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Débats gériatriques

Chronique d'une catastrophe annoncée,par le Pr. François Piette


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Le professeur de gériatrie François Piette, chef de service, président du collège degériatrie de l’APHP... revient sur les débats actuels. Son analyse est sans appel : la réalité de la gériatrie en France est telle, qu’après la canicule 2003, il est possible que nous soyons encore les champions européens d’une catastrophe annoncée !

Agevillage - Après les discours, vous voulez des actes ?

Pr.François Piette : En effet, la sous-dotation endémique de nos services, depuis plus de trente ans, fait qu’aujourd’hui encore nos dotations de personnel sont deux à trois fois inférieures à celles de nos principaux voisins européens. La canicule 2003 a imposé une pièce rafraîchie dans tous les établissements sans reposer en profondeur le problème des dotations de personnel qualifié, ni de l’organisation de la filière de soin.Je sais pertinemment que notre pays vit une situation économique difficile, avec une dette considérable. Mais je pense que le vrai débat sur l’accompagnement de la grande vieillesse n’est pas clairement posé aux français. Face aux choix budgétaires de notre pays (budget de l’armée...), nos concitoyens ont-ils conscience que les dotations actuelles font que nous ne pourrons à nouveau faire face à une nouvelle canicule, une épidémie, Est-ce, ce que nous voulons, pour les vielles personnes aujourd’hui, pour nous demain ?

On va vous répondre qu’il n’y a de toute façon pas de personnel.

Pr François Piette : Nos financeurs ne nous dotent pas de nouveaux budgets, en rétorquant que les infirmières ne prennent pas les postes actuels. Or je pense qu’à l’inverse, c’est justement parce que nos établissements et services (SSIAD...) sont notoirement sous-dotés, difficiles, avec des contraintes lourdes et des rémunérations peu attractives, que nous ne trouvons pas preneurs. Une meilleure connaissance des réticences du personnel à venir travailler en gériatrie devrait éclairer nos financeurs sur les bonnes stratégies à mener.

Que pensez-vous de l’évolution des USLD en EHPAD ?

Pr.François Piette : Je pense qu’il faut bien identifier les besoins des malades pour les adresser aux bons services mais que transformer les USLD en EHPAD sera contre productif. Les malades que nous suivons ont des pathologies, un degré de dépendance tel, qu’il faut une présence para-médicale 24 heures sur 24. Les EHPAD refusent actuellement les personnes évaluées en GIR 1, où vont-elles aller ? A l’hôpital? Aux urgences ?Je le répète, il faut clairement poser la question citoyenne : souhaitons-nous ou non soigner et accompagner toutes les très vieilles personnes, poly-pathologiques, jusqu’au bout ?



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