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Des aidants seuls et exténués

Auteur Rédaction

Temps de lecture 1 min

Date de publication 03/02/2014

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Un témoignage offert aux lecteurs d’Agevillage par une aidante…

Leçon de vie, de partage et de solidarité…

Hier, je suis allée voir mon amie dont le mari est atteint par la maladie d’Alzheimer, je lui avais amené des fleurs, un bouquet de printemps, ces fleurs qui nous font croire que les beaux jours vont arriver.
Je l’ai trouvée, couchée sur son canapé sous une couette, elle grelottait, elle avait 40°C de fièvre… Son mari près d’elle, le regard perdu au loin, comme tous ceux touchés par Alzheimer.

Sur le pas de la porte, j’étais saisie par cette image : deux personnes malades, une veillant sur l’autre avec de pauvres moyens, des forces qui les ont abandonnées. Il ne reste pour elle que cette énergie du désespoir, même malade et ne tenant plus debout, elle s’occupait quand même de son mari qui erre, qui ne sait plus rien faire, qu’il faut porter à bout de bras.

J’ai reçu cette vision comme un coup de poing dans l’estomac. Et combien d’aidants dans son cas ?
Il faisait à peine chaud dans sa maison, je suis restée un moment avec elle, lorsque j’ai voulu prendre congé pour ne pas la fatiguer, elle m’a dit : Reste, je t’en prie, reste, cela me fait tellement plaisir de parler à quelqu’un”. Bien sûr, parler à quelqu’un. Elle n’a personne, l’isolement total. Seule l’infirmière qui vient faire la toilette à son mari tous les matins brise ce quotidien carcéral.

Alors je lui ai raconté la vie dehors, je lui ai parlé de nos ciels d’orage, ces champs inondés comme si les écluses du ciel s’étaient ouvertes, je lui ai dit que les mimosas près de l’océan commençaient à fleurir, que les jours s’allongeaient, qu’ils étaient une promesse de meilleur… Elle buvait mes paroles. Comme un détenu en prison qui reçoit des nouvelles de la vie hors des murs.

Nous avons passé plus d’une heure ensemble. Ces yeux étaient brûlants de fièvre, et pourtant, lorsque je l’ai quittée, j’y ai vu une autre lueur briller, comme celle que je vois lorsque je garde son mari et qu’elle peut s’échapper, cette lumière étrange dans le regard : la lueur de la vie.

Yoyo

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