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Interview de Catherine Vautrin secrétaire d'Etat aux personnes âgées

«Valoriser le rôle des plus âgés dans notre société»


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Le 14 décembre 2004, Catherine Vautrin secrétaire d’Etat aux personnes âgées s'est entretenue avec la rédaction d'agevillage.com et d'agevillagepro.com. Son programme, ses idées et ses moyens...

Madame Vautrin, quel est votre parcours ?

Catherine Vautrin : Juriste de formation, j’ai travaillé pendant 15 ans dans un groupe d’assurance anglo-saxon où je suis devenue directrice du marketing pour l’Europe. Parallèlement à ma vie professionnelle, j’ai été conseillère municipale de Reims de 1983 (j’étais la benjamine du Conseil à 22 ans ) à 1999. A cette date, j’ai quitté le privé pour rejoindre l’équipe du Professeur Jean-Claude Etienne, au Conseil Régional de Champagne-Ardennes, afin d’y diriger les services opérationnels. En 2002, je me suis présentée aux élections législatives et j’ai été élue sans investiture, sur mon nom. J’ai siégé à la Commission des Affaires économiques où j’ai notamment travaillé sur l’avenir du système aéroportuaire, la modernisation de la Poste, etc.En mars dernier, je suis entrée au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, comme secrétaire d’Etat à l’intégration et à l’égalité des chances. Mon action a porté sur le champ du renouvellement urbain, de l’intégration des personnes d’origine étrangère, de la lutte contre les discriminations.Dans le domaine de la politique de la ville, mon objectif était de faire entrer davantage d’humain dans l’urbain. Je suis ainsi à l’origine de la réforme de la Dotation de Solidarité Urbaine, contenue dans l’article 59 du projet de loi pour la cohésion sociale, - voté à l’unanimité - qui permet aux communes les plus endettées de financer des projets. En pleine négociation de cette loi, Jean-Pierre Raffarin m’a appelé : « Catherine j’ai besoin de ton énergie. Je souhaite que tu succèdes à Hubert Falco ». « Je suis là pour servir », ai-je répondu au premier ministre ; les personnes âgées sont une des priorités du gouvernement.

Vous êtes devenue secrétaire d’Etat aux personnes âgées, et non pas ministre déléguée, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Catherine Vautrin : Secrétaire d’Etat – ministre déléguée… cette distinction relève du « commentaire de journalistes ». J’ai été très attentive au budget qui m’était alloué et à mon décret de nomination précisant mes attributions. Or ce décret reprend point par point les attributions d’Hubert Falco. Je n’ai pas le titre de Ministre déléguée mais j’exerce les mêmes Responsabilités, et avec les mêmes moyens. J’ai les meilleures relations avec Philippe Douste-Blazy et, je le crois, l’oreille attentive de Jean-Pierre Raffarin.

Face aux enjeux du secteur personnes âgées, quelle organisation envisagez-vous ?

Catherine Vautrin : Mon père fut atteint d’une pathologie neuro-dégénérative et a été accompagné à domicile jusque la fin. A cette époque, en 1999, c’était « aide-toi, le ciel t’aidera » ! Pour l’avoir vécu, j’ai pleinement conscience du désarroi d’une famille quand elle est confrontée à la perte d’autonomie, comme des difficultés que rencontrent les aidants et des compétences nécessaires dont les professionnels doivent disposer. Le secrétariat d’Etat aux personnes âgées a une vraie place au sein du gouvernement. Nous ne pouvons plus être seulement réactifs après l’été 2003. Le sujet est maintenant de devenir véritablement force de proposition et d’anticipation face à la révolution de la longévité.

A ce propos, vous avez récemment intégré deux gériatres au sein de votre cabinet ? Pourquoi ce net renforcement des compétences sanitaires ?

Catherine Vautrin : Il faut décloisonner le secteur médico-social et le secteur sanitaire. Mon mari occupe la chaire de médecine interne de l’Hôpital de Reims. Je ne suis donc pas étrangère à ce secteur. Souhaitant bénéficier dans mon action du concours de gériatres très reconnus, j’ai proposé au professeur Françoise Forette, qu’on ne présente plus, de me rejoindre en tant que conseiller spécial chargé des question de formation universitaire en gériatrie. J’ai également proposé au docteur Marie-Pierre Hervy, de travailler sur les réseaux gériatriques et l’amélioration de la prise en charge hospitalière des personnes âgées. J’ai enfin confié aux professeurs Jeandel et Pfizenmeyer le soin de suivre la mise en oeuvre des Plan Urgences Gériatrie et Alzheimer.Mon chef de cabinet, qui est également responsable des relations avec le Parlement, ma secrétaire particulière, et mon conseiller « rédactionnel » sont arrivés avec moi. Jean-Paul Le Divenah, a accepté de rester mon directeur de Cabinet. Le docteur Than Le Luong, Luc Héritier et Bertrand Buffon, membres de l’équipe d’Hubert Falco, ont également souhaité poursuivre leur action à mes côtés.

Comment analysez vous votre champ d’action ? Quels sont vos projets ?

Catherine Vautrin : tout l’enjeu est de changer l’image que notre société porte sur le grand âge. En 2010, 30% de notre société aura plus de 55 ans. Les retraités actifs existent et ne sont pas valorisés. Je veux faire de ce Secrétariat d’Etat, le relais de toutes les initiatives. Je veux que les sujets liés au vieillissement et au rôle des personnes âgées deviennent évidents pour les médias, qu’ils soient diffusés à des heures de grande écoute… Je veux que nos concitoyens prennent conscience qu’à 60 ans, on a des projets de vie pour les 30 années suivantes. La question du rôle social des gens âgés est posée. A terme, on en viendra à réfléchir à la durée de l’activité professionnelle, c’est inévitable. On a tous des exemples de personnes ayant été cassées par ce couperet de la retraite. Pour certains, l’inactivité est dramatique.Il faut cesser de croire que nous vivons dans un eldorado où l’on commence à travailler tard et où l’on s’arrête tôt. Nous vivons aujourd’hui dans un pays à quatre générations côte à côte et où une génération porte les trois autres. Cela ne pourra pas durer. Et au-delà de l’approche économique, il y a l’approche humaine : chacun a besoin d’assumer un rôle social. Au-delà de ces questions, le vieillissement pose celle du bien vieillir : c’est tout l’enjeu des actions de prévention en nutrition, en hygiène de vie….

Avez vous une ligne d’action plus particulière ? vos voeux pour 2005 ?

Catherine Vautrin : Le fil rouge de mon action se décline autour de trois axes :Tout d’abord : l’utilité sociale des plus âgés contre la solitude et l’ennui. Je pense ainsi aux expérimentations déjà lancée en matière d’habitat intergénérationnel comme avec l’opération « deux générations sous un même un toit » qui consiste à accueillir des étudiants chez des personnes âgées en échange de menus services… Les enquêtes montrent que les plus âgés ont envie d’être accompagnés sur Internet et c’est dans des situations de ce type qu’un lien se tisse entre ces générations. Nous n’allons pas révolutionner les choses uniquement avec ce type d’approches mais cette initiative mérite d’être encouragée.Deuxième Point : le suivi des Plans lancés : Urgence gériatrie, Alzheimer, Vieillissement et Solidarité, la signature de conventions tripartites, le développement de l’accueil temporaire… Parallèlement, j’entends lancer de nouvelles études et analyses: APA, offres de nouveaux services pour le maintien à domicile en milieu rural avec le développement des transports adaptés, soutien des aidants naturels par l’intervention de professionnels au domicile, plusieurs jours de suite, comme dans le cadre du dispositif « Le Baluchon » au Québec. Ces nouveaux métiers nécessiteront une adaptation des conditions réglementaires actuelles (travailler 24 heures sur 24, au domicile de la personne aidée, avec des modes de contractualisations particuliers...).Troisième point : l’anticipation. Je prépare ainsi un plan sur les nouveaux métiers, avec l’appui de formations dans la logique du Plan Borloo. Il s’agit de mettre en place des «enseignes » qui donneront une meilleure visibilité à des carrières en gérontologie. Mon parcours m’a fait passer du pôle social du Gouvernement au pôle Solidarité, ce qui n’est pas complètement neutre. Au pôle Solidarité, nous analysons les besoins du terrain et nous faisons remonter les problèmes aux autorités compétentes pour qu’elles adaptent le droit du travail.Je ne suis donc pas là uniquement pour inaugurer des maisons de retraite, ni pour gérer les plans. Mon action s’inscrit dans un processus d’anticipation.

Questions professionnelles (*)

  • Concernant ces métiers vers les personnes âgées, une campagne de communication était annoncée en novembre, qu'en est-il ?
  • Avez vous des projets en direction des services à domicile ?
  • Vous n’ignorez pas qu’il manque des places en établissement ?
  • Ne faut-il pas réfléchir également au type de maisons de retraite que nous souhaitons ?
  • Questions réservées aux cliquez-ici.



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