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L'injonction, l'assignation de la société à aider son proche

Auteur Rédaction

Temps de lecture 2 min

Date de publication 29/05/2017

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Pressions morales

Florence Leduc est présidente de l’Association Française des Aidants (AFA). Elle observe partout, et notamment en ruralité, une pression sociale, morale, une assignation, une injonction à aider ses proches, et notamment pour les femmes, les filles. Comme s’il était « naturel » pour elles d’assumer cette tâche.

Florence Leduc présidente de l'AFAOui, il est assez évident pour les proches de se mobiliser pour venir en aide à un parent qui se fragilise. Mais attention : pas n’importe comment, pas à tout prix, estime Florence Leduc, notamment concernant les geste techniques, les gestes professionnels qui concerne l’intimité (soins, hygiène, toilette).

Combien de personnes aidées expriment leur envie de retrouver leur femme si elle devient leur infirmière ?
Combien de parents et d’enfants sont gênés quand l’aide se répète chaque jour ?

L’obligation alimentaire, héritée du code civil napoléonien, impose de venir en aide à son parent.
Lors de la canicule de 2003, on a vu à quelle vitesse les décideurs politiques, les médias, ont pointé du doigts ces proches, ces familles, accusés d’avoir « abandonné leur parent âgé », rappelle la présidente de l’AFA.

On analyse pas assez le besoin d’aides professionnelles (et financées) partout sur les territoires, estime Florence Leduc.
Quid des déserts médicaux ?
Quid des services inégaux d’un département à l’autre ?
Quid des restes à charge exhorbitants, des accès compliqués aux aides légales ? Voir l’étude sur l’accès au dossier APA (Allocation personnalisée d’autonomie), réalisée par l’Observatoire Agevillage.

Le regard se fait accusateur quand une fille ou une belle-fille qui part à la retraite ne décide pas d’accompagner quotidiennement son parent. La pression de la famille, du voisinage, est forte pour que ces femmes notamment, se dévouent voire se sacrifient.
Certaines se consolent parfois en endossant ce lourd statut de « sainte ».
« Pourquoi pas. Mais restons ouverts aux autres solutions professionnelles que de tout faire porter sur le proche aidant », insiste Florence Leduc.

Aidants : ces héros !
Sans l’aide de plus de quatre millions d’aidants auprès des plus âgés, nous vieillirions bien mal. Mais gardons la liberté de décider si l’on veut, si l’on peut aider. Attention aussi à la sur-représentation de la souffrance, alerte Florence Leduc. Elle peut anesthésier les volontés.
Attention aussi au brouillage des identités entre la mère et la fille par exemple. L’une peut devenir la tutrice ou la salariée de son parent. Ce n’est pas sans conséquences, dans les relations interpersonnelles, affectives, pour la carrière professionnelle aussi. « Et non, on ne devient jamais le parent de son parent », rappelle Florence Leduc.

Elle invite les uns et les autres à se poser, réfléchir à sa situation, échanger avec d’autres aidants, dans les Cafés des aidants® par exemple, dont l’étude d’impact prouve tout leur intérêt. 

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