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Comportement alimentaire

Bien vivre le temps qui passe pour bien se nourrir

Nous ouvrons cette rubrique en début d'année, période de résolutions.  C'est l'occasion de  considérer ou reconsidérer notre rapport au temps afin de mieux comprendre notre relation à l'alimentation.
Pourquoi s'intéresser à notre façon de vivre le temps qui passe pour envisager les moyens de bien se nourrir ?
Sans doute parce que les repas rythment notre quotidien et que notre société semble victime de son mode de vie moderne.


Comme le soulignent différents ouvrages, chacun d'entre nous risque de pâtir tôt ou tard du fait qu'aujourd'hui rapidité et  gestion du temps transforment les journées en course contre la montre.
"Deux âges  de la vie  souffrent tout particulièrement de cet absolutisme de la rapidité. En premier lieu, les personnes âgées. Bien sûr, elles sont moins réactives que dans leurs jeunes années; elles traînent à emballer leurs courses à la caisse du supermarché. Et alors? Sacrilège! Elles nous font perdre du temps. Jadis considérés comme des sages, comme une richesse pour la société; les anciens sont aujourd'hui regardés comme des empêcheurs d'aller vite. Le grand âge a perdu tout son sens pour les plus jeunes parce qu'il s'inscrit davantage dans la lenteur que dans la précipitation ambiante. Un tempo devenu incompréhensible...
A l'autre bout de la chaîne, les enfants ne sont guère mieux lotis. "Dépêche-toi est sans doute la phrase qu'ils entendent le plus souvent."
(1)

Pourtant, ainsi que le dit Sénèque :"Ce n'est pas que nous disposions de très peu de temps, c'est plutôt  que nous en perdons beaucoup" (2). Le rapport névrotique que nous entretenons avec le temps conditionne notre façon de vivre et donc de manger. De nos choix alimentaires à la préparation des plats jusqu'aux conditions dans lesquelles nous prenons nos repas -assis, debout, table dressée ou plateau-repas...-, si nous n'y prenons garde, le plaisir et le sens de manger risquent d’être « zappés ».

Pierre Guillet, l'un des pionniers de la réflexion dans le domaine de la gérontologie, médecin-chef de l'Association de Gérontologie du XIIIème arrdt de Paris pendant 20 ans, nous rappelle qu'"Il faut du temps pour passer d'un âge à l'autre. Il y a un âge où devenir grand n'en finit pas; c'est l'âge où on aime la vitesse et l'urgence. Ensuite, tout va trop vite, on n'a plus le temps de rien faire, et l'on aimerait mieux ne pas changer ou même revenir un peu en arrière, c'est le temps qui pourrait être celui du plaisir de la lenteur et de la patience" (3)

Que nous souhaiter d'autre que de savoir consacrer le temps nécessaire à :
- s'interroger sur nos envies et les plats que nous souhaiterions revoir figurer au menu plus souvent,
- faire le marché et retrouver la satisfaction de choisir des fruits et légumes de saison,
- réussir à concocter quelques préparations "maison",
- partager régulièrement des repas avec sa famille, ses amis, ou ses pairs,
- savourer avec tous nos sens, en goûtant avec les yeux, le nez, en prêtant attention aux  sensations en bouche,
- laisser chacun manger à son rythme
- renouer avec les plats qui mijotent,
- évoquer des souvenirs des repas de notre enfance et des rituels alimentaires de nos familles
- transmettre les recettes et les savoir-faire dont nous avons nous-mêmes hérités ou que nous avons glanés au fil de notre existence.


(1) "L'art de la lenteur" de Stéphane Szerman et Isabelle Gravillon
 Milan, Coll. "Déclic de soi"
(2) "De la brièveté de la vie" de Sénèque
(3) "Le dialogue des âges, histoires de bien-vieillir" de Pierre Guillet, Gallimard, Coll "sur le champ"


Caroline Rio, diététicienne, Club Experts Nutrition Alimentation

mis à jour le 23/04/2008

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