RATP qui malgré son métier éprouvant et fatigant, sait être attentif aux autres (jeunes ou âgés).Persuadée qu’il n’est pas le seul à se comporter ainsi, mais le réseau est si vaste…
La Lettre de Michelle à son mari décédéMon amourMe voici devant une page blanche, aujourd’hui, je désire être encore plus près de toi car tu me manques terriblement.J’ai tenu ma promesse, grâce à ton poème retrouvé dans ton portefeuille après ton décès.Cela m’a permis d’être forte et toujours souriante pour les enfants et les petits-enfants.Nous parlons souvent de toi, de ta gentillesse, de ton humour. Toi si courageux devant cette vilaine maladie, mais entre les traitements, nous vivions à 100 à l’heure pour profiter au maximum de notre bonheur présent, et dans notre tête rester que les bons souvenirs, que je garde précieusement en moi.Je suis fière de notre petite famille. Les enfants sont heureux. Ils parlent de toi avec fierté, ils te ressemblent avec ton caractère heureux, joyeux, un peu bourru. Ils sont également fiers de nous deux, « nous les amoureux du siècle », comme ils disent.Voilà, cela m’a fait du bien de t’écrire. Je t’aime tant. Ta miquette toujours avec toi.Merci chéri.Ton poème qui me donne tant de courage :« La mort n’est rien ; je suis simplement passé dans la pièce à côté.Je suis moi, tu es toi.Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.Parle-moi comme tu l’as toujours fait. N’emploie pas un ton différent, ne prends pas un air solennelTriste.Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.Prie, souris, pense à moi, prie pour moi, que mon nom soit prononcé à la maisoncomme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte et sans trace d’ombre.La vie signifie ce qu’elle a toujours signifié.Elle reste ce qu’elle a toujours été.Le fil n’est pas coupé.Pourquoi serais-je hors de ta pensée.Simplement parce que je suis hors de ta vie ?Je t’attends, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin.Tu vois, tout est bien. »
Avant et après un accident cérébral … par Stéphanie, 73 ansAvant, la vie est si belle, on ne voit rien, on ne sait rien, les saisons, les petits rien, qui sont merveilleux, mais on ne le sait pas. On dépense son temps, de l’argent pour un petit vêtement que l’on a pas toujours besoin mais qui tape à l’œil. Ha ! le superflu, on aime ça !Et voici l’après, l’accident, l’épreuve, le coma, les opérations intracérébrales et le handicap. Au début, on pleure et on frappe du pied le sol. Non ! pas moi ! et puis les mois passent, on va sortir de ce fauteuil roulant c’est certain ! les médecins sont muets et répondent à vos questions par des gestes d’impuissance et de vagues perspectives d’avenir : ça ira mieux dans six mois et puis dans un an et puis dans deux ans et on vous fait naviguer de centre en centre de rééducation, et vous faites connaissance de personnes comme vous, plus ou moins frappées par le sort, souvent très jeunes accidentés de la route, ainsi que des personnes de tous âges.Et les années passent, on a perdu tous ses amis, enfin, que l’on croyait avoir, mais on en découvre d’autres ; tous ses amis d’infortune, pleins d’humour et de tendresse, presque tous en fauteuil roulant,, on redécouvre les vraies valeurs de la vie. On ne voudrait plus vivre qu’avec eux et les rééducateurs, nous nous trouvons beaux, nous chantons, nous jouons aux cartes avec des pupitres, car on a souvent qu’une main, et au scrabble, c’est très bon pour les méninges.Il y a aussi les bons compagnons, maris ou épouses qui sont présents qui sont là et assument, on est sauvés ! Car les hommes sont dévoués mais les femmes sont ou deviennent des mères poules, j’en ai vu beaucoup. Les enfants sont grands et travaillent beaucoup pour leur progéniture. Pour nos petits-enfants, nous devenons très importants. Même si l’on ne peut pas faire grand chose pour eux, nous partageons leurs soucis et leurs joies. Rien n’est plus terrible que de penser que l’on ne sert à rien quand on est dépendant à 80 %. Trop sensible à l’injustice et à la pauvreté, il y a tant d’amour à donner et de l’espoir à distribuer. Le pessimisme est absent dans l'esprit de ces jeunes handicapés, jamais il n’y a de désespoir et s’il y en avait quelque peu, nous nous entraidons pour les remonter. Et pourtant, les souffrances physiques et morales sont toujours présentes. E comme le dit l’un de mes jeunes amis : « tu sais, pour nous c’est un combat journalier » et il éclate de rire !Ce gentil Yves, 49 ans, a été frappé à 29 ans par une terrible myopathie, a gardé un bon moral dans son fauteuil roulant et son espièglerie. Malheureusement, le téléphone est très cher et les déplacements compliqués, les autorités n’ont toujours pas réalisé que ce fil nous était indispensable et nous aidait à survivre. Il y a aussi Sébastien, un grand et courageux garçon heureux avec une très forte envie de vivre et rempli de projets. Quel bonheur d’avoir des amis d’une si grande valeur.Avec ces hommes, ces femmes, jeunes et moins jeunes, ces papis et ces mamies, nous avons besoin d’être ensemble. C’est l’avantage de ces centres de plus en plus rares malheureusement. Manque de crédits paraît-il !Pour lire ou relire toutes les lettres de l'édition 2004
FrG
mis à jour le 23/02/2007