Agevillage

Chronique de Florence Leduc - Directrice générale adjointe de l'UNASSAD

INGRAT(ITUDE)


Partager :

Au cours d’une rencontre, récemment, fêtant le cinquantième anniversaire d’une association d’aide et de soins à domicile, un responsable politique, évoquant le métier de l’aide à domicile, l’a qualifié d’ingrat.La force de ce mot m’interroge.

Il m’interroge d’autant plus que bien des échos, par bien des personnes évoquant un passage, au quotidien, de ces aidant(s), de ces soignant(es) renvoient plutôt à la reconnaissance, à la gratitude, au « rayon de soleil ». Certains même parlant de leur aidant ou de leur soignant disent : « c’est une sainte ! ». Contradictoire, paradoxal !Aider et soigner l’autre, malade, handicapé ou vieillissant, appelant, demandant de l’aide et du soin, est-ce aride, est-ce déplaisant, est-ce difficile, est-ce laid, est-ce pénible, est-ce rébarbatif, est-ce stérile ?C’est que le vocabulaire est chargé de sens, d’histoires, de situations, charriés au fil du temps, par les uns et les autres.Mais qui sont ces ingrats qui n’ont aucun gré, aucune reconnaissance ? qui laissent l’autre dans la méconnaissance et dans l’oubli ?Le défi est à relever, l’enjeu est de taille !La société avance (évolue-t-elle ?), la vie est clémente, elle dure plus longtemps, même avec des maladies, même avec des incapacités ; l’emploi dédié à ces personnes se développe lui aussi ; il est même particulièrement convoité par les pouvoirs publics en charge des politiques publiques pour l’emploi.Il va falloir se retrousser les manches ! Car, à l’évidence, il y a un problème d’image !

  • L’image de ceux qui sont, ponctuellement ou durablement, fragilisés par les déficiences, par les incapacités ou par les restrictions d’activité, qu’ils soient jeunes ou vieux. Il est question de repenser leur place dans la société, à l’école, au travail, en famille, dans la ville, dans le quartier, dans la vie sociale.Seulement une place, parmi les autres, une juste place.
  • L’image de ceux qui accompagnent, aident, soignent, pansent, pour que cette place soit juste, pour qu’elle soit tout simplement digne. Car c’est bien le sens qu’il faut interroger, celui qui met en lumière, celui qui met en valeur, celui qui évite la confusion entre finalité et modalités, celui qui évite que les moyens soient une fin.
  • Ce faisant, il est question de ne pas méconnaître, mais de connaître, tout simplement les contours d’une mission confiée à des professionnels qui au quotidien doivent aussi être présents à la maladie, à la douleur, à la souffrance, à la mort, au sentiment de solitude, à la difficulté d’accepter de ne plus pouvoir, de ne plus être… celui que l’on était ! Dans certains cas, cela rend méchant !Oui, c’est un rôle difficile, cela peut être d’un grand niveau de pénibilité .Il est aussi question de passer de la connaissance à la méconnaissance, de dédommager (dans des registres variés) de la peine que cela donne, des efforts qu’il en coûte.Il s’agit donc de favoriser l’accès à la formation, celle qui plonge dans les contenus ; il s’agit d’attribuer des diplômes ou certificats, de ceux qui favorisent la reconnaissance ; il s’agit de procurer des outils et méthodes de travail ; il s’agit aussi de doter les intervenants d’une juste rémunération.C’est tout cela que l’on appelle gratifier.Gratifier en faisant du gras, celui qui permet de profiter de la richesse que l’on donne et que l’on reçoit, que l’on grappille au fil des jours, au fils du temps.C’est le mystère des métiers de l’humain !



    mis à jour le

    Partager :


    Vos réactions

    Il n'y a encore aucune réaction à cet article.



    Réagir à cet article :

    * ne sera pas affiché


    HAUT DE PAGE

    © Eternis SA -