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Directives anticipées : des pistes pour les rédiger concrètement par le Dr Bernard Pradines

Réflexions autour du suicide assisté


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Le docteur Bernard Pradines a été anesthésiste-réanimateur puis gériatre au centre hospitalier d’Albi dans la deuxième partie de sa carrière. Il se consacre désormais à la formation et au conseil.

Pour lui : "Tout se passe comme si une nouvelle loi ne posait aucun problème pour les malades d’Alzheimer qui ne peuvent plus comprendre leur situation et exprimer leur volonté quant à la fin de leur vie."

Il est "fort étonné de voir de nombreux écrits élogieux, sans retenue, en faveur de la libéralisation du suicide assisté et de l’euthanasie. Certains arguments lui semblent pour le moins surprenants :
La notion d’autonomie de l’individu, promue à satiété par le néo-libéralisme, est devenue la norme.
Le fait que notre modèle économique et politique éprouve une des plus sévères crises de son histoire n’apparaît jamais en lien avec le développement contemporain de légalisation du suicide assisté ou de l’euthanasie.
Un peu comme si l’économie était définitivement déconnectée de l’individu, de sa morale, de son éthique, de la solidarité envers les plus faibles dont ceux qui vont mourir. Comme si le lien avec l’idéologie qui prévaut à un moment donné ne pouvait plus se répercuter sur la difficile situation de ceux qui sont devenus des « charges inutiles» pesant sur la productivité.
Comme s’il n’y avait aucun risque, en temps de crise, à permettre -encourager ?- une issue plus rapide que « cette dernière année qui coûte cher ».
Comme s’il n’y avait aucune possibilité, en situation d’interrogation sur la pérennité des pensions de retraite, de permettre -encourager ?- un raccourcissement de la période « à charge ».
Cette dernière considération est d’autant plus préoccupante qu’elle n’est jamais évoquée, ne serait-ce que pour la rejeter.
Comme si nous étions totalement, individuellement, maitres de notre destin.
Comme si nous pourrions individuellement résister à une société toute entière devenue (redevenue) impérativement contraignante.

Il y aurait pourtant tant à améliorer dans le champ des soins palliatifs et dans l’anticipation des situations de détresse en fin de vie.

Dans ce dernier domaine, je propose une traduction du formulaire de directives anticipées du ministère allemand de la Justice et un formulaire d’aide la rédaction de directives anticipées accompagné d’un bref rappel de la loi française dite Léonetti.



mis à jour le

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Vos réactions

santa-crouz

31/01/2016 17:01

Respect


Voilà un modèle de directives anticipées qui est très clair,précis, pour une fin de vie qui doit se vivre en harmonie avec ce qu'est l'humain.Un exemple de directive lucide qui positionne la personne dans le coeur de ce qu'est le soin palliatif et le respect de la liberté de mourir bien.Pour ma part je choisis cet exemple en toute sérénité pour réécrire mes directives anticipées.



Jean Daniel Reuss

29/07/2015 19:07

LETTRE OUVERTE : un modèle de Directives Anticipées.


Voici mes directives anticipées qui deviendront donc appropriées lorsque je serai incapable de communiquer d'une manière ou d'une autre.
(Pour envoi à : Fichier national des directives anticipées – 50, rue de Chabrol – 75010 Paris).
1) *** Ma conception de la dignité consiste à lutter jusqu'au bout dans les conditions de survie les plus extrêmes, les plus artificielles et les plus désespérées ("Jamais abattu ! Jamais découragé !"). La notion de situation dégradante est située en dehors de mon univers mental. Résister à la torpeur permanente et pouvoir garder une chance d'atteindre une bref éclair de lucidité sont pour moi plus importants que le soulagement des douleurs ou autres symptômes. Je ne souhaite donc pas de sédation et encore moins de sédation profonde. Sur le plan physique, en cas de douleurs réfractaires, je fais confiance à mes soignants pour chercher à les atténuer par des doses d'antalgiques les plus réduites possible. Ne pas se laisser impressionner par mes plaintes, gémissements ou autres gestes de refus pour en conclure que les soins entrent dans la catégorie des souffrances intolérables. Pour tout ce qui concerne mes souffrances morales et mes souffrances psychologiques : ne pas s'en préoccuper.
2) *** Il va de soi que je n'ai aucune objection contre n'importe quelles formes de traitements ou de techniques artificielles.
3) *** Pour définir l’obstination déraisonnable et l'acharnement thérapeutique chaque médecin place le curseur où il veut. En conséquences, ne pas faire confiance à l'avis d'un seul médecin, ni aux avis de toutes les personnes susceptibles d'être influencées par lui, quand ils décideront d'arrêter mon traitement de survie. Vérifiez que ma ration journalière d'eau ne soit jamais restreinte.
4) *** J'autorise la diffusion publique sans aucune condition restrictive de toutes les images ou vidéos sur lesquelles je serais visibles.
5) *** Pour la raison que les administrations, associations, juridictions énumérées ci-après, ont clairement exprimé ou manifesté certaines conceptions inquiétantes qui sont en désaccord avec les miennes ; pour tout ce qui viendrait à me concerner : Je voudrais que personne ne tienne compte des avis, arrêts, ou condamnations : du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel - du Conseil d'État - de la Cour Européenne des Droits de l’Homme - de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du Conseil de l’Europe - de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité...
Jean Daniel Reuss, à Rebais le 6 Juillet 2015.



polomorelo

08/07/2014 11:07

Dr Pradines.


Excellente observation, prudente, judicieuse, qui rappelle le bon jugement juste des choses, un réalisme, pas du mysticisme, et conscient du risque latent du moment: Société, qu'entend-on? où va-t-on? Pour le bien-être de qui parles tu, le sien ou le tien?



cesarine

07/01/2014 18:01

Excellente initiative


Quel bonheur de lire ces quelques lignes d'un médecin respectueux des malades âgés, au temps où la pensée unique les considère comme des produits jetables avec la complicité des pouvoirs publics, trop prompts à régler les problèmes par une loi qui les exonérerait de toutes leurs responsabilités...Excellente initiative qui mériterait d'être largement diffusée.




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