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Famille d'accueil, vie en foyer-logement, sorties en bord de mer, une dame de 85 ans raconte ses expériences

Sorties en bord de mer


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Ces sorties auxquelles j'ai participé à deux reprises duraient chacune 4 à 5 jours. Elles se déroulaient au bord de la mer avec des personnes âgées vivant en appartement d'accueil à longueur d'année.

Les aspects positifs:
- Ces sorties sont une occasion festive de sortir de l'appartement d'accueil où ces personnes âgées vivent regroupées. La plupart sont en fauteuil roulant, mais pas toutes.
Intellectuellement, à l'exception d'une, elles ne posent pas trop de problèmes si ce n'est ceux liés au vieillissement
- Leur entourage est formidable : Psvchologue. aides-soignantes. aide médico-sociales. auxiliaires de vie.
Tous sont admirables de gentillesse, d'efficacité, de dévouement, de patience et de bonne humeur. Ils devancent leurs besoins: ils les aident, pour leur toilette, l'habillement, le lever, le coucher, le repas etc.
Ils les sortent pour se promener au bord de la mer ou en car dans les environs.
Cette courte évasion de quelques jours eut pour effet de les stimuler. 
 
Les aspects négatifs
- Dans l'ensemble, j'ai constaté une cerlaine passivité (inertie) dont les difficultés physiques et handicaps divers de chacun ne sont pas les seules responsables. En fait, ils se « laissent faire » : être aidés constamment dans les gestes de la vie courante leur enlève tout besoin de faire des efforts. C'est un réflexe normal sans doute, mais comment lutter contre cette tendance pour éviter une trop grande passivité ? A réfléchir. 
 - L'entourage, à son insu, favorise une certaine infantilisation.
Ils veulent tellement les aider qu'ils se substituent souvent à eux, avec les meilleures intentions du monde et inconsciemment.
Leur langage est souvent celui d'une mère (ou père)  à son enfant, d'un maître d'école à un élève .... Ils restent cependant des adultes, même si ce sont des adultes diminués.
- Ces personnes communiquent peu et prennent rarement l'initiative d'entrer en relation avec les autres. Il faut les stimuler, aller à elles pour les faire parler et cela ne marche pas toujours.
C'est flagrant pendant les repas: elles sont concentrées sur la nourriture et c'est tout. J'ai parfois lancé  un sujet de discussion, en pure perte, Personne n'a mordu à l'hameçon. Silence total. Pourquoi ? Par timidité ? Crainte ?
- Repli sur soi, c'est aussi un constat. Est-il inéluctable ? et la conséquence automatique de l'âge et des infirmités ? La vie quotidienne avec le même genre de personnes diminuées favorise t'elle cette tendance ? 

Cette sortie festive au bord de la mer reste malgré tout "entre soi" d'où le sentiment très fort de ghettoïsation que j'ai ressenti dans ce groupe.
Il y a bien eu un changement de vie, de distractions, de découvertes, mais cela restait sans contact avec d'autres personnes différentes, plus jeunes, (à l'exception des deux jeunes filles qui accompagnaient la psychologue et apportaient une note de gaité) ou étant encore des adultes actifs, d'horizons autres que ceux de leur encadrement habituel.
Bref, pas de métissage social. Un enfermement.

En conclusion de ces 2ème et 3ème expériences :
Je dirais que ce sont celles qui m'ont le plus donnée l'impression de ghettoïsation.
Apparemment, pourtant, toutes les personnes étaient bien traitées, humainement. Elles étaient même les sujets de multiples attentions de la part de leur encadrement.
Alors pourquoi ai-je ainsi ressenti que c'était «inhumain» même si, à première vue, celait paraissait le contraire?
Je crois que cela est dû à l'exclusion, même si elle est involontaire, de toute vie ordinaire avec d'autres personnes différentes d'elles: jeunes, actifs, en bonne santé, ou même malades mais pas atteintes de la même maladie.

En bref la concentration en milieu fermé de personnes identiques ne leur donne pas une image positive d'elles-mêmes. Donc, aucune stimulation pour se dynamiser intellectuellement, affectivement, socialement  
Plus de projet personnel  A quoi bon ?
Il reste bien sûr les ressources personnelles de chacun pour trouver, là aussi, et même là, un sens à la vie, moyen de se développer et de ne pas s'encrouter. Mais tout le monde a-t-il cette possibilité ? Et cet enfermement favorise t-il cet épanouissement intérieur ?
Il y a là un sujet de réflexion important à développer. 



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