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Mes journées sont comme la lumière de cet été

Auteur Rédaction

Temps de lecture 1 min

Date de publication 05/09/2014

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Ci-dessous un témoignage, offert par une aidante à domicile.

Mes journées sont comme la lumière de cet été où chaque jour nous perdons quelques minutes de soleil…

Je navigue entre deux mondes ; celui que nous connaissons tous et celui d’Alzheimer.
Je m’y hasarde souvent, mais n’entre pas en Alzheimer qui veut.
En fait, je suis un chercheur qui part pour un pays obscure mais mon bagage ne sert à rien. Le raisonnement, la logique, la conscience ne sont que des fardeaux. Pour rentrer en Alzheimer, il faut les laisser au seuil de la porte.

Passé le seuil, c’est un monde étrange qui s’offre au regard, un monde où les mots ne veulent plus rien dire. Tout se transforme dans l’esprit ; ainsi un robinet peut devenir une fleur. La vue d’une chaise peut effrayer. Plus rien n’a de sens, on est près du vertige. C’est un monde bâti sur la destruction des choses.
Mon mari qui habite cet univers-là me surprend toujours. Il dit bonjour à des gens qui n’existent pas, ou qu’il est le seul à voir.
Il peut partir sans prévenir, sans but apparent, comme si quelque chose d’urgent l’attendait. Et il me laisse là, à essayer de comprendre. Comprendre quoi ?

Le monde de la folie est comme celui des larmes, c’est un monde étrange où on peut se perdre. Et pourtant j’aimerai tant m’y perdre avec lui.
A bien y réfléchir, en effet les robinets ne servent à rien ; autant les appeler des fleurs… Je veux moi aussi sourire à des êtres transparents que je serai seule à voir. Je veux m’enliser dans ce plus rien”, dans l’absence de tout. Pourvu que je sois avec lui. Notre univers se rétrécirait, mais qu’importe si on ne s’aperçoit de rien…

Je marche souvent dans ce pays- là, il m’est familier et pourtant l’absence de repères me donne des vertiges ; mon cerveau décroche, je glisse contre des parois lisses, rien ne me retient. La raison part en vrille. C’est un endroit dangereux ; je cherche la porte de sortie.
J’y retrouve là, posé au seuil de la porte, mon bon sens, ma logique. Je respire enfin, et pourtant je n’ai qu’une hâte ; c’est repartir dans ce monde bâti sur l’irrationnel et la folie des hommes.

Yoyo

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