Agevillage

Les Entretiens Médéric

Pour bien vivre vieux, vivons ensemble


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Ce titre pourrait égalementêtre la conclusion des Entretiens Médéric qui se sont déroulés les 17 et 18 novembre dernier sur le thème « Avancée en âge et maintien du lien social ».Vieillir ensemble Le ton était donné dès l’intervention d’ouverture du Pr Emmanuel Hirsch, Directeur de l’Espace éthique de l’AP-HP. « J’aime les gens qui ont vieilli en selaissant aller au fil du temps » affirmait-il, avant de démontrer combien les normes sociales, le regard de l’autre rendaient aujourd’hui difficile de vieillir « tranquillement ». Cette difficulté se trouve accentuée, d’après lui, par une caractéristique des sociétés modernes, à savoir la prise en charge de lavieillesse par le collectif, qui rend la personne âgée dépendante de personnesdont elle ne sait rien dans un cadre plus souvent mécanique qu’humain.L’auteur du livre « Une ethnologue dans une maison de retraite » , Delphine Dupré-Levêque confirmait cette idée en démontrant chiffres à l’appui l’aspect trop fortement médical de la prise en charge de la personne entrant dans une maison de retraite. Or, elle rappelait que plus de la moitié des résidents de ces centres étaient présents depuis plus de trois ans et que la moyenne de séjour estde 4 ans et demi. De fait, ce séjour est donc bien un moment de la vie et non comme par le passé, une étape transitoire avant le décès. Sa plaidoirie en faveur d’une prise en compte du parcours de vie, des aspirations de la personne âgée entrant en maison faisait écho au discours volontiers passionné de Jérôme Pelissier, sociologue et écrivain sur le respect de la personne âgée et sa participation à l’organisation de son temps et de sa vie dans les maisons de retraite.Non moins passionné Mohammed Malki, président de l’association Accordages, incitait l’auditoire à avoir, à l’âge de la vieillesse, une « copine », à savoir une personne avec laquelle échanger sans pour autant vivre avec. A l’initiative de la première maison accueillant à la fois une crèche, donc des enfants et leurs familles et une maison de retraite, Mohammed Malki a insisté sur la nécessité de dépasser le clivage social entre les âges.

Des soins humanisés Les situations de perte d’autonomie qui concernent aujourd’hui près de 900 000 personnes en France posent la question du mode d’accompagnement médical de ces situations. Les nouvelles technologies peuvent permettre de prévenir un certain nombre de risques tout en respectant l’intimité de la personne, expliquait ainsi Alain Franco, gérontologue, professeur au CHU de Grenoble, chef du département médecine gériatrique et communautaire. Au delà de la télé-alarme, dispositif bien connu, sont en cours de développement la chambre intelligente, équipée de capteurs à infra-rouge, permettant d’identifier les mouvements anormaux de la personne notamment la nuit, le surmatelas actimétrique et le VISADOM, soit un moyen, s’apparentant à la visioconférence, de prendre en charge une hospitalisation à domicile par les praticiens de l’hôpital tout en réduisant l’angoisse des patients. Alain Koskas, Psychologue Clinicien, Président de Géront’Aisne, expliquait également l’intérêt qu’il y avait à prendre en compte le besoin de loisirs des personnes en perte d’autonomie et combien les vacances thérapeutiques pouvaient permettre de développer une forme de résilience chez le patient en perte d’autonomie. Il faisait également part des expériences menées par l’association Le Répit en particulier en matière d’aides aux aidants. Cependant, comme le rappelait opportunément, Alain Parant, démographe à l’INED, la pyramide des âges française laisse plutôt prévoir une solitude renforcée des personnes âgées. En 2050, en effet, selon les projections, les générations de plus de 60 ans seront aussi nombreuses voire plus que les moins de 20 ans. Le discours très émouvant en fin de journée de Michèle Frémontier sur la prise en charge des personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer plaidait une nouvelle fois pour l’humanisation des soins.« Les vieux, ça n’était pas original» Lors de la table ronde clôturant les débats, tous s’accordaient à poser la question de la représentation de la vieillesse véhiculée par la mémoire collective. Ainsi Delphine Duprè-Lévêque rappelait que les situations de cohabitation entre générations pouvaient être tout aussi génératrices de difficultés que la vie en maison de retraite. Quant à Mohammed Malki, il décrivait non sans humour, ces vieux qui se prennent pour des vieux alors même que leur état de santé physique et physiologique ne justifie en rien cette posture. Le rôle joué par l’âge de la retraite et la place des personnes de plus de 50 ans dans l’entreprise étaient également évoqués. Alain Franco rappelait alors d’une part que l’âge est statistique mais non individuel et d’autre part que l’ONU avait totalement interdit la discrimination liée à l’âge. Propos renforcé par Michèle Fremontier, Directrice de la Fondation Médéric Alzheimer expliquant que la maladie d'Alzheimer touchait des gens de 45 ans.La question de l’âge où l’on devient vieux restait donc en suspens, mais conduisait à s’interroger sur la prévention. Mohammed Malki, évoquant les résultats de l’étude PAQUID estimait que, dès le plus jeune âge, il convenait de faire attention afin de s’assurer un bon vieillissement. Alain Parant, se définissant comme le pessimiste de la journée, posait alors la question des coûts face à un vieillissement important de la population et une augmentation constante des frais de santé, estimant qu’à l’avenir « les vieux seront sélectionnés par la médecine ». Cet emploi du terme « vieux » renvoyait à la difficulté de nommer ces âges désormais flous de la vie. Le Dr Aquino, directeur de la Clinique de la Porte Verte, concluait alors en se demandant si l’espérance de vie allait continuer à croître et si tout ceci ne posait pas au fond la question de l’immortalité ; et, citant Aristote, d’inciter les participants à être des philosophes afin de continuer à penser l’homme dans sa nouvelle dimension.



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