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Chronique de l'ADIAM : Mme F et la perte d'autonomie : Quand on ne sait plus faire face


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Handicapée, à  la fois au plan physique et mental, Mme F. vit seule et isolée. Déjà âgée elle-même, elle vient de perdre sa mère qui la protégeait et s’occupait d’elle. Son désarroi n’en est que plus grand.
C’est le cas relativement fréquent des personnes handicapées qui, prises en charge tout au long de leur vie par un parent, se retrouvent véritablement abandonnées à la disparition de ce dernier. Pour ces personnes la confrontation au vieillissement est plus brutale encore.

Orpheline et âgée tout d’un coup, Mme F. a du mal à faire face au quotidien. Les loyers ne sont plus payés. Les démarches administratives, à commencer par la déclaration d’impôts, ne sont plus effectuées. Il en est de même pour tout ce qu’un adulte autonome fait machinalement pour assurer les bases de son existence. Les services sociaux interviennent alors, souvent alertés par des voisins, ou par un tiers en attente d’une décision ou d’un règlement qui ne vient pas.

Dans le cas de Mme F., c’est le syndic de copropriété qui donne l’alerte. Ajoutons que, soucieuse d’assurer à sa fille une existence décente, la mère de Mme. F, avait vendu l’appartement en viager. Mais, profitant de la faiblesse des deux femmes, un notaire peu attentif, avait réalisé cette transaction à des conditions ridiculement basses au regard du marché de l’immobilier parisien. La rente versée à Mme F., même cumulée à sa pension, se révéla très vite insuffisante.        

 Chorégraphie du maintien à domicile
Le circuit professionnel est alors le suivant : les services sociaux polyvalents de la Mairie de Paris saisissent le juge des tutelles qui mandate un tiers, particulier ou association, pour mettre en œuvre la mesure de protection judiciaire. Celle-ci, confiée dans ce cas à Adiam-Tutelles, va alors chorégraphier le maintien à domicile de Mme. F, dont elle devient un peu « la tête et les jambes », tout en respectant au maximum sa liberté de personne.

Des réponses sont apportées à des questions simples. Qui remplit le frigo ? Qui assure le suivi médical de Mme. F. en prenant les rendez-vous avec le médecin, l’infirmière, le kiné…? Qui s’occupe d’adapter le domicile pour diminuer, sinon éliminer, les risques d’accidents ?... Et puis il y a la demande affective : comment y répondre avec les moyens de professionnels qui connaissent l’étendue, mais aussi les limites de leur intervention ?

Le premier objectif de l’intervention sera d’apporter de la stabilité dans cette vie bouleversée en organisant les visites du médecin, la venue de l’infirmière, la prestation de l’auxiliaire de vie, etc.. Ce réseau qui se met place va être un premier contrepoids à l’immense solitude de Mme F. qui ainsi renoue peu à peu avec la société.

Restent à gérer les relations avec la banque et avec les administrations, les différentes factures à régler, les inévitables négociations au cours desquelles le délégué à la tutelle explique la situation de Mme. F. pour obtenir l’annulation d’une majoration pour impayé ou un délai pour remplir une déclaration d’impôts, etc..

Le but de cette chorégraphie est d’éviter à Mme. F. d’être « placée » en institution et, alors qu’elle a tout perdu, à commencer par cette mère bienveillante tout au long de sa vie, de lui permettre ainsi de conserver son environnement,.

Question tout de même : Mme  F. est-elle passée d’une dépendance – par rapport à cette mère – à une autre ? Celle de l’association tutélaire. En un sens, on peut répondre que ce qu’elle a perdu en lien affectif, avec ses ambivalences, elle l’a retrouvé en autonomie dans cette relation de protection judiciaire, réglée par la loi. Ce qui n’empêche pas Mme F. d’appeler les intervenants de l’association par leur prénom.

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