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Adaptation de la société au vieillissement : trois avancées majeures et quatre points de vigilance

Auteur Rédaction

Temps de lecture 5 min

Date de publication 03/03/2014

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Un groupe d’aidants juge la loi globalement positive

Nous saluons le gouvernement, le premier ministre en-tête et les ministres concernés pour l’avancement de cette loi d’orientation et de programmation de l’adaptation de la société française au vieillissement (1).

Le rôle des aidants qui s’occupent d’un proche dépendant, malade ou handicapé âgé, 4,3 millions parmi les 8 à 9 millions d’aidants au total, est à son tour « officialisé ».

Certes, les sommes affectées à cette loi ne sont pas celles escomptées pour répondre aux besoins des personnes en perte d’autonomie et de leurs aidants dont la contribution informelle est l’équivalent de 85 milliards (2), mais quelle somme même largement supérieure aux 365 millions d’euros alloués n’aurait pas de toute manière été considérée comme « insuffisante » au regard du chiffre de 85 milliards ? Les points qui nous font plaisir :
  • ce projet de loi rehausse les plafonds de l’APA, et d’autant plus que le niveau de dépendance est important, 
  • ce projet de loi institue un « droit au répit » de l’aidant,
  • ce projet de loi met en avant l’impact sur la santé de l’aidant en raison même de son rôle d’aidant, et la ministre Michèle Delaunay a assuré que le volet santé des aidants sera abordé dans le cadre de la Stratégie Nationale de la Santé.
Comme dit Serge Guérin, cette loi permet un changement de regard sur le vieillissement pour en faire un axe de « construction de la société d’après ». Il en est de même pour le regard porté sur les aidants, ceux qui s’occupent de parents âgés et malades, mais aussi TOUS les aidants. Aucune loi ne peut répondre à tous les cas, mais une loi est l’occasion de faire avancer les choses. Aucune loi ne forcera un médecin ou un professionnel de santé ou un membre d’une fratrie à changer son comportement face à un aidant, à « reconnaitre » un aidant, mais une loi doit être le moyen pour les aidants de capitaliser sur l’impulsion donnée par le gouvernement.

Les médias sont sensibilisés, c’est le moment d’en profiter pour que les aidants s’expriment eux-mêmes les solutions qu’ils voient. Les professionnels de santé sont sensibilisés, c’est le moment pour que les aidants leur apportent les solutions souvent de simple bon sens qu’ils voient. Les associations de patients, les acteurs de la société civile sont sensibilisés, c’est le moment pour les aidants de faire valoir leurs idées et d’apporter leurs solutions.

Quatre points de vigilance

Quatre points de vigilance seront à apporter dans les mois et années qui viennent, car la portée de cette loi sur le « terrain » y est directement liée selon nous :

Les finances des conseils généraux : cette loi provoquera logiquement une demande nouvelle ou accrue de la part des familles, qu’il s’agisse de réévaluer les GIR en cours et les allocations liées, ou qu’il s’agisse de nouvelles demandes d’aide compte tenu de la baisse du ticket modérateur. Un conseil général exsangue ne pourra pas suivre ces demandes légitimes, mettant en péril les bonnes orientations souhaitées par ce projet de loi. Nos premières estimations évaluent autour de 1 à 2 milliards bruts l’effet de cette loi, les 375 millions de la CASA ne pourront pas compenser en totalité. Les équipes médico-sociales des conseils généraux seront soumis à une forte implication face aux centaines de milliers de demandes supplémentaires, voire un demi-million de demandes, qu’elles verront affluer avec la mise en application de la loi (3).

La Stratégie Nationale de Santé et la prise en compte de la santé des aidants : la mesure « phare » devrait être au minimum la prise en charge d’une visite annuelle pour l’aidant chez son médecin traitant, voire plus fréquente si son état de santé le justifie, ainsi que la prise en charge des examens éventuels nécessaires. Il nous faudra être vigilant et voir comment la voix des aidants sera entendue et prise en compte dans le cadre de cette Stratégie Nationale de Santé. Les représentants des associations de patients comme les associations d’aidants devront pouvoir unir leurs voix, et c’est notre intérêt à nous aidants d’avoir les associations de patients moteur !

Les entreprises : une loi sur les aidants ne modifiera pas les impératifs et contraintes d’organisation et de productivité des entreprises, elle n’obligera pas l’entreprise à changer le regard qu’elle porte sur ses collaborateurs aidants. Nous approuvons totalement la ministre Michèle Delaunay quand elle affirme que les négociations entre les partenaires sociaux seront donc la clé de la réussite (3). Les syndicats nous ont semblé jusqu’à maintenant silencieux sur l’importance d’aider les 4 millions d’aidants qui souhaitent concilier aide au proche et activité salariée.

L’adaptation des associations de services à domicile : la revalorisation des plus bas salaires des collaborateurs des associations d’aides à domicile est une nécessité si les personnes aidées et les aidants veulent au final avoir des gens compétents et permanents (le turn-over est un coût prohibitif, à la fois pour les associations ET pour les aidants à qui on demande de s’ajuster). Cette qualité a un prix, mais ce prix plus élevé doit s’accompagner d’une véritable amélioration de l’aide et du respect à l’égard de l’aidé ET de l’aidant. Nous sommes dans le domaine du « service », nous sommes les usagers, et nous devons avoir les moyens de nous exprimer si nous ne sommes pas satisfaits.

Serge Guérin parle de « la [nécessaire] parole des aidants », du « pouvoir des aidants », tous les débats à venir autour de cette loi, l’examen par le CESE, l’examen par les députés sont et doivent être l’occasion pour les aidants de faire valoir leur « voix » et leur pouvoir.

Notes
(2) https://​www​.agevillage​.com/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​-9403 – 1‑societe-la-contribution-informelle-des-aidants-evaluee-a-164-milliards-euros-par-an.html . La contribution informelle avait été évaluée à 164 milliards pour 8,3 millions d’aidants, ce qui équivaut à 85 milliards de contribution pour les 4,3 millions d’aidants prenant soin d’une personne malade, ou handicapée ou dépendante de 60 ans et plus
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